mercredi 29 décembre 2010

La plus belle avenue du monde. Really?


N'ayant plus la télévision il me sera épargné les énièmes reportages de fin d'année sur les illuminations des Champs-Élysées qui, comme de bien entendu, seront de nouveau appelés "La plus belle avenue du monde".

C'est un marronnier qui nous est servi tous les ans depuis au moins un siècle et qui est le fait d'une petite centaine de journalistes qui se prêtent à longueur d'année à cet exercice d'arrogant parisianisme.

Qui a décidé que les Champs-Élysées étaient la plus belle avenue du monde? Comme si les Parisiens se souciaient de la plus belle avenue du monde, les provinciaux, les Ébroïciens voire les Martiniquais... Personne en France, hormis les journaleux, ne se réfère aux Champs-Élysées comme "La-plus-belle-avenue-du-monde".

Il m'apparaît en fait que cet usage récurrent de la dénomination "Plus-belle-avenue-du-monde" doit faire partie d'une campagne marketing permanente à destination des potentiels touristes étrangers et des investisseurs qui, à force d'entendre et lire cette expression, finissent pas croire qu'effectivement, les Champs-Élysées sont la plus belle avenue du monde à ne manquer sous aucun prétexte.


Si les Champs-Élysées devaient être une très belle avenue il y a cent ans, de l'eau a coulé sous les ponts depuis. Du Rond-point des Champs-Élysées jusqu'à l'arc de triomphe, c'est une succession de constructions modernes érigées depuis les années 60 et qui ont presque totalement détruit l'harmonie architecturale préexistante.

Les Champs-Élysées de A bout de souffle étaient un monstrueux parking à ciel ouvert que Chirac a tout de même fait embellir quand il était maire de Paris.

Il n'empêche, "la plus belle avenue du monde" me paraît relever de l'hyperbole mais après tout, puisque cela fait marcher le commerce, so be it...


(On note que dans l'article anglais de Wiki il est dit : The Avenue des Champs-Élysées is known in France as La plus belle avenue du monde. En espagnol : Los franceses suelen llamarla la avenida más hermosa del mundo. Comme quoi ça marche le marketing!)


lundi 27 décembre 2010

Carpe diem

Quand il remonte la colline en traînant sa luge, Till Eulenspiegel savoure d'avance le plaisir que lui procurera la descente; mais quand il la descend il s'attriste de la peine qu'il aura en remontant de nouveau la colline avec sa luge pour le plaisir renouvelé de la descente à venir et ainsi de suite sans fin.

Till Eulenspiegel n'est jamais en accord avec son temps : il s'attriste quand il devrait être gai et se réjouit quand il devrait se lamenter. Il ne vit pas sa vie pleinement dans l'instant mais toujours par anticipation : il ne vit pas sa vie!

L'hiver n'est certes pas la saison la plus joyeuse de l'année, c'est l'occasion d'une recrudescence des dépressions et des suicides.

Tous, en général, nous avons hâte de quitter l'hiver pour retrouver des jours lumineux et des températures plus agréables.

Mais être pressé de sortir de cette période n'est-ce pas comme être pressé d'être plus âgé de plusieurs mois? N'est-ce pas consentir implicitement à ne pas pleinement vivre des années cumulées d'hivers de nos vies dans l'attente d'un futur plus agréable mais toujours fugace et incertain?

Vivons donc pleinement ces froides et sombres journées d'hiver, elles font partie du temps qui nous est donné à vivre, ne nous précipitons pas sottement vers le dernier jour de notre vie.

Carpe diem!

samedi 25 décembre 2010

Jingle bells, jingle bells...gna... gna... gna...




Noël me fait le même effet que le Ramadan ou Yom Kippour : ça me gonfle!
And yet, a great piece of information has just been delivered in the U.S!



C'est bien de ne pas avoir la télé en certaines périodes de l'année : on échappe aux pires (conneries) niaiseries qui sont diffusées à l'échelle industrielle et mondiale. Ce sont autant de neurones qui sont épargnés!

                                                 

vendredi 24 décembre 2010

Who's that girl?


Toute la semaine France Culture a rediffusé une émission consacrée à Schopenhauer (qui était véritablement un génie mais ce n'est pas le propos du billet) dans le cadre des Chemins de la connaissance produit et présenté par Raphaël Enthoven.

Le fils de son père, également professeur de philosophie, est agrégé de philo, a fait Normale Sup, est brillant, intelligent et cultivé, il connaît son sujet et, côté jardin, était le mari de la fille de BHL avant que la dame sur la photo n'entre dans sa vie.


Mais c'est qui la dame sur la photo vous demandez-vous peut-être? C'est donc celle qui a évincé Julie Lévy dans le cœur de Raphaël et lui a même "donné" un enfant et qui, après avoir consacré quelque temps à Jean-Paul est passée au fils dudit, savoir Raphaël. 

Et puis, pour on ne sait quelle raison, elle s'est déprise de Raphaël et a rencontré l'homme de sa vie, celui qu'elle aime d'un amour pur et sans partage ainsi qu'en témoigne cette photo :

Eh oui, l'innocente créature de la photo principale n'est autre que l'épouse du chef de l'État. Oui Madame!

J'ai donc écouté la dernière partie de cette émission ce matin et je me demandais lequel était le plus misérable de Raphaël ou de la blanche colombe.

Ce que Carla pouvait apporter à Raphaël question culture, c'est rien, period. Ce qu'elle lui a apporté, c'est une forme qui contient un corps et ses organes. Je ne connais pas Justine Lévy mais cependant il semble qu'elle ait autrement de "substance" que la forme qui lui a succédé.

Et je ne peux m'empêcher de considérer d'un œil peu bienveillant un type qui se met avec une liane dont la vertu (oui, je sais, le terme peut prêter à confusion) principale est d'être née. Qu'un gars du niveau intellectuel de Enthoven se mette en ménage avec une fille comme Bruni laisse songeur quant à l'infinie vanité dont les plus brillants (c'est peut-être le terme approprié finalement) esprits sont susceptibles.

Par un étrange retournement de situation, c'est à présent Bruni qui serait à même d'apporter un peu de "culture" à son mari. Manque de fortune, celui-ci n'en a absolument et strictement rien à faire de la culture. Lui aussi ne semble s'intéresser qu'à une forme donnée et pas à une autre.

Pourquoi se gênerait-elle Carla quand il existe par millions des types que seul attire une découpe d'un certain genre qui remplit un certain volume dans l'espace?

Mick Jagger est bien le moins idiot des ex de Bruni, on ne la lui fait pas et c'est lui qui choisit!


jeudi 23 décembre 2010

France, miror of American divide?




Today is the 6th anniversary of Susan Sontag' death. Arguably she was one of the most prominent American essayist/philosopher of the 20th century. A literary figure who would rightly be labelled an “intellectuelle” in France.




The year before she died (December 23, 2004 in New-York were she was born) she was awarded the Peace Prize by the German Book Trade in Frankfurt. In a scathing speech against the former trend of the later American administration, she decried the effort to drive a wedge between America and the so-called “old Europe”. Hated by the American right for all the values she represented and would fight for, she was “une Grande Dame”.

