mercredi 28 juillet 2010

Généalogie et philatélie














La réalité de l'amnésie n'a rien d'anecdotique; ce n'est en rien un incident, une perturbation assez relative de l'être. L'absence ou la disparition de la mémoire ne condamne pas seulement à l'impossibilité de jouer avec ses souvenirs, de les rappeler à volonté.

Les enfants « s'amusent» à cette interrogation qui ne les concerne pas : "Qui suis-je?", "D'où viens-je ?" qui est bien le propre de l'amnésique.

C'est le rapport au temps qui là encore est identitaire. L'enjeu est quasi métaphysique: l'être ne se perçoit comme tel, comme sujet conscient, qu'avec la perception, la réminiscence de son passé, de son origine liée à la projection qu'il peut faire de lui-même dans le futur. La durée, véritable espace temporel, c'est cela qui relie le passé au futur en passant par le présent.

Mais qu'est-ce que le présent? Un point mobile entre passé et futur certes. C'est par une large connaissance du passé que s'établit, s'élargit la conscience du présent. On vit son présent d'autant plus pleinement et assuré qu'on est sûr de son passé, qu'on en sait, qu'on en pressent la solidité, comme une assise sur laquelle s'arc-bouter. Vivre au présent c'est avoir assez confiance en la consistance du passé et l'assurance du futur. La corde tendue entre deux infinis.

Si la connaissance du passé vient à manquer, la conscience même de son existence passée, l'être n'a plus rien sur quoi s'appuyer. Il perd l'équilibre et le présent n'est plus que ce point au bord de l'infini du passé où il se trouve au risque permanent de chuter dans l'abîme du non-être, de l'inexistant, comme la lumière s'engloutit dans les trous noirs de l'espace. Perdre la mémoire c'est bien la faille par où surgit la folie (Schopenhauer) qui permet la survie.



Serait-ce une prémonition de la feuille, qui, à l'automne, avant de tomber, veut identifier la brindille, le rameau, la branche et le tronc enfin dont elle est issue? Comme pour préserver symboliquement la lignée dont elle est à ce jour le dernier rejeton et que le maintien de cette lignée l'inscrit dans une forme d'éternité qui la préservera d'une absolue disparition.

N'est-ce pas l'intuition de cette possible castration symbolique qui pousse certains à chercher une espèce d'antidote préventive (ou réparatrice) sous la forme de la recherche généalogique? Comme pour obvier une menace latente ou réparer une secrète blessure? Mais que dévoile cette démarche si ce n'est la recherche du père, la symbolique de l'arbre généalogique étant assez explicite! 

Dans l'histoire familiale de celui ou celle qui s’adonne à la recherche généalogique, cela témoignerait de la perception d'un manque à combler, du besoin de retrouver sa place dans la succession des ancêtres, succession que le père ou la mère ne sont pas à même d'assurer, qu'ils ont interrompue même. La généalogie n'est pas transmission mais établissement d'un cadre, d'une structure historique virtuelle qui ne dément nullement mais confirme bien, au contraire, que l’absent n'a pas assuré son rôle de transmetteur.

De quoi s'agit-il finalement si ce n'est de reconstituer un système préétabli, d'en identifier les composants et les liaisons? Élaboration purement virtuelle qui consiste en tout et pour tout à:

1° Collecter des données minimales -noms et surtout dates- qui viendront prendre place dans une structure identique pour chacun mais que l'on se donne l'illusion de singulariser par des données particulières.

2° A mettre en relation des noms de gens qui se sont toujours ignorés, dont l'existence les uns des autres leur était inconnue et qui n'a aucune signification si ce n'est de faire apparaître des lignes de structuration d'un ensemble, d'une construction tout artificielle.



La prétention à savoir d'où l'on vient est tout aussi vaine puisque la plupart des recherches s'épuisent au XVIII ou très rarement au XVII avec un nom, peut-être deux. Et alors? Paradoxalement - et c'est l'impasse même de la généalogie - plus haut on remonte, moins en sait alors que l'objet même de la recherche est d'en savoir plus sur ses origines; Plus on trouve moins on sait... Sait-on plus d'où l'on vient après avoir remonté deux siècles, durée ridiculement courte au regard de ce qui a précédé? Arrivé au XVII siècle le généalogiste est dans la même situation qu'au jour où il a entamé ses recherches: il est face au vide, à l'inconnu.

