Pendant 30 ans je ne pouvais pas voir Chirac en photo, je ne supportais pas de l'entendre. C'est vers 1972 que j'ai dû connaître son existence.
Au point que même en 2002 je ne suis pas allé voter pour lui au deuxième tour, sachant pertinemment qu'il serait élu haut la main contre Le Pen. Je ne voulais pas m'être compromis pour le personnage et contre mes convictions.
Ses 12 ans de présidence furent l'équivalent de la glaciation brejnievienne : on ne touche à rien, l'essentiel est de durer et de gérer les affaires courantes.
Et puis il y eut son opposition à la guerre d'Irak qui nous protégea d'une erreur d'ampleur historique. Il se comporta en chef d'État, on ne s'y attendait guère.
De cette époque je fus infiniment plus tolérant à son endroit, d'autant qu'il avait donné à Paris l'occasion de bâtir un superbe bâtiment (par Jean Nouvel),
le Musée des Arts Premiers. D'accord, cela concerne plus particulièrement les Parisiens, encore que cette création ait permis à Paris d'être la ville la plus riche en Musée, galeries, antiquaires et salles des ventes spécialisés dans cette période artistique qui concerne toute l'humanité.
Or c'est précisément en tant qu'ancien Maire de Paris que Chirac est aujourd'hui envoyé en correctionnelle.
Il est difficile de ne pas voir une coïncidence avec les projet sarkoziens de suppression des juges d'instruction qui ne s'y prendraient pas autrement s'ils voulaient démontrer combien ils sont indépendants du pouvoir politique et indispensables à la bonne marche de la Justice.
On se demande comment font les pays qui n'ont pas de juges d'instruction qui, presque à coup sûr, jugent à charge et envoient chaque années plusieurs milliers d'innocents en tôle, de quelques jours à plusieurs mois voire années.
Ce sont les 21 emplois fictifs ou supposés tels de la Mairie de Paris des années 1977 à 1995 qui lui valent cette humiliation.
On le sait, tous les partis politiques ont recours à ces méthodes plus ou moins légales, to say the least, pour se financer ou placer des sympathisants etc. à droite comme à gauche.
Dans cette affaire il n'y a tout de même pas mort d'homme, c'est banal même si pas correct et profondément inacceptable pour nos voisins du nord de l'Europe.
La juge d'instruction est aussi une citoyenne qui a des opinions politiques et il m'a toujours paru bien difficile de faire la part des convictions personnelles et des obligations professionnelles dans ce genre de situations.
Si elle avait été membre du RPR à l'époque, aurait-elle rendu les mêmes conclusions? Rappelons que Tibéri et Debré sont d'anciens juges d'instruction eux-mêmes, comme
Georges Fénec par exemple, tous inscrits à droite quand ils se sont engagés en politique. Bon, c'est leur droit mais qui peut croire que leurs convictions n'aient jamais influé sur leurs décisions?
Je n'ai aucune illusions sur toutes les magouilles auxquelles il a eu recours pendant ses quelque 40 ans passés en politique, l'homme n'est pas immaculé tout le monde le sait.
Mais le renvoyer en correctionnelle pour de pareilles bêtises... Bonjour l'image de la France donnée à l'étranger encore une fois.
Comme si la nauséabonde petite molécule n'y suffisait pas déjà, elle qui n'hésite pas, protégée qu'elle est par son immunité, à régler une basse vengeance politicienne par voie de justice, avec un procureur aux ordres évidemment, contre l'ancien Ministre des Affaires étrangères qui a si brillamment défendu la position de la France à l'ONU.
Il est des circonstances où des politiques ont été absous par la Justice, ou par leurs supérieurs en matières militaires, pour services rendus à la Patrie.
Je connais tous les arguments avancés pour que Chirac soit traité comme un citoyen comme un autre, que les poursuites devaient reprendre le lendemain de la fin de son mandat etc.
Qui gagnerait quoi à une condamnation, même symbolique, de Chirac? L'opinion publique? Elle plébiscite Chirac à 75% paraît-il. L'institution judiciaire? Elle est discréditée au-delà de tout ce qui est pensable.
Autant j'aurais été favorable à une action en justice du temps où il faisait ses grands chelems aux municipales, autant à présent que tout cela est loin derrière nous, je suis de ceux qui se seraient bien passés de voir un ancien Président de la République face à un tribunal. Il n'a pas commis d'actes de haute trahison que je sache?
La magistrature qui ne cesse de se plaindre du manque de moyens et de personnels n'a t-elle donc rien d'autre à faire?
(Helmut Khol avait aussi fait l'objet d'une enquête pour financement illégal de son parti, et puis les Allemands en sont restés là et c'est très bien)