As other distinguished Americans such as Man Ray or Jean Seberg and of course Jim Morrison, her last wish was to be buried in Paris, where one can pay a visit to her grave in the cimetière du Montparnasse. I did.

In fact, quite a number of Americans have chosen to make France their eternal resting place (*), in addition of course to the thousands of artists and writers who have felt and still feel an inescapable need to come to Paris and France in order to better their artistic and intellectual skills.

Considering the usual images associated in America to France, isn’t that a telling tale of the divide between populist politicians, mass medias and the elite in America? And doesn’t that explain why, in so many places, France is both ridiculed and secretly envied, giving a confusing and conflicting image to many Americans who don’t know how to handle this seemingly contradictory country. Hence, maybe, the stereotype of arrogance the French permanently carry with them.


(*) Did you know that Yul Brynner is buried in the churchyard of a monastery in Touraine? 

lundi 20 décembre 2010

Pavlovien




Quand il était au Maroc Charles de Foucault admirait l'humilité dont faisaient preuve les Musulmans en priant ainsi qu'ils le faisaient, à genoux, le front à même la terre et se demandait si la foi des Chrétiens était telle qu'ils pussent ainsi honorer Dieu.

Oui mais nous étions au Maroc à la fin du XIXè siècle, pas en France en 2010 et de Foucault était profondément croyant, to say the least.

Marine Le Pen a récemment évoqué la question des Musulmans qui pratiquent leurs 5 prières quotidiennes dans quelques rues de Paris ou Marseille en occupant l'espace public. Plus! En s'appropriant cet espace, soustrait à la libre circulation des citoyens (sans parler de ceux qui habitent ces rues!).

Ça n'a pas manqué et c'est pavlovien : un déluge de dénonciations de ses propos s'est aussitôt abattu sur elle et les thèmes du Front national. L'Occupation, les nazis, la "stigmatisation" (celle-là mérite d'entrer dans le dictionnaire des idées reçues de Flaubert) d'une communauté, "la dictature d'une majorité sur une minorité" (dixit une députée PS), manipulation de la haine (rien que ça), xénophobie, propos anti-Musulmans etc.

Il est incroyable d'être témoin d'une pareille unanimité, de droite comme de gauche contre des propos qui dénoncent une situation qu'in petto une majorité de Français désapprouve.

Résultat de 30 ans de lavage de cerveau à l'échelle industrielle, il suffit que Marine Le Pen prenne la parole pour que systématiquement elle soit accusée des pires arrière-pensées "racistes", que soit évoqués l' O.A.S voire la Cagoule et les Croix de feu.

En la circonstance elle n'a fait que rappeler à l'ordre républicain et laïc, une thématique parfaitement oubliée de la droite comme de la gauche dont c'est pourtant une des valeurs essentielles. Seuls Valls et Hamon ont osé s'affranchir de l'omerta imposée par la bien pensance politique des medias français.

Par veulerie et clientélisme, tétanisée qu'elle est par sa "culture" doloriste et  compassionnelle, la gauche est l'idiote utile des intégristes Musulmans qui font leurs choux gras de la mauvaise conscience et du sentiment de culpabilité qui imprègnent l'Europe de l'Ouest dans son ensemble. (cf Londonistan).

Les mêmes activistes ou groupements gauchistes qui viennent au secours des malheureux Musulmans contraints de prier dans l'espace public faute prétendument de manque de lieux de culte appropriés seraient les mêmes à hurler au fascisme et au retour des calotins si les intégristes Catholiques de St Nicolas du Chardonnet s'avisaient de célébrer leurs messes quotidiennes en bloquant la rue St Victor dans le 5ème.

Cohérence idéologique quand les trotskystes se mobilisent pour la défense du droit, mais oui!, d'une communauté religieuse à l'expression de ses convictions en public? Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas.

Qu'a fait d'autre Marine Le Pen que demander que soit appliquée la loi? Et si elle pose la question des pratiques rituelles publiques, qui sont une réalité et un symbole aveuglant du développement du communautarisme en France, n'est-ce pas parce qu'aucun parti de droite ni de gauche n'a plus le courage d'affronter le réel et laissent aux citoyens le sentiment (c'est d'ailleurs plus qu'un sentiment) qu'ils sont abandonnés à eux-mêmes par une classe politique que n'intéressent que ses petits soucis électoraux et carriéristes?

Marine Le Pen dénoncerait-elle les mutilations sexuelles des petites filles africaines qu'il se trouverait encore une majorité pour lui reprocher sa haine de l'autre et sa condamnation des cultures exogènes.

Pour 2012, prévoir Marine Le Pen au dessus des 20 %, devançant probablement Sarkozy.

Le déni du réel, le refoulement se paie toujours un jour au l'autre du retour du refoulé.

samedi 18 décembre 2010

Why I pity women. (To a certain extent though)


Je n'ai pas lu Le deuxième sexe de Simone de B. donc je vais peut-être réinventer le On ne naît pas femme on le devient...

Isn't she wonderful, 
Isn't she precious, 
Less than one minute old

De fait c'est dès leur premier jour que les petites filles (en général) sont submergées de compliments sur leur beauté. En grandissant, pas de jour où elle ne s'entendent dire que leur robe est jolie, leurs chaussures mignonnes, leur coiffure très belle, qu'elles-mêmes sont très jolies ad nauseum.

Toute leur identité de futures femmes aura été construite par leurs parents et leur entourage autour d'une seule valeur : celle de leur apparence, de leur beauté, de la séduction qui émane de leur personne.

Arrivées à la puberté les filles sont mentalement formatées pour n'exister, à leurs propres yeux et sans qu'elles en aient conscience, qu'à la condition de recevoir encore et toujours le mot et le regard qui les assureront qu'elles sont "belles". C'est à dire au fond, qu'elles existent vraiment, qu'elles sont reconnues au sein du cadre dans lequel elles ont été élevées.  Leur dire qu'elles sont belles c'est leur dire qu'elles existent.

Cette dépendance du regard de l'autre -les hommes qui n'en peuvent mais- est véritablement d'ordre existentiel. C'est une sécurité qui sans cesse doit être renouvelée au point que Gogol a pu écrire dans les Âmes mortes je crois Une femme préfèrera épouser le diable plutôt que de dire d'une autre femme qu'elle est belle.

Il est presque tragique que la plupart des femmes ne croient réaliser pleinement leur être qu'à la condition de s'entendre dire par l'Autre qu'elles sont "belles". Y a t-il une donnée identitaire qui soit plus superficielle que l'apparence extérieure?

Pas étonnant que les magazines féminins soient remplis de pages sur comment être belle, comment plaire aux hommes etc. Les lectrices ont été conditionnées dès leur premier jour à ne croire en dernière instance que ce qui fait leur valeur en tant qu'êtres humains c'est la forme qui contient leurs corps et les traits qui dessinent leurs visages.

Je me souviens avoir eu une discussion sur ce sujet avec une amie à qui je disais, comme un imbécile, Mais vous savez bien que vous êtes belles. A quoi elle répondit We need to be told so.