Ce qui intéresse les généalogistes, ce après quoi ils sont en quête, ce sont des noms et des dates. Peu leur chaut en fait ce qu'ils pourraient apprendre de la personne dont ils cherchent les coordonnées. De toute façon ils n'en peuvent jamais rien connaître et ce n'est pas cela qui les motive ni les intéresse. Mais bien de mettre un nom et une date sur une petite case du système. Bien loin de vouloir retrouver ne serait-ce que l'ombre d'une réalité, de ce qui fut, ce qui constitue le foncier, ce n'est que la représentation graphique qui importe. Le modèle, la grille complétée. Comme ceux qui s'intéressent aux cartes géographiques ou consultent les horaires des trains sans jamais voyager. Ce ne sont jamais des souvenirs (et pour cause) qui sont rassemblés. Il n'y a dans ce genre d'entreprise nul travail de mémoire mais bel et bien simple compilation de données qui ne sont que des mots et des chiffres en guise de noms et de date.

En fait de recherche de racines introuvables, il ne s'agit que de se donner l'illusion de remonter le temps comme le saumon remonte à la source. Mais si lui y parvient - pour mourir justement - ce n'est pas le cas des généalogistes dont toute l'obsession n'est pas culturelle (les pseudo racines) mais bien existentielle: se localiser dans cette cartographie temporelle. Aussi vaine que s'il s'agissait de dresser la généalogie d'un chat ou d'un chien domestique. Au fond c'est une trame de tissu avec ses croisements et entrecroisements de fibres que veulent mettre au jour les généalogistes. 

Connexions et extensions d'un maillage théoriquement extensible à l'infini. Création d'un ensemble factice, constitution d'une entité qui n'a jamais été et dont le principe est au fond parfaitement creux: les noms, les dates pourraient être radicalement autres et différents, cela n'aurait aucune importance puisque l'essentiel est de combler un vide. 

Même démarche qui anime les philatélistes et collectionneurs de tout poil. Comme en architecture, on a affaire à une élévation, c'est-à-dire sans la moindre profondeur et pas plus épaisse qu'une feuille de papier, qu'un tableau généalogique précisément.

De même que le philatéliste ne s'intéresse guère à l'image qui est représentée sur la vignette, le généalogiste ne s'intéresse pas au contenu des données qu'il recueille. L'une et l'autre activité signalent les structures obsessionnelles qui s'expriment -entre autres- par la collectionnite: la systématisation, la tentation de maîtrise du réel au travers du plaisir que doit fournir la satisfaction de l'empilement de données vides de sens. La motivation première -prétendue simple curiosité vis-à-vis des ancêtres- cède rapidement le pas à une dynamique qui s'auto alimente: l'accumulation pour la jouissance de l'illusion globalisante.



Ne se livre à la recherche généalogique que celui qui est à la recherche de quelque chose, d'un manque à combler, d'une lacune à masquer. Derrière la pseudo quête historique n'est-ce pas une famille virtuelle idéale qu'il s'agit de reconstituer pour compenser l'insuffisance d'une famille réelle ou le mal à être que l'on y ressent? Une famille de remplacement en quelque sorte, mais morte, inerte, réifiée et qu'on peut donc contempler comme un bel objet inoffensif. 

Puisque c'est de famille dont il est question ne s'agit-il pas tout bonnement d'une mesure de réassurance face au Temps? S'inscrire dans un ensemble dont la «richesse» garantira la «solidité», le verrouillage, le contrôle qui donnera l'illusion d'avoir sa place dans un déroulement dont on est la pointe, l'aboutissement chronologique. Un ensemble qui, d'une certaine façon, justifiera jusqu'à mon existence. Derrière la traque de chaque nom, chaque date ne cherche-t-on pas comme la garantie d'une continuité sans faille, une permanence qui viserait à restaurer une unité perdue?

Et ce prétendu travail de mémoire qui n'en est pas un n'est-il pas aussi l'image de l'impasse que représente la recherche généalogique, activité stérile dont le résultat se perd dans les sables tout en donnant et garantissant l'illusion d'avoir œuvré à sa propre consolidation. Et c'est bien ça d'ailleurs: il y a consolidation d'un état du réel et non modification -c'en est même l'antithèse- de son rapport au réel, au temps et aux autres. C'est du bétonnage contrairement au vrai travail de mémoire, l'introspection qui ne vise pas à accumuler et collationner des données mais bien au contraire à les exhumer, à les ranimer afin de leur faire jouer un rôle déstabilisateur dans ma perception/relation au monde.

