lundi 29 octobre 2007

Récurrente illusion



On nous le ressasse au quotidien: l'avenir sera chinois! Autant s'y faire et apprendre la langue donc si on ne veut pas se faire dévorer tout crus... les cours de chinois enregistrent un nombre d'inscription record nous dit-on, particulièrement aux États-Unis. On ne nous dit pas par contre quel est le pourcentage de ceux qui ne reviennent pas en deuxième semaine ni ce qu'il en reste au bout d'un mois...

Il y a 35 ans c'était le japonais qui était la langue de l'avenir, il fallait s'y mettre, c'était une question de survie etc. Il faudrait retrouver trace des articles de presse de l'époque qui nous prédisaient qu'en (l'an) 2000 le japonais serait la deuxième langue la plus parlée au monde etc. quasi à égalité avec l'anglais dans les affaires, que tout cadre responsable devait se mettre au japonais fissa fissa... 35 ans plus tard, l'usage du japonais est totalement confidentiel en dehors du Japon, le nombre de locuteurs au niveau mondial n'a pas varié, il suit l'évolution démographique de l'archipel.

Il en ira de même pour le Chinois. Il suffit de se représenter les difficultés que représente l'apprentissage de n'importe quelle langue étrangère, le niveau d'anglais -en France- après 7 ans d'études au collège/lycée (on ne parle même pas des autres langues), pour comprendre à quelle point le chinois (et tout langue non européenne d'ailleurs) est radicalement inaccessible aux apprenants de n'importe quelle culture. Le français est la langue la plus proche de l'anglais puisque celui-ci en dérive pour un tiers environ. Considérez le niveau de français des Américains, les difficultés que ceux qui le parlent ont dû surmonter et maintenant représentez-vous la même chose puissance 100 avec le chinois... 

Pragmatiques comme ils sont, les Américains qui veulent que leurs gosses se mettent au chinois n'ont simplement aucune idée de ce que représente l'apprentissage d'une langue étrangère, qu'ils doivent assimiler peu ou prou à un objet de savoir comme un autre, il suffit de s'y mettre et en quelques mois on devient opérationnel. 

C'est une chose que de pouvoir bredouiller "Bonjour je m'appelle fleur de lotus et mon pimpim c'est Bisounours", c'en est une autre de discuter en chinois. Alors négocier dans le registre technique... bonjour! Combien de cadres des entreprises françaises sont capables de parler couramment anglais, combien de négocier? Alors le chinois...

6 commentaires:

Flocon a dit…

Etchdi, tu avais donné la signification de ton pseudo chez SF mais je ne l'ai pas mémorisé.
Sinisant ou nipponisant, ça non plus je n'ai pas mémorisé. :-(
Mais ce billet ne devrait pas tomber dans l'oeil d'un sourd... ;-)

Anonyme a dit…

Salut Flocon,

Tu as raison, il y a beaucoup de "déchet" dans les nouveaux étudiants de ces langues lointaines, mais tant pis, il faut y voir au moins des marques d'intérêt et un début de recul de l'exotisme façon Loti, Ségalen et Lotus bleu.

Je ne suis pas sûr que les Chinois et Japonais eux-mêmes soient persuadés que leur langue deviendra universelle, même s'ils sont touchés (et fiers) de cet intérêt tardif.
Ils seraient plutôt d'un avis contraire, en fait, et l'anglais (ou plutôt le globish) leur paraît être une priorité, beaucoup plus que pour nous. C'est aussi parce qu'ils sont assez conscients de l'effort à faire pour un non-autochtone à maîtriser des textes qui, rien qu'en Chine, totalisaient encore au XVIIIe siècle plus de pages que l'ensemble des pays du monde.
Bien sûr, leurs langues ont été adaptées à la modernité et les textes classiques leur sont souvent devenus incompréhensibles mais, malgré cette évolution, bien des différences demeurent sur le fond, dans la formulation et l'ordre du discours, dans l'importance du non-dit ou de la hiérarchie sociale.

Je ne vais pas continuer à "expliquer les sûtra" (jolie formule sino-japonaise qui signifie faire des remontrances à quelqu'un qui n'a pas compris) parce que ça durerait trop longtemps et que je suis dans une (mé)forme qui n'est pas montrable (comme le Dao, si j'ose dire).

Etchdi

ps: je suis sinisant et japonisant, mais je n'ai aucun mérite parce que j'ai habité quelque temps dans ces régions.

Flocon a dit…

Pierre Loti, Victor Segalen et le Lotus bleu. En voilà du cliché comme ceux auxquels tu voulais restituer quelque valeur. Rien que du positif comme cliché.
A tout prendre, mieux vaut que ce genre de clichés dispose favorablement par rapport au modèle dont ils émanent non?

J'ai lu il y a une vingtaine d'années un petit roman, "l'honorable partie de campagne" par un certain Thomas Raucat (pseudonyme) qui m'avait littéralement enchanté.

http://tinyurl.com/2u6xgj

Plus le moindre souvenir de ce dont il s'agissait, juste le souvenir d'un infini plaisir littéraire. Dû à la surprise de la découverte probablement.
Un texte niponisant dans la veine de Loti justement, exostisme et raffinement garanti.

"des textes qui, rien qu'en Chine, totalisaient encore au XVIIIe siècle plus de pages que l'ensemble des pays du monde."
Veux-tu dire que l'ensemble des textes écrits en chinois était plus important que l'ensemble de toutes les autres littératures? Antiquité comprise? Bigre...

L'avantage stratégique du chinois et du japonais (dans une moindre mesure pour l'arabe) est leur quasi imperméabilité qui protège ces deux peuples d'une trop grande curiosité des Gaijins...

Je ne crois pas aux vertus de l'osmose pour l'apprentissage des langues étrangères, quelles qu'elles soient. Avoir vécu quelque temps dans ces régions ne suffit pas à expliquer tes connaissances linguistiques: Il y a du travail derrière!

"Le voyage de mille lieues commence par un pas"
Tao-tö-king
(64)

Anonyme a dit…

Ah, Thomas Raucat, en effet, voilà qui me rappelle de plus jeunes années et bien des amusements. Du cliché positif, peut-être, un peu malicieux pour les Nippons de l'époque, sûrement. Juste un indice : Tomarô ka? ("Nous arrêterons-nous ?")est ce que disaient les prostituées pour inviter les clients à monter, au temps jadis.

Ceci dit, je ne crois pas trop à l'imperméabilité des cultures, si étranges soient-elles, et si considérables (tu as bien lu : les Chinois avaient autant de textes à lire que tout le reste du monde).

Le cliché, aussi utile qu'il puisse être pour faire exister, pour commencer à identifier, ne doit pas servir de paravent à l'absence de curiosité ou d'intérêt, de commerce avec les gens concernés. C'est malheureusement trop souvent ce qui se passe.
C'est pourtant amusant parfois de regarder à l'entrée des cinés des photos du films qu'on va voir.

Etchdi

Pierre a dit…

La compartaison entre le Japon des 80's et la Chine est d'autant plus pertinente que les deux connaissent des problemes demographique. La Chine aura du mal a renouveler sa population a cause de l'enfant unique dans quelques annees\. La population du Japon est deja en train de diminuer.

Or une pusissance dont la population decroit est forcement en declin -- relatif tout du moins --

Flocon a dit…

Pierre,

Bienvenue et merci de ton commentaire.
"Shall we talk?" compte t-il un sinisant/nipponisant de plus? ;-)