mardi 18 janvier 2011

Le piège



Quand Mitterrand a été élu en 1981 le Front National de J.M Le Pen représentait 0,18 % des suffrages aux Législatives. 30 ans plus tard ce doit être quelque chose comme 20 % d'intentions de vote pour les présidentielles de 2012. Belle progression!


Fondé en 1972 le F.N se voulait une fédération de tous les groupuscules anticommunistes, Algérie française, antigaullistes et atlantistes des années 60, Occident, Ordre nouveau, GUD etc.

Les enjeux des années 60 était radicalement différents de ce qu'il sont à présent puisque nous étions dans les années suivant l'indépendance de l'Algérie et que l'extrême droite contemporaine s'est constituée essentiellement dans ce contexte historique.

Près d'un demi-siècle plus tard les thématiques algérienne, gaulliste et communiste ont totalement disparu du débat politique français et le Front national n'a rien à voir avec les ligues fascistes des années 30 ni même avec l'Ordre Nouveau des années 60. C'est un mouvement qui n'a d'"extrême" que ce que les medias lui ont attribué. C'est en fait un parti de droite populiste ce qui le distingue essentiellement de l'UMP (ex R.P.R) qui partage au moins la moitié des valeurs du Front National.

Depuis 30 ans la diabolisation ininterrompue du Front national comme un parti nostalgique de l'Occupation et de Vichy et de Jean-Marie Le Pen comme étant Attila redux (merci Anijo) a certes mis une épine dans le pied de la droite classique parlementaire qui s'est défendue vigoureusement de toute apparentement avec le F.N.

Il n'empêche, cette démonisation du F.N a aussi eu pour effet un décervellement des électeurs de gauche qui ont perdu tout esprit critique et sont prêts à voter pour n'importe quel candidat de droite qui leur paraîtra moins pire qu'un autre candidat de droite.

Le F.N n'est pas un parti de gouvernement mais il est devenu le meilleur allié objectif de la droite classique dont il diffère au fond bien peu.

Le piège qui était sensé diviser la droite s'est maintenant refermé sur la gauche qui à présent se trouve confrontée à la perspective de devoir choisir entre deux candidats de droite aux présidentielles. 

Sarko a tout intérêt à décevoir l'électorat de droite qui comptait sur lui à propos des questions de sécurité et d'immigration, il fait ainsi le jeu du F.N vers lequel se tournera une bonne partie des électeurs UMP, ce qui rend très possible un nouveau 21 avril. Les électeurs de gauche, pavlovisés par 30 ans de bourrage de crâne F.N = Auschwitz seront amenés, toute honte bue, à voter Sarko sur lequel ils auront vomi pendant 5 ans.

La gauche, idiote utile de la droite et elle semble ne toujours pas l'avoir compris puisqu'elle s'entête à distinguer le F.N de l'UMP alors que c'est bonnet blanc et blanc bonnet.


12 commentaires:

Anijo a dit…

comme étant Attila redux

As a writer, you couldn't resist... ☺

Flocon a dit…

Eh eh... as a good pupil I make good use of what I've learned today at Anijo's school...

ZapPow a dit…

"La gauche, idiote utile de la droite et elle semble ne toujours pas l'avoir compris puisqu'elle s'entête à distinguer le F.N de l'UMP alors que c'est bonnet blanc et blanc bonnet. "

Une vision que je partage, et qui fait qu'en cas de second tour UMP-FN, je m'abstiendrai.

Flocon a dit…

En fait je voulais mettre en lumière combien les électeurs de gauche (mais aussi les centristes très très craintifs) avaient été formatés pour que la simple énonciation du nom "F.N" les fasse trembler comme des biches aux abois.

Et que l'association R.P.R puis UMP avec le F.N serve de repoussoir absolu pour culpabiliser les hésitants et les dissuader de même imaginer voter à droite, une fois comme ça pour essayer.

Il faut penser par soi-même.

La droite a bien compris le piège puisqu'elle tient le F.N à distance quand bien même nombre de ses électeurs souhaitent le rapprochement.