La généalogie est une absurde nomenclature pleine de signifiants inconnus de celui qui s'y adonne mais qui dévoilent surtout la véritable nature de l'obsessionnel. Ce lui est l'occasion de faire fonctionner à l'infini une mécanique fondée sur le rythme binaire qui reproduit son rapport au réel. 

Cette jouissance du mécanisme que rien ne vient jamais entraver (2, 4, 8, 16, 32 etc.) la généalogie lui permet de l'étendre dans le temps, lui donnant ainsi l'illusion de maîtriser tant le présent que le passé d'où il est issu. Réassurance métaphysique en quelque sorte, son tableau lui certifiant la validité de son mode de pensée.


(Dernière illustration: Le Chêne de Gustave Courbet)

25 commentaires:

Ned Ludd a dit…

Some researchers are doing experiments on the moral life of babies.

"A growing body of evidence, though, suggests that humans do have a rudimentary moral sense from the very start of life. With the help of well-designed experiments, you can see glimmers of moral thought, moral judgment and moral feeling even in the first year of life. Some sense of good and evil seems to be bred in the bone."

http://www.nytimes.com/2010/05/09/magazine/09babies-t.html?_r=1&pagewanted=all

The video is quite interesting. I don't know what it has to do with geneology.

merbel a dit…

Je suis encore d'accord avec vous... Le travail de mémoire n'a rien à voir avec cette "occupation " de lister des noms, des dates... Certains se lancent dans la recherche espérant trouver un être hors du commun, un être paré d'exception et quand ils ne le trouvent pas - si toutefois ils en arrivent à ce point-là- le petit ramoneur ou la fille de ferme que compte leur arbre sont parés de toutes les qualités! Comme une revanche sociale, aussi. Enfin, c'est souvent comme ça que je l'ai ressenti!

Pour vivre hélas près de personnes atteintes de maladies neurologiques où la mémoire d'abord immédiate puis à moyen terme est touchée, je ressens très bien cette perte qu'éprouvent ces êtres chers et qui me bouleverse, même si pour l'instant ils n'ont pas atteint un seuil où l'on est "égaré" (comme vous l'écrivez) parce qu'on n'EST plus (au monde). Seul leur passé ou certaines personnes avec qui ils ont partagé ce passé peuvent les stimuler de nouveau et les faire revivre au présent, alors que l'instant d'avant, juste avant, le présent n'avait aucun sens ...

Enfin, le travail de mémoire demande bien plus de courage (osons le mot!) et n'est pas le fait de recherches livresques: il faut se livrer et c'est une autre paire de manches! Pourtant, c'est à ce prix que les livres d'état civil sont laissés en paix!

NB "Peu leur chaut" et "vis-à-vis"

Raphaël a dit…

Mince, c'est un peu triste comme constat. Vous simplifiez beaucoup. Nombre de généalogistes ne collectionnent que les noms et les dates comme nombre de philatélistes ne collectionnent que les vignettes colorées. C'est un fait, mais est-ce si abominable que de se livrer à ce genre collections ? :)

Quant à ceux qui collectionnent les ancêtres puis tentent de reconstituer des bribes de leurs vies, des contextes historiques, géographiques, culturels et sociaux ? Certes, ils ne constitueront jamais une biographie complète de chacun de leurs ancêtres.

Mais n'auront-ils finalement pas réussi à créer du sens dans les liens unissant toutes ces personnes ? D'artificiels, quand les ancêtres n'avaient pas gagné leur place dans un arbre généalogique, les liens deviennent concrets parce que c'est toute l'histoire de familles et de leurs alliances qui s'affiche ainsi :)

Ou peut-être ne comblé-je qu'un manque :)

Flocon a dit…

Ned,

A long article to read...

As you know, the origin of morality has been a corner stone of philosophical interrogation since men began to scrutinize themselves.

The article you refer to exposes a scientific approach of the issue whereas, since Confucius, the problem was adressed in an altogether different perspective.

You may be interested with this short Wiki article.

Flocon a dit…

merbel,

"Je suis encore d'accord avec vous..."

Bon, ben on est deux alors... ;-)

"Certains se lancent dans la recherche espérant trouver un être hors du commun, un être paré d'exception "

Ça peut arriver sans doute, chacun sa motivation.

"Comme une revanche sociale, aussi."

