lundi 31 décembre 2007

L'enfance d'un chef.



Il y a des gens spontanément « sympas », de ceux qui donnent envie de les connaître, qui sans posséder un charisme particulier dégagent une impression de bonhomie et de générosité naturelle. Pour un peu on les inviterait à prendre un café tout en sachant bien quelle est la part de rêverie dans ce genre d’élans affectifs…

Et puis il y en a d’autres qui n’inspirent pas du tout ce genre d’abandon, bien au contraire.

Parce que justement ils ont une espèce de charisme composé d’autoritarisme et d’ego en quête d’assouvissement et cela se voit. Ils ne sont pas là pour rigoler ou pour jouir en hédonistes de la vie. Ils ont des capacités managériales inemployées, ce sont des «décideurs». Ils n’en peuvent mais leurs visages dégagent d’abord et avant tout de la dureté, du commandement en puissance qui n’attend que l’occasion de s’exprimer. Alors l’occasion ils se la donnent.

Mais comme ils ne peuvent exercer leurs talents au sein d’une boîte commerciale quelconque, où il y en a d’autres de la même eau et qui n’aiment pas la concurrence, le meilleur moyen pour eux de tenir les premiers rôles c’est de fonder leur propre boîte ou, mieux, une association dont ils seront les gérants (les chefs quoi).

L’humanitaire est dans l’air du temps? Eh bien il est tout trouvé l’objet social de l’association. Qui pourrait trouver à y redire? Et puis après tout, on peut toujours attendre quelque chose de positif de leur action.

Éric Breteau et Augustin Legrand (comédien paumé en quête du grand rôle) font partie à mes yeux de ces types qui n’ont peut-être pas tant souci du devenir de leurs «protégés» que de l’accomplissement de la mission qu’ils se sont données parce qu’elle permet à leur «vraie» nature de se réaliser. Il faudrait être bien naïf pour croire qu’il ne se trouve pas un monde de secrètes motivations derrière le paravent des bonnes intentions dont ils font profession. C’est de reconnaissance de l’ego dont il est ici question, par le biais de l’exercice d’un pouvoir.

Je ne crois pas une seconde à l’amour de son prochain comme moteur de l’activité de ces deux types mais bien plutôt à l’instrumentalisation de l’Autre afin de se faire valoir, à leurs propres yeux et aux yeux des autres.


samedi 29 décembre 2007

Ce à quoi j'ai échappé.




- Dans les années 70 la littérature dite de Science fiction était très bien portante. Peut-être l’est-elle encore de nos jours d’ailleurs, je ne sais pas, j’ai perdu le contact. Je me la représentais comme il est de coutume quand on est un peu étroit d’esprit: les aventures de petits hommes verts etc.

Je lisais très peu à l’époque, pas le temps, disponibilité, que sais-je, et le peu de temps dont je disposais, quand je ne le gaspillais pas en bêtises, j’essayais d’en réserver un peu tout de même pour lire les classiques.

A force d’insistance, une connaissance qui goûtait le genre était parvenue à me décider à lire un texte de SF. A la deuxième page – je n’invente rien - on assistait à l’atterrissage d’un véhicule extra-terrestre dans un marécage de campagne et les "martiens" sortaient de leur capsule. Mes craintes étaient confirmées: il s’agissait bien de petits hommes verts. Je ne suis pas allé plus loin…

C’est sans doute dommage car il existe de très grands auteurs américains de SF mais voilà: mauvais livre au mauvais moment et c’en fut fini…


- Pareillement, la littérature policière n’a jamais eu mes faveurs. Quelques A. Christie ou Rouletabille adolescent mais Giraudoux avait autrement plus de nuances…

Tout de même, j’en ai lu un il y a 25 ans dont je me souviens encore du titre, toujours sur l’insistance d’une connaissance: «Le petit bleu de la côte ouest» (version originale). Oui, bien, c’était distrayant mais j’avais faim de nourriture plus substantielle… Alors je n‘ai pas continué dans cette veine. Il y a aussi de très bons auteurs je le sais mais puisqu’il faut choisir…


- Des bandes dessinées, j’en ai lu de 6 à 14 ans à peu près. Il y avait dans les années 50 une excellente production pour les enfants et les ados. Et je suis passé à autre chose quand il en fut temps.

Depuis les ados sont presque oubliés de cette catégorie éditoriale mais les adultes sont vraiment bien servis. Mais ça ne m’intéresse plus du tout. Il y a tant d’autres textes autrement plus jouissifs à découvrir…

Certaines circonstances ont fait qu’il y a 25 ans également je me suis retrouvé dans une maison de campagne avec rien d’autre à lire que des centaines d’albums de BD adultes que possédait le propriétaire de lieux. Bon, essayons… Ça s’appelait «La locomotive» et c’était truffé de clichés d’inspiration parano (désolé…). Histoire d’un après monde où règnent les technocrates (chauves et bleus) vivant dans des centres urbains exclusivement conçus pour eux et qui se rendaient de l’un à l’autre en locomotive (mais moderne la locomotive, hein, genre monorail électromagnétique…) en traversant des paysages quasi désertiques où survivaient des hordes de gueux dépenaillés (les gentils) et crevant la dalle. La révolte grondait mais, happy end, les technocrates étaient détrônés afin de laisser la place à la joie et à la démocratie. Ouais, super!

J’ai perdu bien du temps à ne pas lire, à lire des choses sans intérêt (Villiers de l’Isle Adam!) mais au moins j’ai échappé à ces vains remplissages.

vendredi 28 décembre 2007

La pitié dangereuse (2)



Il y a 20 ans plusieurs journalistes français avaient été pris en otages au Liban par des groupes pro iraniens. Solidarité oblige, toutes les chaînes françaises de télévision, il me semble, avaient à un certain moment incrusté en haut de l’écran des JT le décompte des jours de captivité de leurs confrères.
Quelle bonne idée! Et tellement déterminante dans le processus qui devait finalement aboutir à leur libération après 2 ans d’enfermement.

A l’époque déjà je me faisais la réflexion que s’il y avait une chose à ne pas faire c’était bien celle-là qui consistait à faire monter les enchères au quotidien. Tous les téléspectateurs qui n’en pouvaient mais, étaient impliqués tout à fait inutilement, si ce n’est pour donner aux ravisseurs le sentiment que tout le pays était derrière ses ressortissants et qu’on était prêt à tout pour les récupérer.

Très émus ils étaient les ravisseurs, très compatissants. Ça les a vraiment fait réfléchir sur leur vilaine stratégie…

Auraient-ils pris des otages Nord-coréens ou Kenyans dont le pays ne se serait pas soucié plus que d’une guigne? Certainement pas évidemment, de tels otages n’auraient eu aucune valeur. Mais quand une corporation fait croire à ceux d’en face qu’il s’agit d’une cause nationale, c’est elle-même qui fixe le montant de la rançon. Plus on chauffe à blanc l’opinion publique, plus les prix montent.

