samedi 16 avril 2011

Pures subjectivités


Au siècle dernier, quand j'étais jeune et m'initiais à la musique classique, était diffusée sur France Musique une émission, la tribune des critiques de disques, qui réunissait des musicologues et critiques musicaux pour comparer les qualités ou faiblesses supposées de tel et tel enregistrement d'opéras, de symphonies, de musique de chambre etc.

Je me suis vite lassé de cette émission. Les uns soutenaient que dans l'enregistrement de 1949, Toscanini n'avait plus la maîtrise qu'on lui connaissait alors que tel autre soutenait qu'au contraire il n'avait jamais autant dominé son sujet.

Birgit Nilsson avait une attaque plus franche que Montserrat Caballé tandis que Maria Callas tenait mieux le contre ut que ne le faisait Kirsten Flagstad 20 ans auparavant.



Ou alors le quatuor Borodine avait une souplesse que ne possédait pas le Quartetto Italiano, particulièrement chez Mozart alors qu'il excellait chez Mendelssohn. A moins que ce ne fût S. Richter qui avait une compréhension à nulle autre pareille du Clavier bien tempéré quand la virtuosité de Glenn Gould l'empêchait de saisir l'intériorité des sonates de Haydn.


Mon oreille ne décelait rien de toutes ces subtilités qui m'échappaient, j'entendais bien des différences mais pourquoi préférer cette interprétation à une autre si ce n'est qu'elle me plaisait plus que l'autre?  Il me semblait qu'il n'y avait aucune justification à ces débats sans fin qui portaient sur des artistes qui avaient commencé à pratiquer leur art à l'âge de 3 ou 4 ans peut-être et qui après trente et quarante ans au moins de tournées et d'enregistrements exprimaient leurs sensibilités et donc leurs subjectivités.


Comme l'écrit Christine, il s'agit de la rencontre de deux subjectivités, celle de l'interprète et celle de l'auditeur. Il est déjà assez rare que coïncident harmonieusement deux caractères, deux sensibilités, pourquoi donc chercher à catégoriser et à hiérarchiser ce qui précisément est rétif à toute rationalisation?

A chacun ses dispositions et ses goûts. Il est parfaitement vain -à mon sens- d'essayer distinguer par des comparaisons descriptives ce qui relève du plus intime de nos sensibilités.

Pour ce qui concerne le jazz et les musiques extra européennes, pareilles comparaisons non seulement sont impossibles mais n'ont même aucun sens, chaque œuvre étant une création ou une recréation par elle-même, et jamais une reproduction.

Mais voici la Mazurka  op 33 n° 2 de Chopin par Arthur Rubinstein qui mettra tout le monde d'accord...



J’aime la musique par amour, tout bêtement et sans me poser de questions
                                                                    Samson François

11 commentaires:

ZapPow a dit…

En toute subjectivité, je donne la meilleure note à Yund Li, en second à Horowitz, et Martha Argerich en dernier.

Flocon a dit…

"En toute subjectivité", c'est bien là the core of the matter...

Donne aussi sa chance à Idil Biret puisqu'il était question de la Turquie dans le billet précédent...

Anijo a dit…

Subjective or objective.. And how do we distinguish one from the other, particularly as pertains to the arts?

Anijo a dit…

Like ZapPow, a subjective opinion. I most enjoy Horowitz'rendition because of the slower tempo which allows me to have a better sense and feeling of the rhythm and tone.

Anijo a dit…

Stormy Weather, Billy Holiday

Stormy Weather, Ella Fitzgerald

Stormy Weather, Lena Horne

Stormy Weather, Dinah Washington

Flocon a dit…

"Subjective or objective.. And how do we distinguish one from the other, particularly as pertains to the arts?"

C'est toute l'histoire de l'esthétique que tu évoques Anijo et c'est un important domaine de la réflexion philosophique.

Jusqu'à l'arrivée de la pensée empiriste (John Locke, Hume et Burke) était considéré comme Beau ce qui était en conformité avec la symétrie, l'harmonie, l'équilibre. C'est le thème nietzschéen Apollon vs Dyonisos.

L'idée platonicienne du Beau était objective (et réaliste) car elle se confondait avec les qualités ci-dessus qui relevaient in fine de la Raison.

Les empiriste ont introduit la notion de sensation donc de subjectivité.

C'est sur le fondement des philosophes anglais (notamment Edmund Burke dans son A Philosophical Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful que l'idéalisme allemand a développé la philosophie esthétique.

Les œuvres de Kant, Schopenhauer et Hegel sont encore au fondement de la réflexion esthétique contemporaine.

J'ai lu Kant et Schopy et j'aimerais bien lire l'esthétique de Hegel mais la tenue d'un blog est tellement prenante (plus le reste) que je ne sais pas si je lirai jamais Hegel (nearly 2.000 pages ô-Ô)

Tout est subjectivité à présent mais la subjectivité n'est pas tout cependant.

L'Américan Jeff Koons a exposé au chateau de Versailles récemment ici.

On aime on on n'aime pas... C'est selon;

Flocon a dit…

"I most enjoy Horowitz'rendition because of the slower tempo"

Pareil pour les tempi lents.

Selon le tempo une œuvre peut se révéler tout autre.

La quatrième partita pour piano de Bach (BWV 828) contient une allemande qu'Angela Hewitt interprète comme une petite badinerie alors que Glenn Gould la joue deux fois moins vite et en révèle tout le sens tragique à mon avis (tout subjectif bien sûr...)

Ici par Murray Perahia (encore trop rapide à mon goût).

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Les 4 interprétations de Stromy weather sont superbes mais celle e Lena Horne me plaît moins.

ZapPow a dit…

La version de Stormy weather par Lena Horne me semble plus embourgeoisée. En toute subjectivité.

Celle-ci, d'Etta James, vaut elle aussi le détour.

Christine a dit…

La partition est la même et pourtant quatre façons différentes d'appréhender les notes... A la sensibilité du pianiste s'ajoute celle de l'auditeur: deux subjectivités associées en somme.

Yund Li me séduit le plus...

Anijo a dit…

J'ai lu Kant et Schopy
Pourquoi cela ne me choque pas? ☺
Merci pour les liens.

Pour ce qu'il y a avec Lena Horne je suis d'accord avec vous, Flocon et ZapPow, en toute subjectivité bien sûr.

Flocon a dit…

Nos sensibilités sont également en accord avec l'époque et la culture dans lesquelles nous vivons.

Le jeu d'Hélène Grimaud (au hasard) aurait peut-être été insupportable aux musiciens d'il y a 120 ans comme les premiers interprètes de Wagner nous le seraient à présent.

Voici une interprétation de l'allemande de la partita n°4 par Gould, encore trop rapide à mon goût.