Il faudrait peut-être élaborer ici. Pensez-vous aux amateurs qui espèrent trouver trace d'une filiation avec une figure historique quelconque? Ce serait un bien médiocre petit coup de pouce à leur égo alors.

Votre deuxième paragraphe relatif aux personnes à la mémoire peu à peu évanescente (pas sûr que ce soit le terme exact, mon dico n'est pas à portée de main...) aborde notre sujet d'une tout autre façon.

La mémoire défaillante se réfère bien à un vécu réel des personnes concernées tandis que la généalogie n'a qu'un rapport parallèle avec l'histoire de celui/celle qui se livre à ces recherches.

Il n'y a guère de rapport me semble-t-il entre la mémoire d'une vie vécue et la projection imaginaire que fait le généalogiste.

Dans le premier cas c'est notre durée rapportée au temps dont il est question, dans le second cas, il s'agit ni plus ni moins d'une spatialisation du temps sur des feuilles de papier.

"Le temps nous abuse sous le masque de l'espace"
Schopenhauer

Temps vécu dans un cas, Temps fantasmé dans l'autre.


"le travail de mémoire demande bien plus de courage (osons le mot!) et n'est pas le fait de recherches livresques: il faut se livrer"

C'est en cela que consiste l'analyse (freudienne). Il y faut en effet du courage comme il faut se livrer.

Flocon a dit…

Raphaël

Bonjour et merci de votre contribution. Je vois que vous avez un beau blog, très bien tenu et consacré à votre passion.

Mon billet effectivement ne va pas vraiment dans le sens de votre intérêt et je comprends bien qu'il vous fasse réagir.

Cala dit, chacun fait ce qu'il lui plaît, je ne "condamne" nulle part les généalogistes ni même ne les critique.

Il n'y a rien d'abominable (pour reprendre votre terme) à se livrer à ce passe-temps, je n'ai d'ailleurs aucunement porté de jugement moral sur cette dilection ;-)

J'ai essayé d'exposer une interprétation de cet engouement de plus en plus pratiqué pour la généalogie, je comprends tout à fait que ma vision des choses soit réfutée.

"Mais n'auront-ils finalement pas réussi à créer du sens dans les liens unissant toutes ces personnes ? D'artificiels, quand les ancêtres n'avaient pas gagné leur place dans un arbre généalogique, les liens deviennent concrets parce que c'est toute l'histoire de familles et de leurs alliances qui s'affiche ainsi :)"

Intéressante réflexion. De fait, on peut considérer qu'un sens a été créé par le travail de collation du généalogiste mais ce sens me paraît bien ténu d'autant qu'il n'existe que pour l'auteur/créateur de l'arbre généalogique.

Mais bon, s'il est satisfait du sens qu'il a donné à des liens qu'il a mis au jour et qui n'existaient que de façon latente (c'est à dire que ces liens étaient virtuels, il fallait l'intervention du généalogiste pour les faire apparaître) j'imagine qu'il aura aussi donné un peu plus de sens à sa propre existence.

Du moins s'en aura-t-il donné l'illusion. Peu importe au fond, si cela le satisfait...

Flocon a dit…

Le billet a dû être référencé quelque part, il y a eu des visites à partir de Tweeter, Facebook, des messageries Orange, Wikio (je ne sais pas ce que c'est) ou directement.

La blogosphère a des secrets qui me resteront à jamais inintelligibles...

Jordi a dit…

Bonjour,

Ce qui me gêne dans votre article (fort bien écrit au demeurant), c'est qu'il ignore que les motivations qui animent les généalogistes amateurs sont aussi nombreuses que les généalogistes eux-mêmes.
Certains se livrent à une véritable "collection" d'ancêtres, voire de parents au sens large, quand d'autres cherchent à reconstituer le plus précisément possible la vie d'un ancêtre en particulier.
Certains cherchent à combler un vide, d'autre y voient un intérêt historique, ou socio-historique.

Pour beaucoup d'entre nous (je pense même qu'il s'agit de la majorité), la généalogie ne se limite nullement à "collecter des données minimales" et à "mettre en relation des noms de gens qui se sont toujours ignorés". Cela va souvent bien au delà, dans la compréhension du contexte, du mode de vie, du quotidien de ses ancêtres.

Serait-ce une prémonition de la feuille, qui, à l'automne, avant de tomber, veut identifier la brindille, le rameau, la branche et le tronc enfin dont elle est issue?
Pour ma part, j'ai 31 ans. J'espère bien ne pas être à l'automne de ma vie. ;-)

Effectivement, votre billet a été référencé quelque part. Les généaphiles sont à l'affût...

d'aïeux et d'ailleurs a dit…

Bonjour

Je rejoins mes chers jeunes collègues à la lecture de votre article.