Point n'est besoin d'être un observateur particulièrement attentif de ses contemporains pour constater qu'effectivement, le moindre petit compliment gentiment présenté amène immanquablement un sourire de soulagement et de plaisir au visage de (presque) toutes les femmes.

Même la plus mégère des féministes, the kind of diehard feminist ready to cut off all that is salient with all these male chauvinist pigs (after she's burnt her bra), est susceptible de s'adoucir pour peu que lui soit dit, de façon inattendue et originale, qu'elle est très belle. Je sais, je l'ai fait...

Il y a de quoi plaindre ces femmes dont la vie entière est en attente toujours renouvelée du regard et du verbe de l'Autre.

D'une certaine façon, oui je plains les femmes mais d'un autre côté il faut faire attention à ce qui s'écrit sur les blogs...

 
Les trois Grâces by Lucas Cranach

jeudi 16 décembre 2010

Que d'occasions perdues!


Qui ne s'est interrogé au moins une fois sur ce qu'aurait été sa vie si les circonstances avaient été autres, si telle ou telle décision avait été prise plutôt que celle qui a effectivement été prise un jour donné etc. On peut alors se poser la question : Que ce serait-il passé l'heure ou le jour après qu'ait été prise telle ou telle décision dont on regrette de ne pas l'avoir prise? Et de poursuive l'exercice à l'infini.

Mais a-t-on jamais pris une décision, a-t-on jamais fait un choix qui soit vraiment nôtre, pleinement et entièrement en fonction de ce que nous savions et pouvions prévoir, en fonction de notre prétendu libre arbitre? 

Nous vivons donc nous agissons et toute notre vie se résume en un agir. En dernière instance tout se décide sur un mode binaire : Je fais ou je ne fais pas. Mais c'est une totale illusion de croire que chacun de nos choix est le fruit d'une décision réfléchie, de l'aboutissement d'une délibération mûrement pesée.

S'imaginer que nous sommes décisionnaires c'est croire en l'existence du libre arbitre. Spinoza (encore lui) puis Schopenhauer (toujours lui) 150 ans plus tard ont dénoncé cette illusion qui couvre l'ignorance dans laquelle nous sommes des véritables raisons qui nous font agir comme nous le faisons. 

Cette fiction du libre arbitre est aussi une façon de masquer la seule réalité qui soit à savoir le déterminisme le plus absolu de tout ce qui arrive dans notre vie individuelle comme dans l'histoire de l'humanité et du cours de l'univers. 

Tout ce que nous croyons décider se fait en fonction de notre intérêt à un moment quelconque de notre vie et de la coïncidence entre notre nature intime et ce que les circonstances nous proposent à chaque instant.

A chaque instant tout est en balance. Je traverse la rue, une voiture arrive and I'm done. I smile to that girl and who knows? L'histoire des hommes comme notre histoire à chacun se détermine à chaque moment. Mais il n'y a pas de moment (cf. les paradoxes de Zénon d'Elée) il n'y a qu'un flux continu de renouvellement des conditions de l'existence.

Que nous saisissions notre chance ou telle opportunité nous "appartient" croit-on mais cela dépend en fait de ce que nous sommes et de ce que sont réellement nos attentes pour que notre situation dans ce monde soit conforme à ce qu'est notre nature la plus intrinsèque.

Il est  irrationnel de regretter ce que sa vie a été, même si on peut s'en attrister! Ce qui a été devait être, ce qui est survenu devait survenir.

Il en va de même au niveau de l'Histoire.

"avec une histoire un peu différente, la Chine serait bien différente aujourd'hui."

Toute l'Histoire peut ainsi être repensée ! Si le Mayflower avait sombré, si les Ottomans avaient gagné la bataille de Lépante, s'il n'y avait pas eu cette tempête qui mit la Grande Armada en déroute, si le coup d'État du 18 Brumaire avait échoué etc. ad infinitum

Au fond, tout se résume à cela : Si madame Hitler avait eu la migraine 9 mois avant le 20 avril 1889... Si la vie n'était pas la vie.

On peut interpréter la fameuse phrase de Leibnitz Nous vivons dans le meilleur des mondes possibles de cette façon: Si notre monde est ce qu'il est c'est qu'il ne pouvait être autrement, les lois de la nature imposant qu'il soit ce qu'il est. 

Le conditionnel ne devrait pouvoir être utilisé qu'au présent ou au futur mais jamais au passé car on est là dans le domaine de l'imagination.

Pascal a illustré cette illusion du conditionnel avec sa célèbre formule : Le nez de Cléopâtre, s'il eut été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

Ce que nous sommes nous impose de vivre ce que nous vivons.


(la mort de Cléopâtre par Jean André Rixenx)

mardi 14 décembre 2010

Dieu est mort!











La semaine dernière Ned puis ZapPow ont donné le lien vers un débat entre Christopher Hitchens et Tony Blair où il s'agissait de déterminer si la religion a été bénéfique au monde.

Il est un peu ennuyeux que par religion il n'ait été question que des religions Abrahamiques puisqu'aussi bien les cultes païens, les croyances précolombiennes ou les religions dérivées de l'Hindouisme sont autant d'expressions d'une foi en un univers transcendant (l'arrière monde de Nietzsche).

J'ai trouvé l'argumentation de Hitchens autrement plus solide que celle de Blair qui m'a paru comme un enfant de chœur récitant son catéchisme avec de faibles arguments défensifs face au discours structuré et imparable de Hitchens

L'argument selon lequel les religions sont à la source de nombreuses guerres ayant causé la mort de millions d'individus ne me convainc pas plus que cela cependant. Les Chinois n'ont pas eu besoin de religion -ils n'en ont pas- pour s'entre décimer à la Bataille de Changpin (700.000 morts) ou lors du massacre des Dzungars (600.000 égorgés). De même la religion ne saurait être accusée (ou alors très, très indirectement) des 70 millions de morts des deux guerres mondiales ou des millions de victimes du stalinisme et du maoïsme.

Puisqu'il fallait bien rendre compte des événements célestes, l'embryon de raison qui s'est fait jour avec l'apparition de l'homo sapiens a naturellement fait usage du peu de moyen dont il disposait pour donner un sens aux phénomènes naturels. A ce titre, la croyance première en l'irrationnel est consubstantielle au développement de la conscience humaine.
 
La naissance des croyances et systèmes est un fait de culture universel qui a été une étape nécessaire au développement de la conscience et à l'accession de celle-ci à la raison.

On peut comme le fait Hitchens reprocher à la religion l'asservissement du sens critique et la soumission de l'intelligence à l'obscurantisme. Cette critique est valide depuis l'apparition des religions abrahamiques précisément parce qu'elles sont postérieures (sauf le judaïsme) à l'avènement de la raison dans la Grèce de Socrate.

Mais en tant que fait culturel universel, les religions, quelles qu'elles soient, ont donné aux hommes les conditions d'expression de leurs foi. En édifiant pyramides, cathédrales et temples, en  créant les représentation picturales ou encore les premières formes de créations musicales, les humains ont sublimé leurs croyances en des illusions pour constituer leur humanité qui est notre patrimoine culturel commun.