20 ans plus tard, ils n’ont toujours rien compris. En quoi le calvaire d'Ingrid Betancourt a-t-il été raccourci par les affiches apposées sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, les sites «Libérez Ingrid Betancourt», les pétitions, les marches et appels de toutes sortes? A rien d’autre qu’à faire savoir aux FARC qu’ils possèdent une carte maîtresse et qu’ils seraient bien bêtes de s’en séparer.

Se donner bonne conscience et croire œuvrer efficacement est totalement contre productif dans ce genre d’affaires dont les enjeux et les possibles clefs de résolution dépassent de mille coudées le registre de l’indignation et des émotions.

Laissez faire ceux dont c’est le métier, les politiques et les diplomates –sans compter les intermédiaires- et ne compliquez pas les choses plus qu’elle ne le sont déjà.

jeudi 27 décembre 2007

Fonds de commerce.



Il est partout, il a réussi à s’introduire dans le cercle des media, il est celui que l’on voit régulièrement sur chaque chaîne télé dès qu’il sort un nouvel opus. Il a de l’entregent, il est souriant, sympa mais sérieux. Il s’est composé un profil de prophète biblique qui doit en imposer et convaincre de la sincérité et de la pureté de ses intentions. Il est pour la paix et la fraternité, comment le contester ?
«Tu es pour la paix et l’amitié entre les peuples? Alors mon combat est ton combat» et le tour est joué.

C’est cela son fonds de commerce à Marek Halter : L’amitié entre les peuples et l’irénisme multiconfessionnel. Ce qui lui permet tous les deux ans de fourguer son intarissable production. Et de faire partie de chaque délégation française officielle en Israël ou en Pologne.

Citation: « Pour faire la paix, il faut mettre Dieu hors-jeu » Mais ne nous y trompons pas: c’est un sioniste mais version gentil flic. Et qui a trouvé son fonds de commerce qu’il sait parfaitement promouvoir et entretenir.

mardi 25 décembre 2007

American virtues.



Over generalisation is often tricky and misleading and yet, there’s a place where I can without any hesitation indulge in using one: From my own personal experience and account, Americans are really friendly and warm people.

What does he know? will ask some, he has never travelled to the USA. Sure I haven’t but I’ve met next to 5.000 Americans with whom I had the opportunity to speak and exchange for hours on end during the 80’.
OK, they were tourists in Paris and maybe they weren’t representative of the average Joe, Dick and Harry.

Nevertheless, I’ve always found them to be straightforward, modest and over all, possessing a virtue that seems to be unknown to most Europeans: they’re nice and candid altogether, to the point I’ve sometimes felt moved by their sincerity.

Another salient trait of their personality that I have many times admired is their curiosity and the obvious open mindedness they display when meeting foreigners.

The sense of self deprecating humour they occasionally show is also worth noticing and never fails to raise a smile and helps make contact.

To make a long story short, any encounter with American visitors has next to always meant an enjoyable moment for me. Forget the short-sighted, narrow minded Brits, Americans beat them hands down when it comes to face to face contacts.

Now, the French and Europeans in general may harbour the clichés and prejudice we all know of but regarding the sense of friendship and sociability we have much to learn from Americans.


Note: the painting is “Parrots” by John James Audubon

lundi 24 décembre 2007

Tragique carence.



S’il y a une carence chez autrui qui ne manque jamais de m’épater, c’est la complète absence du sens pédagogique. L’incapacité dont font preuve nombre de personnes à expliquer clairement et simplement des choses claires et simples ne cesse de me laisser coi !

Les mathématiques couvrent un domaine auquel je suis malheureusement totalement et absolument imperméable. Arrivé aux fractions je cale… c’est dire. Mais je suis curieux; aussi ai-je un jour eu l’occasion de me demander ce que c’était donc que les logarithmes. Je me suis adressé à 3 étudiants en maths sûr que nul ne pouvait mieux me renseigner.

Le 1er m’a carrément dit qu’il ne savait pas l’expliquer. Bon, c’est clair, pas de faux-semblant.

Le 2ème s’est lancé sans que je lui demande dans des «démonstrations» couvrant 2 pages A4 en quelques minutes pour admettre finalement qu’il ne voyait pas non plus comment répondre à ma question…

Quant au 3ème, il m’a dit qu’il me manquait les bases qui lui permettraient de me dire ce que sont les logarithmes….

C’est un peu loin à présent mais je crois me souvenir qu’un logarithme est un exposant qui permet de «monter» un chiffre quelconque à une valeur donnée. C’est un raccourci en quelque sorte.

Autre exemple beaucoup plus récent: Il se vend des CD et DVD à enregistrer 32x, 48x ou 52x. Bon.

48x fois quoi?

La réponse me semble couler de source mais pour en être sûr j’ai demandé à deux vendeurs de chez Darty. Les malheureux! C’était pathétique de les voir bredouiller, inventer, tourner en rond pour finalement me dire que «ça va plus vite». D’accord, mais plus vite que quoi?

Même question posée au responsable du magasin Apple près de chez moi. C’est à ne pas croire et pourtant le gars est parti dans une improvisation où les centaines de minutes se mélangeaient avec la vitesse de rotation du disque dur pour finir par me dire de lui-même «Je dis n’importe quoi, là».

Réponse: La gravure s’effectue 48 fois plus vite que ne se fait la lecture.

Comment n’être pas capable d’énoncer quelque chose d’aussi simple me dépasse.

On oubliera les cours d’initiation à l’informatique à l’usage des grands débutants… c’est tragique.

Ça peut sembler anecdotique et distrayant mais ça ne l’est pas tant que ça je trouve quand on songe aux milliers d’heures gaspillées par des millions de gosses dans les écoles ou en famille, qui posent mille et une questions qui ne reçoivent pas de réponses, de mauvaises réponses ou carrément de pures et simples conneries âneries.

On me dira heureusement il y a l’Internet et Wikipedia à présent qui sont des sources inépuisables de savoir. C’est sûr que ça m’aurait changé la vie il y a 40 ans… Cela dit, regardez ce qu’il y est dit des logarithmes…. Ben, faut déjà savoir de quoi l’on parle parce que pour l’ignare que je suis…

Comme quoi la vie est un éternel recommencement…

jeudi 20 décembre 2007

Je ne comprends pas Bach.




Bien évidement il ne s’agit pas de l’œuvre de Bach mais de sa personne. Comment est-il possible qu’un seul individu ait pu créer un pareil patrimoine?

On pense à l’inimaginable ampleur d’un catalogue qui compte plus de 1000 opus. A l’incompréhensible diversité dans laquelle il était maître, aussi bien dans la composition que dans l’exécution. Des pièces instrumentales ou orchestrales, des pièces profanes et religieuses.

L’amateur que je suis reste à la surface tout en sachant qu’il y a un monde d’architecture et de structures internes qui me sont inaccessibles et dont seuls les musiciens les plus avancés peuvent entrevoir la perfection.
Être l’auteur du Clavier Bien Tempéré suffirait à établir la postérité de n’importe quel compositeur. Il en a écrit des centaines de même complexité! C’est lui qui a établi les règles définitives de la musique occidentale.

