samedi 27 octobre 2007

Pipeau

Il y a toujours de nouvelles entrées à prévoir au Dictionnaire des idées reçues. Il y a quelques mois la Grande Bretagne a connu de dévastatrices inondations. Comme de bien entendu on a eu droit au cliché ultra convenu du prétendu flegme britannique, tant de la part de Béatrice Schönberg sur la 2 que de PPDA sur TF1 et de tous les autres.



De la même façon, quand il y a eu cette tentative d'attentat l'été dernier à l'aéroport de Glasgow, on n'y a pas échappé: le flegme britannique était une fois encore mis à l'épreuve et confirmé.

Pipeau! Que voulez-vous qu'ils fissent les Anglais? Qu'ils se mettent à hurler en courant dans les rues? Qu'ils grimpent aux sommets des montagnes? Qu'ils sortent des reliques sacrées de leurs temples et organisent des processions purificatrices?

Quand il y a eu les attentats de Madrid, les Espagnols ont-ils montré une fébrilité que n'auraient pas manifestée les Anglais? Lors des attentats parisiens des années 90, les Français se sont-ils distingués par une ardeur incontrôlée à chercher refuge au fond des catacombes? 

Cette légende du prétendu flegme britannique a été inventée pendant la seconde Guerre Mondiale par les services de propagande de l'armée britannique, afin de donner au peuple anglais bombardé jour et nuit par les Allemands, un valorisant sentiment de fierté pour compenser la dureté des temps et leur donner l'illusion que les épreuves subies les mettaient au niveau des combattants des premières lignes. Tous soldats!

C'était nécessaire et de bonne politique alors mais l'image est restée. Et on nous la ressert en toute occasion. Un train qui déraille? Le flegme britannique! La maladie de la vache folle? Le flegme britannique! Les préparatifs des JO de 2012? Le flegme britannique!

Vous les avez vus les flegmatiques Britanniques au stade du Heysel en 1985? Et les Mods et Rockers des années 62/64? Pas trop flegmatiques je trouve... On ne parlera pas des Sex Pistols non plus que de la criminalité juvénile contemporaine en GB...

Les Allemands sont disciplinés, les Brésiliens exubérants, les Suédois sont froids et réservés comme les Américains sont de grands enfants. Le flegme britannique? Et un cliché de plus, un! Du pipeau que je dis...

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Sans compter le Chinois mystérieux et cruel, l'Italien gesticulateur et le bouillant Japonais, le Français cynique et raffiné...

On en arrive à se demander si les peuples dépourvus de clichés existent vraiment (je pense aux Australiens, dont l'image de Crocodile Dundee ne constitue pas un cliché plausible, aux Esquimaux qui vivent on ne sait trop où et qui ne se sont pas remis de Paul Emile Victor...).

Si on reprend la logique infernale du cliché, je me demande s'il ne faudrait pas mettre plutôt le soi-disant flegme des Rosbifs sur le compte d'un manque de vivacité à réagir, un peu comme ce qu'on trouve chez les Normands. Ils ne savent pas trop quoi penser d'une situation nouvelle, et dans ce cas-là soit ils ne font rien soit ils font n'importe quoi. Ainsi, ils sont les premiers à admettre que la rencontre avec une femme est aussi intéressante qu'embarrassante. Pareillement, l'hystérie qui les prend, en Espagne ou au Heysel, correspond pour eux à une situation nouvelle et ingérable qui ne peut se résoudre que "magiquement" (par la violence le plus souvent, puisqu'ils ne parlent pas la langue - et très peu envisagent de l'apprendre - et qu'ils ne leur reste plus que les actes).

Il existe un dicton en Japonais qui dit en gros "Quand on est en voyage, on oublie toute honte". Forcément, hors de leur île, pas de témoin.

Etchdi

Flocon a dit…

Hergé avait dénoncé les caricatures des Chinois cruels et fourbes dans Le Lotus Bleu ce qui pour l'époque était assez novateur. Il est vrai que c'était aussi une dénonciation de l'agression japonaise sur la Chine.

15 ans plus tard, EJ. Jacobs reprenait tous les clichés de l'asiatique fourbe et cruel dans Le secret de l'espadon.

Blake et Mortimer, en voilà de la bonne BD qui m'a tout de même sacrément imprégné de son anglophilie pendant des années. N'était-il pas flegmatique Mortimer?

Intéressante explication pour le prétendu flegme british (manque de réactivité, dépaysement vis à vis de l'inconnu, réponse par la violence faute de gestion rationelle)

Flocon a dit…

Blogger a ce gros inconvénient de ne pas lister les commentaires en colonnes.
Je t'ai répondu sur Françoise Hardy et je te remercie encore de m'avoir donné l'occasion de penser au système binaire comme assise mentale qui permet à la généalogie de proposer une jouissance toute particulière à l'obsesso.
Dans l'optique que j'ai choisie évidemment, où je considère cette activité comme une compulsion aussi élaborée qu'elle est secrète et quasi indétectable en tant que telle.

Zombie12toes a dit…

Le truc sur les Normands, ce serait pas un peu cliché ?

Anonyme a dit…

Salut Zombie !

Un peu cliché, le truc sur les Normands ? P'têt ben qu'oui... ;-)

Etchdi

Flocon a dit…

Salut zombie12toes.

Bienvenue sur le blog.
Maintenant que je sais que tu es lecteur de Shall we talk?, j'ai intérêt à faire gaffe à ce que j'écris, tu es du genre à repérer ce qui cloche... ;-)

Flocon a dit…

Etchdi:
"On en arrive à se demander si les peuples dépourvus de clichés existent vraiment"
Qui peut se lire de deux façons:

1°) Existent-ils des peuples sans clichés?

2°) Un peuple a t-il besoin de clichés pour "exister"?
Autrement dit, dans quelle mesure le cliché est-il partie constituante de l'identité d'un peuple (ça doit aussi marcher pour les individus). Le cliché structure t-il l'image d'un peuple dans le regard de l'étranger?

Hmmm... du réel et de sa perception peut-être?

Anonyme a dit…

Je crois en effet qu'il existe des peuples sans clichés, même sans aller chercher chez les Maoris ou les Bantous (d'ailleurs les clichés concernent les mentalités collectives supposées, pas l'ethnologie).

Savoir s'ils souffrent de cette absence d'identification minimum est une autre affaire mais, des Barbares pour les Grecs aux Aïnous des Japonais, leur élimination (culturelle et/ou physique) semble liée à l'impossibilité de les appréhender, de les qualifier. Ceux qui n'ont pas de cliché attaché à leur existence n'offrent pas de prise à l'identification, même caricaturale, ils n'ont pas d'avenir. Ce sont des coquilles vides, des sauvages.

De même tel individu dans un bistrot, qui commence à exister parce qu'on sait qu'il boit "comme un Polonais" ou tel autre qui a l'air "fort comme un Turc". Le cliché fait sortir de l'anonymat.

Etchdi