Peut-on imaginer une humanité qui serait parvenu à l'acmé de ses possibilités sans passer d'abord par le stade infantile de la foi religieuse? Non bien sûr, il fallait que la raison se dégageât de l'obscurité où elle était en germe pour qu'"un jour" elle en émerge et affirme sa prévalence sur les superstitions qui la précédaient. Superstitions qui n'en étaient pas moins les conditions nécessaires à son avènement.  

Tout bien mesuré, on peut considérer que les guerres ayant les religions pour origine ont sans doute joué un rôle relativement mineur dans l'histoire de l'humanité, que les diverses morales qu'elles ont prêchées ont été autant d'échecs pratiques mais que l'expression concrète des croyances qu'elles ont inspirées aux hommes nous a permis d'affirmer notre humanité.

Peu importe que cette humanité se soit construite sur des illusions religieuses, le fait est qu'elle constitue notre commune identité. Ce faisant nous pouvons répondre par l'affirmative à la question que pose George Orwell :

A long terme, la cause du progrès peut-elle être, ou non, servie par des mensonges? 

Mais il est clair que si la religion a servi de tuteur historique à l'humanité, elle a désormais perdu cette fonction à laquelle se raccrochent tous les prêtres et profiteurs de la vésanie humaine. 

Il faut s'y faire : Dieu est mort!

dimanche 12 décembre 2010

Orient Occident

 

Il y a quelque 5 ans trois journalistes japonais qui avaient été retenus otages en Irak s'étaient fait huer à leur retour au Japon parce qu'ils avaient rompu un des codes fondamentaux de la civilisation asiatique. A savoir attirer l'attention sur leurs personnes au détriment du groupe auquel ils appartiennent et auquel ils font perdre la face.

C'est ainsi, la culture orientale privilégie le groupe, la communauté et l'État par rapport à l'individu qui est sensé être respectueux et soumis à un ensemble qui le dépasse.

C'est leur culture, on doit la respecter, il n'y a plus de bandage de pieds des petites filles ni de répugnantes pratiques (comme l'infibulation des gamines en certains pays africains).

Le prix Nobel de la paix est une distinction qui est devenu hautement politique depuis une trentaine d'années et qui sert à l'Occident pour distribuer ses appréciations de ce qui est en ligne avec nos valeurs politiques et morales.

Cette année c'est à un dissident chinois que le prix a été accordé non pas tant pour ce qu'il aurait fait pour la paix mais en tant que symbole de la liberté d'expression qui n'est pas reconnue en Chine comme elle l'est en Occident.  

Il se trouve que cette liberté d'expression est d'origine occidentale, plus précisément européenne et datant du siècle des Lumières. Elle met les droits de la personne au centre de la société ce qui d'évidence est une position radicalement différente et même opposée au mode de pensée chinois, fondé sur les enseignements confucéens.

Comment s'étonner que les Chinois se sentent insultés par ce qui ne peut leur apparaître que comme une injure et une leçon de savoir vivre qui leur est donnée par les Occidentaux, à la tête desquels les E.U? 

Imaginons que l'équivalent du Nobel soit chinois, russe voir iranien, comment apprécierait-on aux États-Unis qu'un prix de la paix mondiale soit décerné à Angela Davis, Julian Assange ou Mumia Abu Jamal, voire à tous les innocents exécutés en Amérique depuis 1900? Tous incarnations même des contradictions et de l'hypocrisie de l'Amérique par rapport à cette fameuse valeur de liberté d'expression inscrite dans la Constitution mais respectée selon les besoins et circonstances du moment.

La Chine n'a pas notre culture ni notre histoire, ce n'est pas une dictature militaire, ni une tyrannie despotique, elle se rapproche cependant à son rythme des valeurs politiques dont l'Occident se prétend être le détenteur ultime. Ce n'est certainement pas en  accordant ce prix Nobel à Liu Xiaobo que cela facilitera les choses ni ne permettra de remettre le dit Liu Xiaobo en liberté.

En plus de contester les valeurs fondatrices de la civilisation chinoise les Occidentaux lui font perdre la face ou du moins les Chinois le perçoivent-ils ainsi, bien joué!

Et si l'Occident cessait de faire la leçon à la Chine, bientôt première puissance mondiale?

Ils sont bien patients les Chinois décidément!


samedi 11 décembre 2010

Suffrage universel et roue de la fortune



Le suffrage universel qui paraît être l'achèvement de la participation des peuples à leur propre histoire pose cependant un très gros problème qui est celui de la prétendue égalité des hommes et donc de leurs capacités respectives.

C'est une fiction nécessaire mais tout de même une fiction que cette notion d'égalité puisque chacun sait bien qu'il n'en est rien. L'illettré au QI à 2 chiffres a autant que le professeur de médecine ou l'astrophysicien le droit de vote. L'ennui est qu'il y a 100.000 fois plus du premier groupe que du deuxième.

Existe-t-il système plus favorable aux manipulations des masses par les media aux mains des  puissances d'argent que le système présidentiel américain et ce qui est devenu sa copie française avec Sarkozy?

C'est donc la masse des plus ignorants manipulés à souhait qui impose légalement son choix aux élites des nations en portant à la tête des États non pas les plus compétents ou les plus respectables mais bien ceux qui ont su le mieux persuader les foules qu'il était dans leur intérêt de les choisir eux et pas les autres.

Pour ce faire les politiques sont prêts à toutes les compromissions avec la dignité qui devrait accompagner la fonction qu'ils briguent et iront jusqu'à faire tourner la roue de la fortune  (Wheel of fortune) pour se rendre populaires. Le suffrage universel implique nécessairement la démagogie sans laquelle il serait impossible aux plus malfaisants d'être élus.

C'est ainsi que le suffrage universel peut amener à la tête des États des individus tels que les 2 ci-dessus ou celui-ci:


(Ma vous mé réconnaissez? Sono Sylvio!)


Le questionnement paraîtra anathème mais les Chinois qui ont pendant des siècles choisi leurs élites par le biais de concours extrêmement sélectifs ne s'étaient-ils pas assurés un système qui valait bien celui des démocraties occidentales? 

2.500 ans de confucianisme ont imprégné les Chinois d'une exigence de dignité dans l'exercice des fonctions de l'État que nos pays occidentaux aux valeurs judéo-chrétiennes sont bien loin de respecter.

Les citoyens chinois ont-ils honte que Hu Jintao les représente à l'étranger comme la moitié des Américains avaient honte de G.W. Bush et les 3/4 de Français ont honte de Sarkozy? 

Mais la démocratie est le moins pire des systèmes paraît-il...


(Il est question ici des modes de sélection des dirigeants des États et non du respect des droits de l'homme bien entendu sachant tout de même que la France de Sarkozy devient vraiment inquiétante à ce niveau.)

vendredi 10 décembre 2010

Qui regrettera Israël?


Après l'arraisonnement du Mavi Marmara le 31 mai j'ai entendu le porte parole adjoint du Ministère israélien de la défense (ou des affaires étrangères) dire d'un ton assuré que les soldats avaient fait preuve de retenue parce que sinon il y aurait eu beaucoup plus de victimes.