Comment un être humain peut-il même composer l’Art de la Fugue ou l’Offrande Musicale? Et plus de 200 cantates? Je ne le comprends pas.

Écoutez les partitas pour piano, les sonates pour violon, d’où vient cet inexprimable don d’extraire toutes les virtualités contenues dans quelques notes?

Aucun autre créateur dans aucun autre domaine ne peut se comparer à Bach hormis sans doute Michelangelo Buenarotti. Mais à coup sûr aucun philosophe, aucun écrivain. Le matériau sonore est au delà de la pensée.

Jean Sébastien Bach était inhumain; il nous fait entrevoir le Divin.

Je ne comprends pas J.S Bach.


mercredi 19 décembre 2007

Génie.



(Attention, ce billet nécessite une petite connaissance du solfège pour bien en saisir le sel…)

A 18 ans j’avais entrepris d’apprendre le solfège. Armé du Danhaüser je suis parvenu à assimiler ce qu’il fallait pour lire des partitions mais un point me restait mystérieux: comment distinguer la tonalité, majeure ou mineure, d’une pièce?

Je posais la question à une femme qui avait appris le piano bien longtemps auparavant. Dubitatif, je l’écoutais me dire qu’il fallait regarder sur quelle ligne de la portée le petit «retour» de la clef de sol remontait.

J’avais tout de même le vieux doute mais l’autorité de l’adulte joint à sa supposée « science » étaient des facteurs assez convaincants a priori. Pas assez cependant pour emporter ma conviction. 

Mais de conviction je m’en suis fait une autre : il y a vraiment du génie dans la connerie parfois!

mardi 18 décembre 2007

I feel good.

 


Children aren’t responsible for the deeds and failures of their parents, we all agree about that. And it goes for the citizens of any given country: they’re not responsible for the crimes of their ancestors. But their nation is and any citizen must take into account that he/she is an heir who represents his/her community for the best and the worse it may have committed.

No country of some historical importance can claim to be morally cleaner than its neighbour. The Germans particularly, those with the most horrendous record of the XXth century, have entirely learned the lesson and would be the last ones to pretend teaching lessons of morality to the rest of the world. The same holds true with the Russians or the Japanese, to name a few.

Yet, there’s a country with a very short history and a pretty dark amount of black spots (think slavery, Indians’ removal, wars against Mexico or the Philippines, atomic bombs on civilians, 2 million Vietnamese casualties, preventive war in Iraq) which seems to think of itself as above all others when it comes to tell the whole world how it should act and behave. 

Now, many Americans are fully aware that the USA isn’t exactly a paragon and epitome of morality on the international stage and they unjustly suffer from the bad image their country “enjoys” abroad. But another good number of Americans seem to be totally blind to the past of their Nation and, when reminded of some unpleasant facts, they dismiss them as now irrelevant because said facts purportedly belong to the past.
Which better way to make oneself feel good than to let fall in oblivion what is unbearable?

What they fail to understand is that the past still lives on for everyone and can never be obliterated. They should look no further why America often gets a lot of negative rating among peoples of the world who don’t exactly appreciate being continuously taught lessons of morality coming from a country they see exuding of sheer hypocrisy.

The ignorant and morally self-serving are responsible for that bad image that spreads also on those Americans who know and understand and unjustly carry the weight of their fellow citizen’s “feel good” consciousness.


Note: The painting is “Transfiguration” by Raphël in the Pinacoteca Vaticana of the Vatican Museum

lundi 17 décembre 2007

Démence collective.




Un bandeau défile hier soir sur iTV, sur LCP ou n’importe quelle autre chaîne d’info en continu: un homme est mort de la grippe aviaire dans l’ouest du Pakistan. On voit l’importance de l’info !

Des millions de personnes meurent tous les jours dans le monde de mille et une pathologies, d’accidents domestiques, de crimes, de catastrophes naturelles et on nous apprend le décès d’un individu au fin fonds du Pakistan. Est-ce seulement vérifié?

La grippe aviaire est le nouveau joujou des media qui s’amusent alternativement à nous informer que «la forme la plus dangereuse de ce virus», le NHK5 je crois, est «inoffensive pour l’homme» tout en nous ‘rapportant’ sans faillir tel ou tel cas relevé ou même suspecté.

Il y a 3 ans c’était le SRAS, le terrible SRAS qui avait fait quelques centaines de victimes au maximum dans le monde entier quand n’importe quelle grippe emporte tous les ans plusieurs milliers de personnes âgées rien qu’en France. Raffarin était considéré comme un héros d’avoir eu le courage de se rendre en Chine où se trouvait un foyer de SRAS…

Mais on a la chance d’être vraiment informé: Ne nous dit-on pas à l’occasion qu’un canard est suspecté (suspecté !) d’être contaminé par la redoutable épidémie de grippe aviaire dans un élevage reculé de Biélorussie ou du Tanganyika?

Les épizooties sont le quotidien des éleveurs du monde entier, ça fait partie des aléas de la profession et on vient nous dire qu’un canard (ou un cygne, c’est plus sympa peut-être ou allez même savoir quoi?) est suspecté etc. «Des analyses sont en cours…» Tenez-nous informés des résultats, par pitié…

On a envie de prendre entre quatre yeux les irresponsables qui reprennent sans la moindre réflexion apparente ce que les agences leur envoient (PPDA, Chazal, Schönberg et consort) et de les gifler jusqu’au sang pour les faire avouer leur absolue incompétence. Ils finiront bien par avouer aussi qu’ils se f…ent de nous.

Mais qui donc est à l’origine de cet inimaginable marronnier de la grippe aviaire? Hystérie collective des media. Je ne vois que ça…

Mais il y a un côté positif à ce délire: Ça donne une idée de la crédibilité qu’on peut accorder aux media en quel que domaine que ce soit. Ça peut former l’esprit critique de certains.

Que vont-ils nous trouver pour l’année prochaine? Attente, anxiété et angoisse...


samedi 15 décembre 2007

Plus juif que juif.

J’en ai rencontré deux il y a quelques années et j’étais bien éloigné alors de comprendre à quelle étrange configuration psychologique j’avais à faire.

C’est un mécanisme inattendu qui est ici à l’œuvre et qui voit une goï prendre fait et cause pour la défense et l’identité juives de façon cent fois plus virulente que ne le fait la majorité des juifs eux-mêmes, hormis les extrémistes religieux et autres fondamentalistes sionistes auxquels elle s’apparente en la circonstance. 

Il y a identification du sujet (oui, ça peut être énervant de s’exprimer ainsi) à la figure même de ce qui se présente comme l’incarnation idéale (idéale, au sens premier du terme) du conflit moral éternel du bien contre le mal, de la victime vs le bourreau : le courageux petit peuple juif contre toutes les forces du mal que représentent… les Autres, ceux qui ne font pas partie du peuple élu et qui désirent la disparition, l’extermination, du Bien et de la Vertu. 