Mais c'est bonnet blanc, blanc bonnet en effet. Il suffit de considérer les parcours de Madelin, Novelli, Devedjan, Goasguen et d'autres moins connus qui se sont retrouvés ministres et secrétaires d'État dans les gouvernements 1 et 2 de Fillon.

Jacques Médecin, secrétaire d'État au tourisme sous Chirac entre 76 et 78 se déclarait proche à 99,9% des positions du F.N.

Quelles différences entre Pasqua, sénateur, et Gollnisch? Alliot-Marie et Marine Le Pen? On ne parle même pas des Balkany et consorts...

Tout cela est à présent la même famille réunie après la rupture provisoire des années O.A.S.

Sarko c'est du F.N présentable mais c'est la France d'en haut quand le F.N représente la France d'en bas.

Je n'ai pas voté au second tour de 2002 comme tu sais, certain que Le Pen n'avait aucune chance comme sa fille n'en aura aucune l'an prochain.

Et comme je ne veux pas que Sarko reparte pour 5 ans en se targuant d'avoir été élu avec 80% des voix comme Chirac je me demande si je ne voterai pas pour la fille Le Pen, histoire de ne pas contribuer par mon abstention à un score surréaliste pour Sarko.

De toutes façons je crois que cette fois-ci tout se jouera aux Législatives qui suivront.

Il ne me paraît pas possible que l'UMP et ses alliés emportent la majorité. Je pressens la cohabitation à partir de 2012.

Elle est chouette notre constitution...

Christine a dit…

En discutant avec des amis, la possibilité que Sarko laisse sa place à quelqu'un d'autre a été évoquée: j'avoue que j'étais très perplexe. Il a été alors question que si ce n'était pas Aubry ou Royal qui briguaient le poste mais DSK qui se présentait, la droite choisirait un autre candidat. Je n'y crois pas trop, mais bon... cette réflexion a eu le mérite de me faire réfléchir et de vous en faire part!
Il reste que tout cela ne m'intéresse plus beaucoup.D'autre part, Flocon, comme je vous l'ai déjà écrit, je regrette que l'abstention ou le vote nul ne soit pas considéré comme une expression: faut-il aller voter Le Pen pour dire notre désaccord? L'abstention en devrait-elle pas suffire?

Flocon a dit…

Christine,

"la possibilité que Sarko laisse sa place à quelqu'un d'autre a été évoquée"

Ce serait du jamais vu (à part Johnson en 1968) qu'un président en place ne cherche pas à y rester.

Chirac en 1995 était donné perdant par tout le monde, on n'attendait plus que sa rétractation. Résultat, il est resté 12 ans à l'Élysée.

Il ne m'est jamais venu à l'idée que Sarko pût se désister (le subjonctif c'est pour vous faire plaisir -et à moi aussi d'ailleurs)

Quand tout indique que DSK a un bld devant lui il serait impensable, irresponsable même, qu'il se dérobât (et un de plus, un!), on est politique ou on ne l'est pas.

Si Royal se présente on ne la reverra pas au deuxième tour. Aubry ferait le même score que Royal au 2è tour de 2007 si elle y parvient.

Seul DSK l'emportera face à Sarko, j'en ai la certitude (et ce n'est pas original, tout le monde le sait).

"faut-il aller voter Le Pen pour dire notre désaccord? L'abstention en devrait-elle pas suffire?"

L'abstention entre le Pen et Sarko signifie Sarko réélu avec au moins 65% des votes (2/3 des votes), dont ceux des électeurs de gauche qui se feront rouler dans la farine comme en 2002, "forcés" par le bourrage de crânes (F.N = Auschwitz) dont nous sommes victimes depuis 30 ans de voter pour Sarko qu'ils exècrent viscéralement.

Je ne veux pas en être et favoriser par mon abstention une réélection à la Ben Ali de Sarko.

Cela dit, c'est une idée qui m'est passée par la tête et c'est dans 16 mois...