Intéressant argument : Si les nazis n'avaient pas fait preuve de retenue, il y aurait eu beaucoup plus de victimes dans le ghetto de Varsovie par exemple.


Une fois encore les États-Unis étaient dans la retenue dans la condamnation.

Le dessin en tête du billet (suédois) montre qu'il y a des centaines de millions de personnes de par le monde qui voient dans les évènements et la conduite de toujours d'Israël comme un reflet de ce que les nazis leur ont fait subir il y a 70 ans.




Ce qui se réalise en ces jours est bien l'accomplissement d'un renversement à l'œuvre depuis la création de l'État d'Israël: Les victimes d'hier sont devenues les bourreaux d'aujourd'hui.

Le 22 novembre le gouvernement d'Israël a conditionné le retrait du plateau du Golan et de la partie Est de Jérusalem à l'approbation de cette proposition par referendum. Un referendum pour essayer de parvenir à un accord durable et même pérenne sur une question de droit international...

C'est dire comme les divers gouvernements d'Israël sont décidés à définitivement résoudre ce conflit dans un esprit gagnant-gagnant...

On apprend aujourd'hui que le gouvernement américain n'exige plus le gel des colonisations comme il y a encore quelques semaines. Surprise, surprise. Who's pulling the strings of the American foreign policy regarding the Middle East conflict? You bet...

C'est dire que l'Histoire dans 50 ans est déjà écrite comme la situation 50 ans plus tard le sera elle aussi.

Il y a un déterminisme historique à l'œuvre depuis toujours et qui verra la disparition de l'entité sioniste imposée aux Arabes en 1947.

Hormis les sionistes/racistes, qui regrettera Israël?

mercredi 8 décembre 2010

La fin de la philosophie?











Quand on considère l'histoire de l'humanité on peut se représenter que les hommes de sciences ont beaucoup plus contribué directement à l'évolution de nos connaissances et de nos modes de vie que ne l'ont fait les philosophes. L'invention de Graham Bell par exemple a infiniment plus affecté la vie des hommes que n'a pu le faire toute l'œuvre de Platon pourrait-on croire.

Mais la science moderne aurait-elle été possible sans le travail préparatoire des philosophes dont toute la démarche a été de faire prévaloir la raison sur l'obscurantisme et les superstitions de leurs temps? Les philosophes ont libéré l'esprit et ont permis à celui-ci d'envisager l'épanouissement sans entraves de ses infinis virtualités.

C'est Athènes contre Jérusalem dont il s'agit ici.

Cet énergumène de Socrate, en insistant pour que les hommes fassent appel à leur raison plutôt qu'à des croyances et préjugés, a commis un acte proprement révolutionnaire qui a permis l'émergence d'Aristote, le premier savant de l'histoire parce qu'il a pris le contre-pied de Platon justement.

Historiquement les philosophes ont mis en place les conditions intellectuelles qui devaient aboutir à la naissance de la science moderne. A cet égard on ne saurait sous-estimer le Discours de la méthode et le Novum organum de Bacon de Verulam.

C'est à l'intransigeance des philosophes à faire valoir la raison contre les dogmes religieux que les sciences doivent leur existence, c'est pourquoi il est sot d'opposer les uns aux autres en faisant valoir les succès scientifiques auprès desquels les discours des philosophes seraient de vains verbiages.

Les philosophes qui ont réellement influé sur le cours de l'histoire ont été des révolutionnaires tels Socrate donc, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel dont en fait la pensée a connu son accomplissement par Marx qui était plus économiste que philosophe d'ailleurs.

La philosophie peut-elle encore connaître des développements ou son futur est-il derrière elle à présent que sa raison d'être première a triomphé, savoir permettre la libération de l'esprit au profit du mieux être de l'humanité?

Hormis Freud, un autre révolutionnaire mais qui se tenait à l'écart de la philosophie, je ne vois pas quel autre penseur a pu influé sur le cours des mentalités comme la psychanalyse l'a fait partout dans le monde depuis un siècle. Est-il même envisageable d'imaginer qu'une autre révolutionnaire de la pensée puisse encore apparaître?

Ayn Rand? No I don't think so....

mardi 7 décembre 2010

Guns don't kill people, people do






 Well, you know the line, it’s the motto devised by the NRA, the famous peace and love club.

First time I heard it I admit I was taken aback and couldn’t help thinking, well, sounds true in the end. And yet, I knew there was a hitch but where was it hidden?

Let's see how it works in other situations.




- It’s not the saw that cuts the branch of the tree it’s the one who uses the saw. Huh? And if he has no saw? Well he’ll use an axe. But if he has no tool can he cut the branch? Humm… obviously not, he needs some kind of device but he alone can’t do anything. There’s interdependency between both a tool and someone to use it.

Not really convincing still.

- Let’s try with something else:

It’s not the plane which flies, it’s the pilot who makes it fly.

Hummm… I feel there’s some kind of trick here.

- Sugar doesn’t cause diabetes, it’s the one who eats sugar.
- Tobacco doesn’t cause cancer, it’s the one who smokes.

And on and on and on…

It’s very confusing really because at first glance you can’t dismiss the apparent logic of the line.

Now, let’s have a look at Aristotle and his notorious 4 causes.

Isn’t it clearer now that when someone came with the line we’re discussing he actually constructed a sentence with 2 final causes included?

The gun is the final cause because it has been designed and manufactured in order to kill and nothing else. It’s a tool like any other one.

Man is the efficient cause because without him there would be neither guns nor any other tools.

Each tool has been conceived with one specific goal, the ultimate goal of the gun being to kill whereas the man wasn’t born to kill (well, for some happy-triggers you may wonder indeed).

Here lies the trick then: To artificially put on the same level the man and the tool (here the gun) he fabricated, e.g. to hop over the efficient cause in order to have 2 final causes in the same sentence, which is logically impossible since it comes down to circular thinking. A = B then B = A. Well, great... and where do we go with that?

Plutôt que de recourir à la logique classique, essayons autre chose : la réfutation par l'absurde (ad absurdum)

The NRA mantra is basically a trivial tautology. Of course, without men, tools are ineffective (be it a saw, a hammer or a submarine). Well, this is sheer common sense and pure tautology.

If guns didn't kill people, criminals could resort on the sole lethal power of their frightful look. But it's inefficient so they use the tool most effective to accomplish their wishes.

Some try by throwing balls made of paper but it doesn't really work. And yet they do try hard... It's not the will only that kills people, it's the tool, e.g. the guns which raison d'être is to kill.

If guns don't kill people then I'm happy to learn that Abe Lincoln didn't die because a bullet smashed his head off. And the same goes for Kennedy. Bullets didn't cause their death I'm told, just the will of the murderers.

Ca tient de la transmission de pensée là...

Since we're at it, how many Americans are shot before they can react and kill the would-be killers? I have a feeling there are more innocent victims than the other way round like we've seen again no later than last year in Fort Hood. Of all places where all victims were suposed to be armed!

- If guns don't kill people, people do, why didn't William Calley, convicted as a war criminal by the US judiciary, end his life behind the bars?

As I wrote above, will doesn't suffice to kill, a tool is necessary, be it a chainsaw, a gun or an iron bar.