Nul autre schéma n’est plus propice à la projection paranoïaque que celui-ci où les rôles sont parfaitement distribués et identifiables sans la moindre réserve possible pour celui dont le fondement de l’univers mental est organisé autour d’une dichotomie organique: Le tout ou rien, le noir et le blanc, le Bien et le Mal. Le paranoïaque ultime fonctionne sur le mode binaire on le sait, aucune nuance, aucune subtilité possibles qui ne ramènent in fine à une appréhension monochrome de son univers et de son rapport aux autres. 

On a depuis longtemps observé que c’est la haine de soi (est-il besoin de préciser que cette haine est totalement inconsciente?) qui favorise l’émergence d’une structure paranoïaque. Il y a déplacement de ce qui ne peut pas se dire, se percevoir, se comprendre de soi, (se verbaliser encore moins) sur une surface de projection qui permet de mettre au jour incognito un insoluble conflit personnel qui se pare alors des beaux atours de la défense morale du Bien et du Bon alors qu’il ne s’agit en dernier ressort que de l’expression d’un soulagement personnel. 

On peut aller jusqu’à suggérer que ce choix d’une configuration qui voit s’opposer idéalement le Bien et le Mal pour se situer dans ce conflit moral n’est autre qu’une formation réactionnelle d’un sujet qui n’est que trop conscient que s’il s’avisait de faire un travail personnel sur sa moralité il ne supporterait pas la noirceur qui se révèlerait. Alors quoi de plus “naturel” que de fuir ce face à face et de se réfugier dans une structure préexistante où il est à l’abri de tout questionnement personnel, s’étant placé dans l’ombre projetée par des concepts universaux (le Bien, le Mal) où il est très facile et absolument sans danger de choisir son camp (devinez lequel…) avec pour bénéfice essentiel (au sens premier du terme encore) de ne faire qu’un avec la représentation la plus valorisante qui soit: le Bien et la Vertu.
 
Évidemment, ces processus ne font illusion qu’un temps car tout un chacun à terme ne saurait être dupe et même s’il ne sait analyser ce qui se joue, il a bien conscience qu’il est joué, qu’il est figurant d’une pièce où un rôle (celui du méchant bien sûr, de l’immoral) lui a été attribué depuis toujours et qu’il lui est assigné, demandé de respecter cette attribution, qu’il le veuille ou non, qu’il l’accepte ou pas. Et en général évidemment on ne l’accepte pas… 

Et le conflit personnel que le sujet croyait éluder et sublimer en se déplaçant dans un registre qui le dépasse, celui des universaux, ne manque pas de resurgir quand ses interlocuteurs se révèlent ne pas acquiescer à cette élaboration dans laquelle ils se voient imposer une identité et des attributs qu’ils ne se reconnaissent nullement (ne serait-ce que parce que nul n’a autorité ni légitimité pour décider de l’identité et des attributs d’autrui). Et cette naturelle protestation de l’Autre, son refus d’être instrumentalisé par le paranoïaque, se voient ipso facto accusé et condamné au nom de l’anti-sémitisme, du racisme et de l’immoralité en règle absolue, quelle qu’en soit la figure qui apparaîtra la plus pertinente aux besoins sécuritaires du paranoïaque. 

Car c’est de cela dont il s’agit en dernier ressort: Un besoin de réassurance existentiel, un besoin d’Amour qui se métamorphose en haine par dépit de n’être pas reconnu et satisfait.

C’est une focalisation, choisie comme déversoir du trop plein de ce conflit interne qu’elle ne peut gérer autrement qu’en l’extériorisant et en le disséminant sur tout ce qui constitue son environnement. Il faut bien que soit désigné un coupable, un responsable, que soit identifié le Mal contre lequel se défend courageusement le Bien (moi, le paranoïaque)

(Double féminin, Raffaele Bueno)
 

vendredi 14 décembre 2007

The "i" word.




Another apparent source of nervousness with some Americans is when it is suggested that their country is imperialist (evil). Of course we should agree on what we understand under the word "imperialist". What about "the drive to impose one's will, might and values upon others"?

The first time I wondered about the history of Japan I learned about the Commodore Perry and how he was sent by the Federal Govt of the USA in order to have Japan open its harbors to American ships. The black ships (kurofune) were another episode of the gunboat diplomacy.

I was a teenager then but I couldn't help being somehow surprised by the brutality of the invaders. Japanese, who were not interested with Americans or anybody else for that matter, were held a knife under the throat and they had one option only: to surrender! How's that for imperialism? And so ended the Sakoku policy.

What didn't fail to surprise me was also the period in the history of the US. Hardly 3/4 of a century after the inception of the American Republic, this nation was already expanding west and over the seas. The Californian coast was scarcely populated to say the least, there were no more than 25 million inhabitants in the whole USA and Americans were after an island 3000 miles away.

As everyone knows, trade was the key word of this virtual military conquest of western markets.

Is it really surprising then that less than a century later the Japanese in return thought they could as well play the same sort of game than their former invaders and attack in Pearl Harbor? (which was suicidal of course).

The question of American imperialism is still open as far as the XXth century is concerned but once again, as stated before, the souvenir of America in the making will still weigh heavy in the image of America abroad.


jeudi 13 décembre 2007

Tolérance.



C’est bien joli la tolérance, encore faut-il savoir de quoi l’on parle et à qui elle profite. Car se représenter cette vertu comme étant le partage de deux orateurs en étroite harmonie de sentiments est assez vain. Ce qui est plus souvent susceptible de se mettre en place est une relation où l’un des deux, tout naturellement et peu à peu, insensiblement mais sûrement, parce qu’il aura trouvé un déversoir à certaines pulsions, installera graduellement un rapport de hiérarchie à la mesure de terrain qui lui sera concédé.

Au nom de la tolérance, on laisse faire tout en n’étant pas dupe, en observant même de façon assez amusée le spectacle de quelqu’un qui dévoile jour après jour une partie de ses mécanismes relationnels et de son organisation intérieure.

Mais observer en laissant s’étendre le mal c’est aussi lui donner toute latitude pour se déployer toujours davantage.

Ce sont des petites taquineries, des piques, des traits d’esprit, de constantes petites morsures à l’ego de l’autre, de légers sarcasmes sur ce qu’il est, ce qu’il dit, ce qu’il fait, ce qu’il pense. Toujours contrôlés malgré tout pour que cela puisse encore rester dans le domaine du supportable (au nom de la tolérance toujours).

«La moquerie est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins, elle est le langage du mépris et l’une des manières dont il se fait le mieux entendre : elle attaque l’homme dans son dernier retranchement, qui est l’opinion qu’il a de soi-même; elle veut le rendre ridicule à ses propres yeux, et ainsi elle le convainc de la plus mauvaise disposition où l’on puisse être pour lui, et le rend irréconciliable.
C’est une chose monstrueuse que le goût et la facilité qui est en nous de railler, d’improuver et de mépriser les autres»

La Bruyère (Les Caractères, De l’homme. 78)

Inutile de recourir à l’humour ou à un discret rappel des limites que peut être il serait bon de ne pas franchir, on vous reprendra au nom de la tolérance. Balzac l’avait déjà signalé bien sûr, dans La femme de trente ans :

«Toute sa finesse était employée en pure perte à des ménagements ignorés de celui-là même dont ils perpétuaient le despotisme».