Ne se livre à la recherche généalogique que celui qui est à la recherche de quelque chose.


Plutôt positif et enrichissant de rechercher quelque chose dans sa vie non ?
Après tout, à la question du "à quoi ça sert ?", généalogie, et/ou tenir un blog, fondamentalement ça ne sert à rien, mais permet d'assouvir quelque chose... ne serait-ce qu'un besoin d'écrire, de partager quelque chose, d'être lu...

Le collectionneur de dates, au fond, ne va pas plus loin que ceux qui croient (ou malheureusement pour eux, sont restés traumatisés par un apprentissage scolaire) que l'histoire n'est qu'une longue ribambelle de dates indigestes. 1492, 1515, 1789, 1914-1918, 1939-1945.

Je rejoins Jordi sur l'intérêt historique et socio-historique (déformation professionnelle oblige, aussi), beaucoup plus présent, en ce qui me concerne, que le travail de mémoire (qui, notons le, n'est pas censé non plus avec le travail historique scientifique). Et je pense que ce travail de mémoire ne concerne pas toutes les générations.

Je ne retiendrai que quelques brefs éléments de cet engouement pour la généalogie :
- permettre à certains (jeunes) de nouer des liens avec des anciens (qui adorent parler mais n'osent pas toujours, alors quand une oreille attentive est là...)
- une ouverture des sacro-saintes archives à un large public. Car si les salles de lecture sont encore principalement fréquentes par un public de CSP plutôt moyennes et supérieurs, Internet faisant, l'engouement touche aussi des classes plus populaire. Et la généalogie ne rime plus aujourd'hui avec arbres de familles bourgeoises et nobles.
- enfin, personnellement, voir des personnes de 80 ans avec un ordinateur portable dans les services d'archives et mettre leurs recherches en ligne, et être plus dégourdis que certains collègues vingtenaires, moi ça me fait triper.

M. (atteinte d'archivite aiguë depuis un DEA d'histoire. Seul remède trouvé : en faire son métier).

Flocon a dit…

Jordi,

"les motivations qui animent les généalogistes amateurs sont aussi nombreuses que les généalogistes eux-mêmes."

Ce billet a été inspiré par l'exemple d'une personne qui s'adonnait à la généalogie de la façon que j'ai essayé d'analyser dans ce texte.

Il va de soi que les motivations des uns et des autres peuvent être différentes et mon billet ne saurait être généralisé à l'ensemble des généalogistes.

"Cela va souvent bien au delà, dans la compréhension du contexte, du mode de vie, du quotidien de ses ancêtres."

N'étant pas généalogiste, j'ai du mal à me représenter qu'il soit possible de connaître grand chose d'une personne, Jean Dumonier, qui aurait vécu en Meurthe-et-Moselle de 1846 à 1907 par exemple.

Voilà un indice: Qui était ce Jean Dumonier né à Toul le 14 février 1846 et mort à Lunéville le 9 septembre 1907 à l'âge de 61 ans?

Je viens de "créer" ce personnage. Je pourrais lui donner plus de consistance et en faire un personnage de roman. Quelle différence avec quelqu'un qui aurait vraiment vécu à cette époque et dans cette région si ce n'est la recevabilité que j'accorde à ces bribes d'information?

Mais une fois encore, c'est un petit essai personnel auquel je me suis livré, sans doute limité dans sa compréhension du phénomène généalogique.

Je ne veux gâcher le plaisir de personne. Si beaucoup de contemporains se livrent à ces recherches et qu'ils y trouvent une satisfaction personnelle et bien cela ne me regarde pas et je ne porte pas de jugement.

Personnellement j'y vois un exercice assez futile et vain, une espèce de divertissement pascalien.

Ma vie c'est aujourd'hui qu'elle est. Pas demain ni hier. Encore moins dans 125 ans ou il y a 250 ans... Et je ne me sentirais pas plus informé sur moi-même, plus ancré dans ma réalité, mieux informé d'un passé qui n'est pas le mien, plus tout ce que vous voulez si j'avais établi un arbre généalogique qui remontât jusqu'en 1763.

Le Temps n'est pas et cette espèce de voyage dans le Temps n'est qu'une fiction à mes yeux...