If not, then P. Tibbets is personally responsible for the death of 80.000 Japanese, not the atom bomb.

The guys who turned the taps open are personally responsible for the death of 6 million Jews, not Zyklon B.

The American pilots who dropped million tons of napalm in Vietnam are personally responsible for the death of, say, one million Vietnamese, not the bombs. Unless it was R. McNamara who wasn't even in the planes over Vietnam.

There has been an earthquake last January in Haiti. If we admit the logics of the NRA line, whose will is behind the 250.000 dead in Haiti? The tectonic plates (as weapons) or... God himself who created all things on earth?

En fait ce slogan de la NRA n'a d'autre raison d'être que de donner bonne conscience et déresponsabiliser les clients des armureries du pays. Il faut faire marcher le commerce et une bonne accroche marketing logiquement trompeuse légitime moralement ce commerce.

samedi 4 décembre 2010

A quoi penserai-je dans 5 minutes?


Comme j'entame la rédaction du billet je prévois, sans le savoir précisément, à peu près à quoi je penserai dans 5 minutes : à ce que je serai en train d'écrire. C'est à dire que mon attention sera concentrée sur un thème, des arguments, une exposition, enfin tout ce qui fera la nature de mon activité cérébrale alors.

Mais je ne penserai pas qu'à cela, ou plutôt bien d'autres micro éclairs de pensée me traverseront l'esprit une fraction de seconde pour ne plus revenir et être immédiatement remplacés par d'autres. 

C'est un flux permanent émanant de la micro activité électrique que génère mon système neurologique qui envahit ma conscience et m'impose son activité et qui se manifeste par un permanent fourmillement parasite d'images et de pensés non sollicitées.

Dans ce cas précis hic et nun je prévois à peu près ce que je penserai dans X minutes car ma conscience s'est donnée un but auquel elle se tient mais je ne prévois pas tout, loin de là.

Si je fais l'expérience de n'avoir aucune activité délibérée pendant ne serait-ce que 3 minutes, il m'est absolument impossible de prévoir le torrent de pensées qui submergera ma conscience. Je suis à la merci de tout un mécanisme chimico-biologique qui s'appuie sur mes acquis culturels, eux-mêmes intégrés dans mes neurones et synapses en tant que mémoires et souvenirs.

Livrée à elle-même, la conscience sans maîtrise de la volonté n'est plus que spectatrice purement passive de sa propre impuissance au regard des forces qui en sont le substrat et la condition même d'existence.

Le corps, notre corps et ses instincts, ses besoins et ses désirs est bien le véritable maître de ce que nous croyons être et décider.

En termes schopenhauériens, notre intelligence est au service de notre Volonté à laquelle nous pouvons avoir accès (du moins l'intuition) par notre corps précisément, ce miracle absolu écrivait-il. Comment peut-on croire que nous soyons libres de quoi que ce soit et de quelque façon que ce soit quand toute notre conscience n'est au fond que l'exécutrice des volontés de notre corps?

A chacun ce flux de conscience s'impose sans la plupart du temps que nous y prêtions attention et pourtant tous nous sommes comme les marionnettes des pulsions instinctives de nos organismes.

Notre activité cérébrale étant incessante, ce sont des milliards de fragments de pensées et d'images qui auront affleuré notre conscience (et je laisse de côté l'inconscient freudien!) tout au long de notre vie, jour et nuit, sans que nous le sachions. Vivons-nous vraiment notre vie ou l'essentiel ne se déroule t-il pas à notre insu?

Et encore, il n'est question ici que d'une conscience à l'état dit normal mais qu'en est-il de l'absorption de quelques verres d'alcool ou de la présence de quelque milligrammes de lithium dans le cerveau? Nous n'aurions plus la moindre illusion sur la maîtrise que nous croyons détenir sur nos choix et délibérations au regard des réactions que ces substances induisent en notre corps.

On peut penser à la théorie du chaos appliquée aux phénomènes mentaux ou se consoler de notre insignifiance, si même consolation est possible, en lisant l'expression littéraire de ce flux de conscience qui fait de nous des coquilles de noix sur l'océan de nos vies.

"...I was a Flower of the mountain yes when I put the rose in my hair like the Andalusian girls used or shall I wear a red yes and how he kissed me under the Moorish wall and I thought well as well him as another and then I asked him with my eyes to ask again yes and then he asked me would I yes to say yes my mountain flower and first I put my arms around him yes and drew him down to me so he could feel my breasts all perfume yes and his heart was going like mad and yes I said yes I will Yes. "


(Gardons à l'esprit que l'œuvre de Joyce était tout ce qu'il y a de maîtrisée cependant)

jeudi 2 décembre 2010

Les vérités éternelles de Dieu





Il y a 2 ans et demi mourrait Mildred Delores Loving. Je n'en avais jamais entendu parler mais il apparaît que c'est une figure de l'émancipation féminine et raciale comme l'avait été Rosa Parks 3 ans auparavant aux US.



Nous étions alors en 1958 et la législation de nombre d'États américains (38 semble t-il) interdisait les mariages inter raciaux...

Lors du procès (car procès il y eut! Et condamnation à la clef) le juge Leon Bazile (of French descent) déclara au nom des vérités éternelles de Dieu révélées par les écritures: 

"Dieu Tout-puissant créa les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et les plaça sur des continents séparés. Et, sauf l'interférence avec ses dispositions il n'y aurait aucune cause pour de tels mariages. Le fait qu'il sépara les races montre qu'il n'avait pas pour intention qu'elles se mélangent."

Il fallut 9 ans pour que la Cour Suprême des US invalidât le jugement de 1958, le 12 juin 1967!!! Il n'y a pas d'erreurs de frappe. Il s'agit bien de 1967 et non 1867! So much for truths that are always valid...

De même que les Noirs, les Indiens de l'Amérique du sud comme les Indiens du nord ont connu les traitements que leur ont infligés les Espagnols et les Anglo au nom des vérités éternelles de Dieu à nous révélées par les Saintes Écritures. 

(that one always cracks me up)

mardi 30 novembre 2010

Le rire est le propre de l'homme











Cette célèbre citation de Rabelais nous rappelle cette opposition humanité/animalité dont il était question dans le dernier billet.

Les animaux en effet ne rient pas -même s'ils peuvent jouer- puisque la possibilité du rire est une conséquence de l'existence de notre raison.

Avant Bergson (qui l'a éhontément plagié) Schopenhauer avait définit le mécanisme du rire comme une distorsion entre les concepts figés (rationnels donc) et la perception intuitive du réel mouvant.

Le rire est l'expression physique de cette inadéquation. D'un point de vue rationnel, on peut considérer en toute logique que l'humour est une expression mensongère du réel puisqu'il prend appui sur celui-ci afin de le transformer en lui ôtant précisément ce qui en est l'essence à savoir la perception commune que nous en avons.

Les animaux mâles dans les rituels de séduction dansent, font étalage de leurs parures, de leurs chants, de leur force, de leur bravoure etc. pour obtenir de la femelle qu'elle consente à l'accouplement.