Rien n’y fera. Pris dans la dynamique de sa jouissance, c’est le naturel qui se donne libre cours et rien ne semble plus pouvoir le ramener à une plus juste appréciation des rapports et à un respect plus marqué de celui qui a été élu pour cible. Le sadisme latent se dévoile et s’épanouit dans la jouissance de son expression non contenue. On se permet même de temps à autre de brusques bouffées d’agressivité, voire des colères d’adolescent contrarié qui vous répond sur un ton de commandement, de celui dont on use avec les subalternes.

Ne s’autorise t-on pas même à recourir à des appréciations non plus seulement dévalorisantes, à la limite de l’injure mais même carrément insultante et cela en toute bonne conscience? Persuadé semble t-il que la victime ne bronchera pas puisqu’il est loisible d’en user avec elle comme bon il semble. N’a-t-on pas décidé unilatéralement de ce qu’il était possible de lui faire supporter (au nom de la tolérance toujours)?

"Les petits esprits ont besoin de despotisme pour le jeu de leurs nerfs." (Pierrette)

Dans toute situation de ce genre il est tout de même loisible de se voir offrir une petite satisfaction c’est d’avoir le plaisir de se faire offrir des leçons sur ce qui se fait ou ne se fait pas, de se voire prodiguer de bons conseils sur l’art et la manière d’entretenir de saines et équilibrées relations avec son prochain.

Il est inutile de tenter faire comprendre qu’il est tout de même certaines limites à respecter et que même si les petits persiflages entre amis font partie de la règle du jeu, il est un seuil à ne pas franchir trop souvent, on atteint la saturation. En vain, la relation s’est construite en partie sur ce rapport de hiérarchie dont l’un des deux a besoin et dont il ne saurait se priver puisque c’est sa jouissance.

«Les égoïstes, ne voulant pas être gênés, ne gênent personne et n’embarrassent point la vie de ceux qui les entourent par les ronces du conseil, par les épines de la remontrance ni par les taquineries de guêpe que se permettent les amitiés excessives qui veulent tout savoir, tout contrôler» (La maison Nucingen).

On retrouve semblable composante dans The Servant encore qu’il y ait sans le film bien d’autres paramètres qui interviennent dans les relations entre les 4 personnages.

Oui, c’est bien joli la tolérance mais comme son double «inversé», l’intolérance, il faut s’entendre sur le sens et la portée qu’il convient de lui accorder faute de quoi la citation de Cioran ne manquera pas de faire apparaître la dimension sous-jacente du rapport de l’un à l’autre et dont la tolérance sera l’instrument qui en permettra la mise en oeuvre.

"On assujettit les autres pour qu’ils vous imitent, pour qu’ils se modèlent sur vous, sur vos croyances et vos habitudes; vient ensuite l’impératif pervers d’en faire des esclaves pour contempler en eux l’ébauche flatteuse ou caricaturale de soi-même"

Histoire et utopie (A l’école des tyrans)


mercredi 12 décembre 2007

Intolérance.

 

« La tolérance n’est pas une position contemplative dispensant les indulgences à ce qui fut ou à ce qui est. C’est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à comprendre et à promouvoir ce qui veut être ».
C. Lévi-Strauss
(Race et histoire)

Une des répliques les plus communément rencontrées lors d’une discussion un peu animée est l’accusation d’intolérance. Il semble d’ailleurs que ce soit la véhémence du ton qui amène cette réplique. Celui qui la profère ne semble pas cependant envisager qu’elle puisse tout aussi bien lui être retournée.

On se demande si celui qui en appelle à la tolérance ne comprend pas celle-ci comme une espèce de placidité amorphe? Un discours uniforme et conformiste qui surtout ne remette rien en cause. Si l’ordre du monde est ce qu’il est, c’est qu’une autorité supérieure y a pourvu, l’a pensé et décidé. On ne peut donc pas la contester. C’est un vieux «truc» que de projeter sur autrui ce dont on est porteur mais qu’on ne veut pas assumer. Ainsi accuser autrui d’intolérance est la meilleure façon de détourner l’attention de sa propre intolérance qu’il s’agit de masquer toujours et partout. Ce qui est dit au fond n’est-ce pas: «votre discours est différent du mien, de mes préjugés et je ne peux accepter la différence".

Échanger des idées a pour finalité la remise en cause de l’ordre établi dans la façon de penser de l’autre, dans ses arguments, ses a priori ou ses certitudes. C’est une transgression qui est proposée à l’interlocuteur (ce peut être moi aussi bien sûr). A tort ou à raison. Mais l’exercice est potentiellement dangereux puisque la transgression suppose un possible danger, une remise en cause de la personne, de son identité, de son ordre intérieur. La seule indignation dont semble souvent capable celui qui en appelle à la tolérance c’est justement vis-à-vis de ce qui peut déstabiliser son organisation interne, sa relation au monde et aux autres, l’univers dans lequel il s’est ménagé son espace. Cette transgression seule suscite son indignation véritable comme elle active un mouvement reflex de recul et de refus de la différence, celle-là même qui est lourde de transgressions précisément. Et c’est bien cette peur de la remise en cause qui l’amène à mettre l’autre en cause pour éviter de l’être, lui.

Cette véhémence déstabilisatrice peut-être perçue comme une agression qu’on qualifie alors d’intolérance. Recourir au qualificatif d’intolérant ce peut être la marque d’une indignation et d’une inquiétude foncière à ce qui semble être une tentative de transgression d’un ordre qu’on veut continuer à imposer.

L’intolérance n’est alors peut-être pas du côté où l’on veut me persuader qu’elle se trouve...

mardi 11 décembre 2007

Memories die hard.



Probably the most sensitive issue Europeans have to deal with when they meet Americans has
to do with the image of America and Americans in the eyes of foreigners. There’s no hiding that many Euros still hold the prejudice of lack of culture, brutality, rudeness as the most salient traits of Americans whereas said Americans very often suspect some haughtiness and superiority complex from Europeans. 

At a time when Europe meant names like Wagner, Rimbaud, Dickens, Rossini, Dostoyevsky and thousands similar landmarks, America was the land where Wyatt Earp, Doc Holliday, Jesse James, Billy the Kid, Butch Cassidy, Calamity Jane, the Dalton brothers etc. were the most famous characters of the Nation. To the point that they now belong to “the legend of the West”, so to speak, with innumerable books and films that have been written and directed in order to tell their stories. They seem to have attained some sort of hero’s status in the History of America.

Of course, there were also F. Cooper, E. Poe, H.W. Longfellow but their popularity certainly didn’t compare with that of the aforementioned outlaws.