J'avoue ne pas comprendre cette histoire de bulletin blancs ou nuls prétendument pas pris en compte.

Ils sont bien décomptés et reconnus comme tels lors de chaque dépouillement. Cela dit, il existe certainement quelque chose que je ne comprends pas, cela fait 35 ans que je vote (eh oui, majorité à 21 ans "de mon temps") et j'entends toujours cet antienne.

Quant à l'abstention comment pourrait-elle être prise en compte comme expression puisqu'il y a des centaines de milliers de gens qui ne votent pas parce que cela ne les intéresse pas le moins du monde, ils n'ont aucune conscience politique, vivent en dehors de la Cité sans avoir la moindre idée de ce que sont les élections.

Il y a dans tous les pays du monde un pourcentage non négligeable de citoyens qui n'ont pas la moindre idée de qui est leur président (en France ou aux E.U par exemple).

Comment distinguer une abstention délibérée et significativement politique d'une abstention apolitique?

Ned Ludd a dit…

Pire que le FN, il y a plusieurs elus et anciens ministres de l'UMP qui sont les anciens de l'organisation clairement fascist, l'Occident.

On en parle peut, mais ils ont même un groupe de reflexion au parlement qui s'appele Nouveu République ou quelque chose comme ça. On peut trouver les détails à Wiki, j'imagine.

Flocon a dit…

Ned,

Il y a ceux sont j'ai donné les noms dans un commentaire ci-dessus (Devedjan, Goasguen, Madelin, Novelli, Médecin) et d'autres moins connus qui sont rentrés dans les ministères, chefs de cabinet, attachés parlementaires ou membres de conseils régionaux sous l'étiquette UMP ou divers droite etc.

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Also, je vois que tu es vraiment française puisque tu fais la même erreur que la plupart d'entre nous:
"On en parle peut"

Tu fais tellement bien les liaisons que tu écris "on en" alors que tu devrais écrire on n'en parle peu (et non peut as I know you know).

Le "on" est très trompeur dans ce cas. Remplace le par "tu" et tu "entendras" immédiatement que ce ne peut être tu en parles peu. It has to be tu n'en parles peu.

Je ne suis pas sûr d'avoir été clair on that one...

Christine a dit…

Flocon,
Je suis désolée, mais Ned a parfaitement écrit On en parle peu. Le "en" en effet est un pronom qui évite la répétition. Dans la phrase, "il y a des hommes qui sont des membres d'organisations fascistes", on ne peut pas enchainer en disant "et on parle peu de ces hommes". Ce complément "de ces hommes" est remplacé par un pronom,(ici, "en") Donc : On en parle peu (= on en parle un peu, on n'en parle pas assez!)
L'erreur que commettent bcp de gens c'est lorsqu'il y a une négation "ne... pas", "ne... plus", etc. On n'en parle plus, on n'en parle pas, on n'y comprend rien, on n'y voit goutte".

Flocon a dit…

Christine,

"il y a des hommes qui sont des membres d'organisations fascistes"

Je dois tout reprendre à zéro alors parce que là moi j'aurais exclu le "des" pour obtenir "Il y a des hommes qui sont (des) membres de l'amicale bouliste".

Ou encore "Parmi vous il y a des personnes qui sont (des) membres du conseil syndical".

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Votre exemple donnerait donc :

il y a des hommes qui sont des membres d'organisations fascistes et nous en parlons peu?

Bon, d'accord (sauf le des)

My apologies to Ned if I misled her, which is evidence her French is better than mine...

Ned Ludd a dit…

Je n'aurais jamais imaginé d'être à l'origine d'une discussion sur l'utilisation correcte du français.

Avec toutes les fautes diverses que je fais, on discute un usage apparemment correcte.

Flocon a dit…

Ned,

Même entre Français, toi incluse, on se dispute sur notre langue. L'allemand et l'italien (que je connais un peu) ne se prêtent pas à pareilles discussions. Pour l'espagnol je ne sais pas.