Les rites de séduction dans le monde animal n'ont d'autre finalité que l'accouplement obtenu par travestissement de la réalité (les mâles veulent impressionner en exagérant leur beauté, leur force, leur bravoure, etc.) c'est-à-dire par l'usage de la tromperie.

Les humains ont recours aux mêmes stratagèmes pour séduire mais d'autres exigences doivent être remplies. Being pretty is a plus, being intelligent, educated, articulate and sophisticated does help too and being wealthy isn't necessary counterproductive…

La supériorité des hommes sur les animaux en ce domaine -et c'est là que le rire est le propre de l'homme- se manifeste en ce que les hommes disposent d'une wmd particulièrement efficace qui s'appelle l'humour. 

For whatever reason, human females are generally largely sensitive to humour, human males know that and use profusely of that tool in order to seduce females.  Why is that?

Se pourrait-il que l'humour en tant qu'il est une forme de distorsion et mise à distance du réel permette cet oubli consenti et momentané de notre humanité ce qui autorise donc l'acceptation de notre animalité qui ne tend qu'à l'accouplement?

Toute entreprise de séduction est un mensonge assumé par l'un et accepté par l'autre qui ne vise qu'à mettre entre parenthèses la "dignité" de notre humanité pour nous livrer aux besoins de notre animalité (doing the dirty).

Diane Keaton se serait-elle donnée à W. Allen si celui-ci n'avait que ses avantages physiques à proposer?

samedi 27 novembre 2010

Doing the dirty




"Qui n'aime les délicieux moments d'extase? Mais à l'heure des regards froids ils font horreur".

Jin Ping Mei
(Livre I, chap. 4)

Le viol est le plus souvent perçu et analysé d'un point de vue psychologique, pour la victime et d'un point de vue pénal, pour le criminel. C'est à dire que l'appréhension de ce phénomène social se fait essentiellement au niveau des seuls individus impliqués alors que la société tout entière est concernée.

Peut-être est-il aussi possible d'envisager une autre approche, complémentaire et non contradictoire, qui serait d'essence plus "anthropologique" et permettrait de comprendre pourquoi les sociétés considèrent et punissent le viol de la même façon qu'elles le font pour des assassinats.

La même personne victime d'un viol pourrait volontairement se livrer à des rapports sexuels une heure avant ou une heure après avec un partenaire auquel elle aurait donné son consentement, (éventuellement même avec son agresseur) pour peu que celui-ci ait su faire accepter à sa partenaire l'oubli temporaire de son humanité.

L'expression anglaise, doing the dirty, est révélatrice car c'est bien de cela dont il s'agit à mon sens : C'est la distanciation d'avec l'animalité qui fait notre humanité et qui amène logiquement à considérer le viol comme un crime dans toutes les sociétés humaines. La nécessité d'affirmer notre humanité est universelle, aucune société ne peut tolérer que soit exposée si crûment et si brutalement la nature foncièrement animale de ses membres donc de l'entité collective qui en est issue. 

La vraie nature du viol est de ramener la femme à sa seule nature animale sans passer par le stade de la séduction dont la finalité est bien la même pourtant. C'est la déshumanisation immédiate qui est la composante la plus brutale du viol, c'est l'agression culturelle plutôt que physique qui est au fond la plus destructrice.

L'oubli consenti opposé à la perte imposée, tel est me semble-t-il ce qui rend le viol haïssable tant à la victime qu'à la société car le rappel immédiat de notre animalité est inhumain par définition.

jeudi 25 novembre 2010

Uzbekistan attacks











Une tour en feu à Shanghai, 60 morts. Une tour s'effondre en Inde, 120 morts. Une explosion dans une mine de Nouvelle-Zélande, 29 morts, une épidémie de choléra en Haïti, 1.400 morts and counting, Une bousculade monstre au Cambodge, 350 morts.

J'arrête là parce qu'on n'en finirait pas de dénombrer au quotidien les innocentes victimes des  impitoyables terribles terroristes!

Sans compter les fanatiques, irrationnels et imprévisibles dirigeants des pays voyous tels que l'Iran par exemple. Ils seraient bien capables de déclencher un raz-de-marée, une éruption volcanique voire même un tremblement de terre comme en Haïti en janvier avec 230.000 victimes.

Il faut faire quelque chose et justement les industriels de l'armement nous offrent bénévolement leur solution : on va établir un bouclier anti-missiles en Europe pour nous prémunir d'une attaque nucléaire parfaitement fictive en provenance d'Iran.

Aucun peuple européen ne se sent particulièrement menacé par l'Iran ce qui n'est pas grave du tout : Les media se chargent de nous bourrer le mou depuis des années avec une présentation simplissime et unilatérale des enjeux et du contexte géostratégique. Pas un mot sur les dizaines de têtes nucléaires dont dispose Israël, comment même envisager qu'un lobby juif soit derrière ce délire militariste?

Ils font leur part du boulot, nul besoin de convaincre 90% des peuples, il suffit que règne dans les esprits un permanent bruit de fond avec Hamadinejad en leitmotiv, il n'en faut pas plus.

Les peuples ne veulent pas, n'ont jamais réclamé ni même pensé qu'un tel bouclier soit envisageable, ça ne fait rien, ils l'auront tout de même puisque nous sommes en démocratie!

Cela s'est donc finalisé à Lisbonne la semaine dernière, tous derrière, tous derrière le complexe militaro-industriel américain, Halliburton et al, il y aura des parts de marché pour EADS, Thalès, Dassault, les Britanniques, les Allemands, les Italiens, enfin à peu près tout le monde.

Même les Russes sont conviés à participer au projet, on imagine bien qu'ils ont obtenu des contre parties.

Tel est donc pour les prochaines années le grand projet qu'a mis au point l'OTAN pour protéger l'humanité.

De Gaulle avait sorti la France du commandement intégré de l'OTAN, Sarko l'y a réintroduite, nous sommes à présent bien dans le rang, on fait comme on nous dit de faire.

Un homme se distingue particulièrement par son bellicisme et son attitude va-t-en guerre, le danois Anders Fogh Rasmussen qui régulièrement écrit des textes dans le New York Times, Le Monde et j'imagine toute la presse occidentale, afin de pousser à la roue l'accroissement de l'engagement de l'OTAN en Afghanistan et de justifier par toutes sortes d'affabulations la nécessité de ce bouclier anti-missiles.

I can't wait till he warns us that Uzbekistan is about to strike Europe and even the whole free world! And beware of Tanzania!

Mais Rasmussen n'est pas un terroriste : La preuve, il porte un costume et une cravate...


mardi 23 novembre 2010

Double scalp


En Europe on ne parle toujours pas des natives Indians mais, comme on le fait depuis la découverte des Amériques, simplement des "Indiens".

Pour ce que j'en sais il y a toujours eu un sentiment de sympathie pour les populations indiennes notamment au regard de la façon dont les white men les ont traités et dépossédés de leurs territoires pour les cantonner dans des réserves.

Les études anthropologiques modernes n'ont vraiment commencé qu'à la fin du XIXè, ce pourquoi les Européens, en général, conservent une représentation très passéiste des populations indiennes. La squaw, le Tipi, le pemmican, les parures, les danses rituelles,  la proximité avec Mother earth et tout ce qui constitue l'imaginaire que les Européens se sont construit au fil des siècles.