Other names come to mind such as Buffalo Bill who came touring in Europe as well as P.T. Barnum whose name, in France at least, has nearly become synonymous with Capernaum.
And this American apparent fascination for criminals has endured long into the XXth century. Think Al Capone or Bonnie and Clyde for example… 

All these characters are still very famous in Europe and Americans may be surprise to learn it but the Dalton brothers in particular have been immensely popular since the 50s’ due to a comic strip which started publishing their (fake) adventures in 1957. 

Now, when the XIXth American century is associated in the mind of all Europeans to criminals and cow-boys before philosophers and musicians, no wonder the memory lingers on and recalls on souvenirs dating back to the time when to all European children, America was the land of adventures and reckless characters.

Memories die hard indeed and although America after the XXth century is now at par with Europe when it comes to arts and culture, the souvenir of America in the making will still weigh heavy in the image of the USA abroad.


lundi 10 décembre 2007

Fiction.



Il est une fiction qui n’a rien de juridique encore qu’elle ne soit utilisée que dans un contexte judiciaire, c’est celui du condamné qui aurait payé sa dette à la société.

C’est une expression populaire, sans aucune valeur « officielle » de quelque sorte que ce soit si ce n’est qu’on ferait facilement remonter son origine à partir de ceux auxquels elle permet de se racheter une virginité morale imaginaire.
 
Rapporter des délits et des crimes au niveau de dettes, c’est établir une relation d’ordre essentiellement économique entre soi et le corps social, toute évaluation de portée morale semblant être non seulement superflue mais bien hors de propos.

C’est là que le bât blesse car on peut contester qu’il soit possible de ne considérer l’engagement d’un individu vis-à-vis de la société que comme une modalité économique sans dimension morale. C’est bien tout le contraire à mon sens.

Et le milieu qui est à l’origine de cette expression le sait parfaitement bien justement qui a eu tout intérêt a faire naître et fructifier pareille fantaisie sémantique calquée sur le concept religieux (Chrétien chez nous) du pardon des offenses et de la rédemption. Ben voyons…

On remarquera l’étymologie du mot « rédemption » (redimere = racheter). Vu l’historicité des concepts, on a une idée de l’importance de la dimension économique dans l’appréciation de la conduite des hommes il y a 25 siècles. 

Je conteste qu’on puisse établir un parallèle entre certains crimes et des dettes qui seraient extinguibles à terme. Il est des dettes irrémissibles parce que précisément ce ne sont pas des dettes. 

Il est des crimes dont l’abomination est telle qu’ils ne peuvent être que le fait de démons. Ceux qui s’en sont rendus responsables se sont exclus d’eux-mêmes de la communauté des hommes, sans retour possible. L’inhumanité de certaines horreurs dont on perçoit parfois les échos est à ce point insoutenable qu’il n’est pas possible d’accepter que ceux qui s’en sont rendus coupables puissent un jour réintégrer la communauté comme si de rien n’était, parce qu’ ils auraient prétendument payé leur dette à la société.

C’est véritablement être en proie au Malin que d’avoir encore la faiblesse de croire que tout individu est récupérable, qu’il y a une parcelle du Divin en lui.

Quand on est jeune, on a souvent, je crois, le sentiment que les peines prononcées sont très lourdes. Que tel ou tel assassin se voit enfermé 20, 25 ou 30 ans pour un meurtre peut faire croire à la trop grande sévérité du système. Peut-être précisément parce qu’on est jeune et qu’on a -croit-on- toute la vie devant soi, le rapport au temps certainement n’est pas le même. Et puis n’est-ce pas aussi faire preuve d’une certaine inhumanité, à tout le moins d’un certain manque d’humanité, que de penser d’abord à celui qui à présent paraît être la victime alors que la première et vraie victime elle, est morte, dans parfois d’affreuses circonstances? Sans parler même de ses proches?

Sur ce point aussi j’ai évolué (pourquoi aurait-on définitivement raison à 25 ans?) et je ne supporte plus l’idée que d’infinis salopards puissent se retrouver à la terrasse d’un café avec des copains en train de descendre quelques petites bières en se remémorant le bon vieux temps jadis (il y a 15, 20 ans) où l’un d’entre eux avait violé puis égorgé une gamine ou torturé un enfant etc. Lire certains comptes-rendus de Cours d’Assises donne la nausée… Il avait 23 ans, il en a 45 et la vie continue tranquille…

C’est une insulte quotidienne à la mémoire des disparus, de leurs proches, des témoins que nous sommes tous, de la société dans son ensemble.

Influence catholique inexistante dans le monde anglo-saxon qui permet l’enfermement à vie d’individus chez lesquels il serait vain et même pervers de rechercher encore quelque trace de l’empreinte divine. Peut-être y en a-t-il eu une, elle a disparu, Satan s’en est emparée. Qu’il la garde!
Les croyants acceptent et soutiennent le principe du libre arbitre (je n’en crois pas un mot). Hé bien, puisque le pseudo libre arbitre a amené certains à s’affranchir de leur liens avec les autres hommes, qu’ils en assument les conséquences à présent.

("Figure with meat" de Francis Bacon)

dimanche 9 décembre 2007

Those were the days


January 1963 was the time when France led by Général de Gaulle, sent Mona Lisa to be exposed in the National Gallery in Washington with an inauguration speech by President Kennedy, André Malraux attending and Jacky on his side.

November 2007 is when Nicolas Sarkozy praised Elvis Presley in the precinct of the American Congress, G.W. Bush being President.

Ô tempora, ô mores…

Let’s take comfort at thinking the first act took place…

samedi 8 décembre 2007

La casquette




Lors de la finale de Coupe Davis 2002, Paul Henry Mathieu était opposé à Mikhail Youzhny Il avait le match en mains et menait dans le cinquième et dernier set. Il a perdu, Youzhny s’était bien battu, sans frimer comme ce c. de Mathieu qui croyait bon porter une casquette à l’envers.

Je hais les casquettes portées à l’envers!

Avec la visière tournée vers l’arrière, comme si le regard se portait derrière soi.

La visière est comme le prolongement du regard, elle le transporte vers l’avant, vers une nouvelle et anticipée appréhension d’une tâche, d’une réalisation future. Elle met en valeur ce qui fait l‘essence même de l’homme: le désir de se projeter vers l’avenir.

Portée à l’envers, la casquette fait tomber le prolongement du front là où l’on s’attend à rencontrer une intelligence aux aguets. Hé bien non, ce qu’on trouve à la place c’est le regard hébété d’un abruti qui revendique ouvertement sa bêtise en semblant regarder vers l’arrière. Qui plus est c’est la nuque que semble protéger la visière, c’est là que ça chauffe le plus chez ces décervelés, là où se réunissent les muscles porteurs de la tête. C’est dire la concentration et l’intensité intellectuelle qu’on y trouvera.

Et c’est bien représentatif de l’époque cette mode qui consiste à rivaliser pour se signaler comme celui qui affichera le plus visiblement ses signes extérieurs du refus de l’intelligence.