Comme quoi chacun voit midi à sa porte... ;-)

Merci en tout cas d'avoir pris le temps de faire part de votre point de vue.

Flocon a dit…

Jordi,

j'ai oublié de vous remercier pour l'indication du référencement...

Grand merci donc

Flocon a dit…

D'aïeux et d'ailleurs,

"Plutôt positif et enrichissant de rechercher quelque chose dans sa vie non?"

Certes, le tout est une question de hiérarchie. Il en est qui recherchent même la petite bête... ;-)

Il me semble qu'il est plus important, disons plus enrichissant de se connaître soi-même que de rechercher quelques bribes d'information sur des individus avec lesquels nous nous donnons l'illusion d'entretenir un lien au-delà des générations.

Je suis assez tenté de considérer la généalogie précisément comme un moyen d'éviter de se connaître soi-même en déplaçant ce travail de recherche sur un plan fictif qui divertira et distraira de l'essentiel.

Une forme d'évitement de soi-même si vous voulez.


"Après tout, à la question du "à quoi ça sert ?", généalogie, et/ou tenir un blog, fondamentalement ça ne sert à rien, mais permet d'assouvir quelque chose... ne serait-ce qu'un besoin d'écrire, de partager quelque chose, d'être lu..."

Je ne crois pas avoir posé la question de l'utilité mais je réponds à votre comparaison:
Le blog est dans l'actuel, le contemporain, il est lu et écrit par des êtres vivants, nous sommes dans le réel.

La généalogie, avec tout le respect que je dois à ses passionnés, me paraît une occupation tout à fait honorable nous sommes bien d'accord mais qui s'exerce dans le vide d'un Temps qui n'existe pas.

"- permettre à certains (jeunes) de nouer des liens avec des anciens (qui adorent parler mais n'osent pas toujours, alors quand une oreille attentive est là...)"

Sauf erreur nous ne sommes pas là dans le cadre de la généalogie puisque ce sont des contemporains qui sont en relation personnelle.

"- une ouverture des sacro-saintes archives à un large public."

L'ouverture des archives est une bonne chose en effet mais si elle est utile aux généalogistes elle est surtout nécessaire à la Nation tout entière, indépendamment des raisons qui poussent les uns et les autres à y avoir accès.


"des personnes de 80 ans avec un ordinateur portable dans les services d'archives et mettre leurs recherches en ligne, et être plus dégourdis que certains collègues vingtenaires,"

Très bonne chose encore mais cela n'a guère à voir avec la généalogie. Ces personnes dont vous parlez peuvent aussi se servir de l'ordinateur pour bien d'autres raisons que la recherche généalogique.

Cela dit, tant mieux pour elles si elles y trouvent leur compte.

Chacun sa passion...

Votre blog est très professionnel en effet.

Merci de votre commentaire et bonne continuation dans vos recherches.

Jordi a dit…

Il est intéressant, pour une fois, de discuter de généalogie avec quelqu'un qui ne la pratique pas et qui, a fortiori, ne s'y intéresse même pas. Cela nous sort de notre petite bulle ;-)

Effectivement, il est possible de connaître avec pas mal de précision la vie d'un ancêtre. Les sources sont multiples et il ne faut pas, dans ce cas, se limiter au traditionnel état-civil. Plusieurs ouvrages ont d'ailleurs été publiés, retraçant la vie d'un des nombreux anonymes de nos arbres. Il est possible, au prix de longues recherches, de le situer précisément dans sa communauté, dans sa sphère sociale. Bref de savoir qui il était dans son environnement. Evidemment, il demeure impossible de connaître sa personnalité. Quoique...

Que ce loisir soit assez futile, je dirais qu'il en va de même de tous les loisirs. En "généalogisant", je ne pense pas (ou alors de manière inconsciente peut-être) être à la recherche de ma personnalité. A l'inverse, je n'évite pas plus cette recherche que le pêcheur à la mouche.
Je ne pense pas non plus que la généalogie me permette de mieux me connaître, mais les psycho-généalogistes vous diraient l'inverse. C'est un autre débat.

Enfin la généalogie commence avec l'étude de nos premiers ancêtres : nos parents. Beaucoup de généalogistes de la nouvelle génération, pratiquent ce que l'on appelle les recherches descendantes (partir d'un ancêtre pour en découvrir tous les descendants) dans le but de faire la connaissance, physique et concrète, de cousins inconnus, pas toujours si éloignés.