Un pays en particulier a développé une véritable affection pour les Natives Indians et c'est l'Allemagne, who would have thought?, "grâce" à un auteur du nom de Karl May qui a écrit à la fin du XIXè toute une série de romans ayant les "Indiens" pour héros, en particulier Winnetou qui est connu d'absolument tous les Allemands. Ne manquons pas de citer son ami blanc, Old Shatterhand lui aussi une figure essentielle de la représentation que les Allemands se font du far-west.

Cette immense influence qu'ont eu les livres de Karl May sur la perception des "Indiens" par les Allemands a conduit à la création de très nombreux cercles d'études mais aussi de divertissements où les participants vivent "à l'indienne" dans un très fidèle respect des réalités historiques, sociales, culturelles des populations indiennes.

Comme quoi des œuvres de fiction, assez bien documentées paraît-il, peuvent conduire à l'émergence d'une curiosité et d'un savoir réservés jusqu'alors à des spécialistes universitaires.


(Le titre est une référence à une BD française des années 50, Oumpah pah, très connue mais de pur divertissement, où le héros, un Indien du nom de Oumpah pah donc, shudders with horror when he discovers that the French aristocrat he's about to scalp actually wears a wig!)


samedi 20 novembre 2010

American creativity



Vous aurez reconnu une planche des aventures de Little Nemo in Slumberland qui est la BD la plus extraordinaire que je connaisse. Un graphisme et une inventivité à couper le souffle, Winsor McCay is second to none in his art. He created his caracter and onirical universe more than one century ago now and I have no idea who could pretend this American artist has ever been surpassed.

D'une façon plus générale il y a une histoire du dessin politique aux E.U qui est un exemple de créativité et réactivité qui n'a pas d'équivalent en France et de loin à mon humble avis. Il est loin le temps de Daumier....



From time to time I also happen to see political cartoons from Asian countries but obviously the American influence is plain to see both in the style and the humor/irony and non-sensical mindset they convey.




If Anijo remembers well I mentioned the mad hatter in a post some months ago. Here he is...


Il suffit de naviguer sur la toile (Google images) il y a un tel nombre de dessins qu'on pourrait tenir un blog au quotidien pour être informé de l'actualité politique américaine.

Another comic strip which is also kinda freaking eerie: Calvin and Hobbes.


Nous n'avons rien de semblable en France. Plantu? Charb? Cabu? De tous petits joueurs sympathiques sans plus.


vendredi 19 novembre 2010

Fiction juridique (2)


Lorsqu'il s'est agi d'étudier le Contrat Social de Rousseau je ne me souvenais pas avoir signé un quelconque contrat avec qui que ce soit. Bon, j'avais 17 ans il m'a fallu quelques mois encore pour comprendre qu'en fait ma personne n'était qu'une infime partie d'un ensemble plus important qui aurait signé ce contrat en mon nom bien auparavant.

Je n'étais guère convaincu cependant et le fus encore moins en apprenant que la théorie hobbesienne, antérieure d'un siècle à celle de Rousseau, reposait en fait sur deux fictions qui étaient un État naturel de l'homme qui n'avait jamais existé et un Contrat Social que personne n'avait jamais conclu.

"Remontant" le temps je me demande si les Sumériens, les Chinois, les Égyptiens ou les hommes des civilisations précolombiennes avaient jamais établi un contrat par lequel ils abandonnaient leur indépendance et aliénaient leur liberté au profit d'une entité régulatrice qui leur devait protection et justice.

Théorisation après coup d'une situation historique donnée, voilà ce que me semble être ce concept de Contrat Social qui a tant influencé le monde anglo-saxon mais dont je suis pas sûr qu'il ait quel que sens que ce soit pour les civilisations non occidentales.

Admettons cependant l'existence de ce contrat social pour un temps.

En échange de ma liberté que je lui abandonne l'État me garantit justice et sécurité. Un peu comme au Moyen-Âge le seigneur assurait les mêmes garanties à ses serfs et paysans qui n'avaient rien signé, le seigneur avait imposé sa loi.

Un contrat engage évidemment les deux parties, ni l'une ni l'autre ne pouvant se dédier de ses obligations. En particulier il est absolument interdit à quiconque de se faire justice soi-même puisque c'est à l'État qu'incombe cette charge qui justifie précisément son existence et l'engagement auquel j'ai supposément consenti à son endroit.

Nul n'ignore pourtant les infinis manquements à cette obligation de justice que commettent tous les États du monde et qui laissent quotidiennement des milliers de victimes exclues du droit qu'elles ont à une réparation. L'État en la circonstance est bien en rupture permanente des termes du fameux contrat.

Il en va de même pour ma sécurité tant physique que morale ou matérielle (la propriété) dont chacun constate combien elle est vulnérable et souvent non assurée. Quand un État décide d'une guerre dont le peuple ne veut pas et qui lui est cependant imposée ne s'agit-il pas d'une mise en danger délibérée de la vie des citoyens qui n'ont pas délégué cette prérogative à l'État lors de la conclusion fictive de ce non moins fictif contrat?

Un contrat engage les parties simultanément pour une durée indéterminée sauf à ce que ledit contrat soit dénoncé par une des parties ou que l'une de celles-ci s'affranchisse unilatéralement de ses obligations ou ne les remplissent pas selon les termes de l'accord.

Aucun État ne garantit ni ne peut d'ailleurs garantir une sécurité civile absolue, cela est matériellement impossible. Mais tel n'est pas le cas de la justice que rien n'empêche d'être pleinement rendue en toutes circonstances n'était la monstruosité kafkaïenne de tous les systèmes judiciaires, l'impéritie des individus en charge de rendre la justice et l'imperfection inhérente à toute institution humaine.

Il n'empêche, d'un point de vue légal une partie ne remplit que partiellement ses obligations quand l'autre a définitivement aliéné son droit "naturel" dans un contrat léonin. Je suis donc théoriquement fondé à soutenir que chacun peut se rendre justice lui-même au cas où mon contractant est défaillant sur cette obligation qu'il est dans l'incapacité, pour quelle que raison que ce soit, de remplir.

Bien évidemment il est pratiquement impossible d'accepter que soit rendue effective cette possibilité de recouvrer son droit "naturel" puisque chacun sait bien que ce serait une guerre civile permanente comme l'écrit Hobbes en se référant au Homo homini lupus de Plaute.

Toute l'histoire des États-Unis au XIXè témoigne de l'impérative nécessité d'établir la Loi fédérale dans les territoires où régnait précisément le droit "naturel" des hommes. La vente et le port d'armes tels qu'ils se pratiquent aux US ne sont-ils pas des résidus de ce droit "naturel" tel qu'il était conçu à l'époque où les individus étaient à la merci des uns et des autres?

La nécessité d'un État ne fait bien entendu aucun doute mais c'est bien plus la simple résultante du développement historique qu'ont connu toutes les civilisations que l'application d'une théorie de philosophie politique qui n'a d'autre fondement que deux insoutenables fictions.

(Le concept de Contrat Social est d'ailleurs de plus en plus critiqué de nos jours)