En plus Paul Henri Mathieu est un récidiviste: deux ans plus tard, je l’ai vu perdre de nouveau un match de coupe Davis (contre un Russe?) toujours portant cette casquette à l’envers, comme l’emblème de son entêtement dans la bêtise.

Irrécupérable!

vendredi 7 décembre 2007

Formons-nous.



Épreuve d’endurance, (on est dans l’extrême là) : rester une heure devant une chaîne dite « musicale » pour apprendre de quoi est fait le menu quotidien des programmes à destination des « jeunes », banlieue ou pas banlieue.

24h/24 sont diffusées des vidéos servant de support à des « chansons », vidéos dont l’imaginaire est ce qu’on sert comme référence et modèle à une génération de gamins à partir de 10 ans (si tant est même qu’il y ait une limite)

Ne nous arrêtons pas une seconde à la partie « musicale » c’est trop pathétique, trop déprimant.

On peut distinguer au moins 2 catégories: les roucoulades/jérémiades de gamines/gamins de 17 ans qui souffrent (beaucoup, ils sont dans le désespoir parce que leur copain/copine en a regardé un(e) autre. Guimauve et lacryma à volonté. Rien d’original, le sirupeux insipide coule à flots. Rien de bien dangereux ni de transgressif là : c’est nul, rien à garder! Indice : Les chanteurs/chanteuses sont tous métis ou noirs (revendication de la reconnaissance imposée des minorités).

Mais il y a un autre genre dont on sait l’origine gangsta-rap américaine : celui où ne sont présentés que des obèses (mâles) entourés de lianes toutes plus lascives les unes que les autres (au ralenti, toujours) dont l’essentiel de l’activité consiste à frimer en décapotables ultra chromées, en répandant des liasses de Dollars (ou Euros maintenant) par la fenêtre tout en montrant les bouteilles d’alcool qui sont l’indispensable accessoire du chef (pimp), de celui qui a réussi et nous le montre par des poses où la plus extrême vulgarité sert de témoignage de l’origine sociale des protagonistes. 

On n’est pas dans les bonnes manières et on le revendique : c’est l’indéniable exposition d’une origine sociale qui est celle de la rue, le mythe contemporain du terrain d’où émanent la vraie vie, les vraies valeurs viriles et humanistes. La solidarité/fraternité est toujours dans le coup d’ailleurs, mais c’est une lecture assez… perso qui en est faite. En fait, un univers de maquereaux et de filles à dispo. Ça c’est pour le volet respect de la femme.

Accessoire absolument inévitable : nos sympathiques acteurs/chanteurs doivent présenter un visage de brute épaisse, fermé, voire cruel et sans pitié. Ah, on est sans compréhension pour eux et leurs misérables conditions de vie? On va voir ce qu’on va voir alors… On n’oubliera pas de mentionner les armes à feu qui ne manquent pas de vous donner de l’assurance. Ah « ils » (les autres, les salauds) veulent la guerre? On va leur en donner alors…

Autre composant indispensable : le méchant flic, la très vilaine police qui n’est là que pour les pourchasser (pourquoi, on ne sait jamais, ils ne font rien de mal, mais ils sont victimes (sont jeunes, sont noirs, sont autres, bref on n’en veut pas alors ils sont contraints de se réfugier dans un univers à eux, où entre eux ils se comprennent, ils savent qui sont leurs ennemis et pourquoi).

Oui, c’est une épreuve que de se bourrer la tête avec du rap plein tube toute la journée en s'intoxicant collectivement d’une mythologie héroïco-urbaine de victime, ça défonce bien le peu de neurones encore disponibles. Genre “Issu d’un peuple qui a beaucoup souffert, je suis issu d’un peuple qui ne veut plus souffrir” (Tonton David il y a 15 ans). 

A force de vivre dans une mythologie urbaine de minables héroïques qu’ils se créent eux-mêmes, les gosses finissent par y croire à leurs délires de persécutés par la société qui ne sait pas les intégrer etc. A force de s’abrutir de clips vidéos décervelants, de bandes dessinées débiles, d’un univers de violence et de sexisme inimaginables où ils se représentent en victimes innocentes de la barbarie du système et des “possédants”, ils sont radicalement convaincus de la réalité de leurs fantasmes de persécutés. Ça s’appelle de la paranoïa. Et la paranoïa ça peut effectivement déboucher sur des conduites explosives et incendiaires (pour faire le ménage dans son univers de persécuté).

C’est une question essentiellement culturelle au sens le plus large. A force de se persuader qu’ils sont victimes du système, de l’ultra libéralisme, de discrimination etc. ils y croient dur comme fer, ils sont structurés autour d’un noyau paranoïaque qui les rend totalement inaccessibles à toute forme de raisonnement qui ne s’inscrit pas dans leurs à priori misérabilistes, qui n’adhère pas d’emblée au statut de victimes innocentes et exploitées qu’ils ont naturellement d’eux mêmes parce qu’ils se le sont donné! Avec une maturité mentale de gamins de 11 ans sur le qui-vive permanent en attente de toute situation qu’ils sont prêts à rendre immédiatement conflictuelle et qu’ils interprètent alors d’emblée comme une énième illustration de la ségrégation dans laquelle ils s’enferment eux-mêmes, ils créent d’office les conditions de la réalité qu’ils dénoncent.

Quand des gosses ont toute leur vie (ça n’est pas vieux) connu ce genre de représentations qui leur est "imposée" comme projection de la réalité de leur vie et de leur avenir, comment s’étonner de ce qu’à 12 ans déjà ils soient dans la haine de la femme, de la police, de la société, de l’Autre? Et que toute violence leur paraîtra non seulement légitime mais même salvatrice et saine?

Pendant ce temps-là les Sony et autres boîtes de production derrière ces délicates interventions esthético-sociales sur la scène artistique, poursuivent leur bénéfique participation à l’amélioration des conditions environnementales et culturelles des jeunes générations.

jeudi 6 décembre 2007

Far from the madding crowd.



How many Americans in 2002 knew who the President of the French Republic was? One year later he was the most hated and despised foreign politician among a majority of them. What a difference one year makes…

Because he was the one who wanted more evidence about the existence of WMDs and had the courage to oppose the hysterical urge to war of the Bush administration (bolstered by about 80% of the American media), Jacques Chirac became the paragon of treachery, deceitfulness, ungratefulness, wickedness, perversity etc. Look no further: the ultimate anti-American antichrist was French!

No matter how strongly he voiced his concern about the consequences of a war he knew America would win and how strident he was in his insistence in telling our American friends that what they were about to go into would be catastrophically detrimental to themselves, he predictably has been more vilified, despised and insulted than the real enemies of the U.S. ever were.

Yet, when we look at the history of his life, nothing, absolutely nothing, could vindicate the American accusation that he acted out of “anti-Americanism”.

He spent one year in the U.S. as a student back in 1952, worked there and wrote an essay about the New Orleans’ harbor, he speaks very good English, had the American anthem played (for the first time ever) in the courtyard of the Elysée palace when the then new American president (G. Bush) visited France in 2000 and was the first head of state to side the U.S. the day after the terrorist attacks of 9/11. Following this event, he is said to have told the French secret services to share any information with their American counterparts as if they were French. Talk about being anti-American!