Ned Ludd a dit…

Sur la généalogie, mon livre préferé est le roman par Eugene Sue, "L'histoire du peuple". Longtemps inédité, il est de nouveau disponible.

Sue raconte comment sur les siècles le peuple etait dépossedé par l'aristocratie autoproclamé"

Cela a eté interdit et Sue s'exilait.

Ned Ludd a dit…

Flocon, tu as un sens d'humour en disant "A long article to read..."

Pas plus long que l'un de tes billets, n'est pas?

Flocon a dit…

Jordi,

Vous me mettez, en toute aménité bien sûr, dans l'inconfortable position d'avancer des arguments qui vont à l'encontre de votre passion ;-) Mais jouons le jeu...

La seule réalité sur laquelle se fonde la recherche généalogique (au-delà de la deuxième, admettons la troisième génération), c'est le rattachement à une chaîne biologique représentée par l'ADN.

Beaucoup plus de personnes appartiennent d'une façon ou d'une autre à la même chaîne que ce que vous pourrez référencer par vos recherches.

Il est impossible de retrouver un quelconque ancêtre ayant vécu au XIè siècle et pourtant il y en eut des milliers desquels, par les milliers d'individus qu'ils ont générés, vous sont parvenus quelques centaines de cellules (ou des milliers, je n'en sais rien mais vous comprenez ce que je veux dire).

Or ces milliers d'ancêtres du XI ont été précédés de millions d'autres individus qui présentent a priori autant d'intérêt pour le généalogiste que ceux dont il peut retrouver la trace.

J'avais lu il y a longtemps qu'on estimait la descendance de Charlemagne à plusieurs millions d'individus. Carolus Magnus avait été choisi pour illustrer une démonstration mais n'importe quel autre individu de la même époque aurait fait l'affaire.

Tout cela nous amène à quoi? A se représenter plus nettement que nous appartenons tous à l'espèce humaine?

En ce cas le généalogiste peut aussi bien s'intéresser à l'histoire de son voisin de palier, à un moment donné il finirait bien par trouver une commune parenté quelques siècles auparavant (sauf si le voisin est un descendant d'immigrés chinois...)... ->

Flocon a dit…

... ->

les Américains blancs (d'une façon générale) sont très friands de ces recherches dont ils espèrent qu'elles leur permettront de se retrouver des ancêtres européens des XIX, XVIII voire, apothéose, du XVIIè siècle.

Je n'ai pas fait les recherches et vous fais pleinement confiance pour cela, il existe en GB, en Allemagne, en Scandinavie etc. des individus qui peuvent "revendiquer" une lointaine (2 ou 3 siècles sont insignifiants au regard de l'histoire humaine) parenté avec une personnalité américaine, que ce soit Lady Gaga ou Buster Keaton.

Bon, voilà, il ont des éléments d'ADN communs...

On pourrait faire les mêmes recherches pour les animaux. Ne sont-ce pas des mammifères comme vous et moi?

Me permettez-vous de faire la comparaison avec la résolution d'une équation algébrique?

On cherche à identifier une ou plusieurs inconnues et le résultat obtenu permet d'avancer dans une construction mathématique donnée qui elle-même permettra un dépassement fertile vers un autre stade de connaissance.

Mais la généalogie, comme je l'écris dans le billet, ce n'est -à mes yeux bien sûr- que la démonstration que 2 + 2 = 4 + 4 = 8 etc à l'infini.

"Evidemment, il demeure impossible de connaître sa personnalité."

A la limite, cela pourrait être relativement intéressant. Mais pourquoi irai-je m'intéresser à la psychologie ou au caractère d'un individu disparu depuis des siècles et auquel ne me lie qu'une séquence biologique alors que mes voisins, mes contemporains sont bien présents et constituent mon environnement social réel et authentique?///...///

Flocon a dit…

... Qui plus est, connaître la personnalité d'un ancêtre, aussi peu que ce soit, pour apprendre que c'était un parfait salaud (Ah si, je vous assure, il y en a eu), une fieffée menteuse, une mégère, un assassin, une vipère voire une vraie ordure... ben non, cela ne m'intéresse pas.

Je crois qu'il doit y avoir eu beaucoup plus de pauvres types et de minables que de gens vraiment biens sur terre. Que me chaut (ça c'est pour merbel) de porter en moi ce genre d'information?



J'ignorais qu'il existât des psycho-généalogistes. Cela peut m'intéresser en revanche.