Although the unfolding of History has proven him right from the very beginning, it looks like America will never forgive him for having dared opposing her when she was becoming inebriated with a lust for war and death. There’s no point, it seems, trying to explain to those who hated him in the first place when he said “no”, that he certainly didn’t act out of anti-Americanism, the “concept” that is supposed to explain any dissension with Americans.

I promise I have even read in some articles in the American MSM that Chirac’s ultimate goal when opposing America was to initiate a European anti-American dynamic that eventually would lead to a new Holy Roman Empire with France at the helm! The mind boggles… 

About every accusation has been hurled at him: He was Saddam’s buddy, France was on the payroll, he was protecting French oil contracts in Iraq, he wanted to keep alive a regime to which France was eager to sell weapons etc. All this has been debunked time and again, there’s no need to return to it.

Even the coolest of Americans, those who opposed the war, couldn’t forgive him the effort he made on the international stage to gather enough votes in order to prevent a majority at the UN to authorize the American attack on Iraq. They will never accept, it seems, that when someone sees a friend about to commit the worst mistake ever, he will do his utmost to prevent said friend to do the irreparable.

The funny thing (sort of) is that Jacques Chirac is the least missed president of a huge majority of the French who certainly would be hard pressed to remember anything positive he made on the domestic stage but who will thank him nonetheless for the position he held during the Iraqi crisis. That may be the only thing he will ever be gratefully remembered for in France. Not exactly America’s point of view, is it?


(The painting is St. Thomas, by Georges de La Tour, Louvre, Paris)

mercredi 5 décembre 2007

Expansion japonaise, tropisme américain (3).



Dans le même temps où les Japonais épuisent les valeurs occidentales qui les ont ouverts à la modernité, et qui sont à la base même de leur «insolente» réussite, ils se réclament d’une japonité radicalement autre qui les autoriserait, in fine, à s’affranchir pour eux-mêmes des règles qu’ils appliquent aux autres dans leurs rigueur la plus extrême. Comment donner tord à Jacques Calvet (ancien président du groupe PSA) lorsqu’il soutenait: «Il faut leur refuser au nom de leurs principes ce qu’ils nous demandent au nom des nôtres.» ? Et comment imaginer que le Japon puisse un jour être accepté comme primus inter pares par des nations occidentales qui verront toujours au cœur de l’expansionnisme japonais une certaine déloyauté, celle-là même qui avait ulcéré les Américains au lendemain de Pearl Harbor ?

C’est là ce que le Japon peut se voir reconnaître: sa capacité quasi militaire, d’inspiration américaine encore, à envahir le monde de ses produits. Mais ce type de reconnaissance peut-il satisfaire la psyché collective d’un peuple adulte ou n’est-ce pas encore au contraire le propre d’une société immature d’être flattée de se voir reconnaître posséder les plus gros canons? Car de sa culture, de ses fameuses valeurs, il n’est nullement question autrement que comme facteur explicatif de cette réussite. Contrairement à l’imperium américain, qui n’est pas exactement un parangon de vertu économique, les valeurs et la culture japonaises ne sauraient prétendre à l’universalité.

Loin de mettre en valeur leur histoire, leur culture, les Japonais s’achètent des pans entiers de l’American dream: ainsi du rachat de la firme cinématographique Columbia, par SONY, le même SONY qui s’est assuré l’exclusivité des productions de Michael Jackson. Le chef d’orchestre Seiji Ozawa n’interprète que de la musique occidentale. Le sport national est le base-ball imposé par les Américains après 1945. Les jeunes couples se marient en blanc au son du Songe d’une Nuit d’été de Mendelssohn. Noël, fête religieuse chrétienne, est célébrée dans l’Archipel comme dans tout le monde chrétien. Les adolescents nippons enfin, ne rêvent que des Etat-Unis, comme partout ailleurs.

La puissance financière et logistique du Japon est ainsi mise au service d’une culture qui est à l’opposé de la sienne, toute de retenue et d’implicite selon les nippophiles. La culture japonaise s’efface et propage son modèle américain dont elle attend toujours reconnaissance et légitimité. Le mercantilisme triomphant n’aura-t-il donc abouti qu’à accroître la vassalité culturelle de l’archipel nippon vis-à-vis de l’Occident?

Ce qu’on appelle perdre son âme.

Ce qui a conduit Mishima au suicide il y a 37 ans.

mardi 4 décembre 2007

Expansion japonaise, tropisme américain (2).


… à une impossible reconnaissance.


Dans un ouvrage très référencé L’étreinte du samouraï, le défi japonais ») Dominique Nora ne manque pas de souligner que les dirigeants nippons ont violé tous les principes du capitalisme libéral défini par Adam Smith et appliqués par Washington ; ils ont opté, à l’abri de frontières fermées, pour « la main de fer du dirigisme », ce que Aiko Morita, fondateur de leur multi nationale SONY, reconnaît sans détour dans son ouvrage, « A Japan that can say yes ».

Même si les qualités manufacturières japonaises sont indiscutables, même si leur sens infaillible de la détection de nouveaux marchés et de la production de nouveaux produits est hors du commun, comment peut-on croire que leur avènement au niveau mondial aurait été à ce point massif et irrésistible s’ils avaient dû agir dans le cadre des contraintes et de la réciprocité que supposent les théories classiques du libre-échangisme ? Assurer son expansion intérieure en s’appuyant sur un marché intérieur captif (120 millions d’habitants) fermé à la concurrence et en disposer de telle sorte qu’il finance la croissance externe par un niveau des prix peut-être les plus élevés du monde, n’est-ce pas fausser de façon décisive les règles d’un jeu où les autres, dès lors, ne peuvent être que perdants ?

Là où les dirigeants américains ne veulent pas même entendre parler de politique industrielle, les Japonais ont, depuis l’ouverture à l’Occident, obéi à une politique concertée et éminemment cohérente de focalisation de ’appareil d’État vers un seul objectif : le développement orchestré de toutes les forces économiques de l’Archipel en vue de promouvoir une assise planétaire au pays. Le colbertisme français fait pâle figure au regard de ce dirigisme implacable, via le MITI (Ministry of International Trade and Industry). que l’extrême dispersion des centres de pouvoir et de décision rend difficilement appréhendable à l’aune des méthodes occidentales d’appréciation. Sans nul doute les occidentaux privilégient-ils le rendement à court terme et l’individualisme sans mesure. Nul doute qu’à l’inverse, l’éducation des Japonais et leur histoire insulaire et obsidionale, font de chacun d’eux un acteur au service d’une seule cause : le renforcement de la machine économique.

A ce titre, la Nation est bien le fondement indéracinable de toute identité culturelle, fût-elle économique. On retrouve bien là l’essence même du clivage Orient-Occident, « La tentation de l’Occident » dont parlait Malraux : la dimension culturelle.