"faire la connaissance, physique et concrète, de cousins inconnus, pas toujours si éloignés."

C'est l'occasion de grandes retrouvailles avec une centaine de personnes je crois, voire plus.

Rien à dire, si cela fait plaisir à certains eh bien tant mieux... -;)

Pour info, je possède un tableau généalogique qu'un parent a dressé et qui m'apprend (le tableau) qu'un certain Jean Picard a épousé une certaine Marie Floch à Saint-Thégonnec le 27 juin 1697. Et c'est numéroté 130/131, vous savez mieux que moi ce que cela signifie.

Cela doit représenter la 9 ou 10ème génération je crois. Des paysans bretons par centaines, illettrés et catholiques pratiquants dont je me représente assez bien la vie.

Des centaines de gens qui n'ont jamais quitté le canton où ils sont nés pour la plupart...

Voilà. Voilà, voilà...

Me voilà bien avancé... Et ce n'est que du côté paternel en ligne directe.

A chaque génération il y a bifurcation et démultiplication à n'en plus finir.

Je m'en voudrais de passer pour un rabat-joie à vos yeux mais la généalogie, effectivement, j'y porte le regard que vous avez découvert en ayant la bonté de lire mon billet.


Comme écrit Raphaël :"Mince, c'est un peu triste comme constat."

Mais rassurez-vous Jordi, j'ai aussi mes plaisirs et mes marottes... ;-)

Merci de votre intérêt.

Flocon a dit…

Ned,

Je ne connaissais pas ce titre de Sue.

"Sue raconte comment sur les siècles le peuple etait dépossedé par l'aristocratie autoproclamé""

En fait c'est l'histoire de la domination d'une classe sociale sur l'autre en somme. Sur précurseur de Marx?


"Pas plus long que l'un de tes billets, n'est pas?"

Yes, I'm the talkative kind I admit.

Though, my shortest post this year is this one.

Ned Ludd a dit…

Il y a quelques années, la chaîne britannique, Channel Four, faisait des recherches sur l'ADN des volontaires dans le programme "100% English".

http://en.wikipedia.org/wiki/100%25_English

Surprises guarantées, tous étaient des mélanges très differentes.

Flocon a dit…

Ned,

Intéressant petit article de Wiki.

I didn't know that Garry Bushell.

Comment peut-on imaginer être 100% anglais ou quoi que ce soit is beyond me.

Il suffit de penser au passé impérial/colonial de la GB et on imagine bien les mélanges.

Idem aux USA, si ça se trouve il y a des blancs au Texas ou ailleurs qui se croient 100% anglo-saxons et qui sont descendants des enfants que Washington a eu avec ses esclaves...

For what I know (and I still don't care), I've had a Spanish ancestor in the middle of the XIXth on my paternal grandmother's side which means I most certainely have some trace of Arab/ African DNA.

Fine! What do I do about it?

Garry Bushell seems to be a sore loser on this one.

J'ai l'impression que the Nazi trump card is even more used among English than it is in France. Et pourtant...


Ces recherches ADN m'intéressent plus que la généalogie. Migrations des peuples, grandes invasions etc.

Si ça se trouve, c'est en Afrique noire que peut se trouver une plus grande homogénéité ADN des populations.
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I think it should have been: I'm of the talkative kind in my previous comment.

Well... I confirm :-(

Ned Ludd a dit…

"Everything you know about British and Irish ancestry is wrong. Our ancestors were Basques, not Celts. The Celts were not wiped out by the Anglo-Saxons, in fact neither had much impact on the genetic stock of these islands"

http://www.prospectmagazine.co.uk/2006/10/mythsofbritishancestry/

Flocon a dit…

2 visites aujourd'hui en provenance d'un blog, la Gazette des ancêtres, qui renvoie à mon billet.

Le point d'interrogation après le son billet et son opinion ? me laisse songeur...

Sophie Boudarel avait déjà mis mon billet en lien sur son compte Tweeter ce qui avait amené quelques visiteurs.

Anijo a dit…

What struck me about this post was the trees. That's one of the major influences of how I paint. I tend to see forms in trees and clouds and everything else that most people would not see. These trees, however, are remarkable in how obviously they represent the human form.

Flocon a dit…

Anijo,


"I tend to see forms in trees and clouds and everything else that most people would not see."

Most children see things beyond appearences and then they grow up and forget what once was their ability to question the world.

Some keep alive their inner child with them. They're called artists Anijo.