jeudi 20 mai 2010

Darwinisme mental

L’esprit est né de la matière. A moins que ce ne soit l’inverse : L’esprit lui est antérieur et s’est objectivé dans la matière. Quoi qu’il en soit, esprit et matière ont une histoire et la flèche du temps étant univoque il y a bien eu évolution de l’une et de l’autre.

Ainsi de ce que nous appelons notre conscience. Combien de dizaines de milliers d’années avant que d’une espèce animale singulière nous parvenions au niveau de conscience réflexive qui est le nôtre ?

Combien de milliards d’individus nous ont précédés qui ont, chacun de façon infinitésimale, participé au devenir de l’esprit universel qui domine actuellement le monde ?

Selon les cultures, les valeurs, les histoires particulières de chaque peuple chacun d’entre eux « pensent » différemment et pourtant il y a des constantes universelles propres à l’espèce humaine. Le temps, l’espace, la causalité, la moralité, l’angoisse de la mort, les passions… Ce qu'on appelle l'inconscient collectif.

Les mythes par exemples se rapportent tous, entre autres, si l’on en croit Lévi-Strauss, aux mêmes fondamentaux nés de l’imagination humaine et sont tous les mêmes allégories relatives à l’origine de l’univers., de l'homme etc. Il en va de même pour les religions.

Tous nous pensons avec les mêmes structures mentales relativement au rapport avec le monde tel qu’il nous apparaît. Il y a très peu de différences entre la façon dont pensait un paysan chinois d’il y a 5.000 ans et un Égyptien de la même époque ou un Aborigène contemporain.

Tous, nous pensons selon les mêmes modèles cognitifs depuis l’apparition de l’homo sapiens et pourtant, notre façon de penser actuelle, la seule que nous connaissions bien sûr, était-elle inévitable ou aurait-il était possible que nous prenions une autre direction ? Une autre manière de penser avec des lignes de force structurantes radicalement différentes dans notre rapport au monde et aux autres par exemple aurait-elle été possible ?

Sans doute pas puisque, si l’on reprend l’exemple du darwinisme, seule la manière la plus appropriée pour l’homme de survivre et de prospérer a été retenue par la nature qui est bien l’instance suprême en ce domaine. Ce n’est certes pas nous qui avons décidé quoi que ce soit de notre destin.

On sait que le petit de l’homme n’arrive pas sur terre entièrement démuni et sans prédisposition aucune ni sans de nombreuses prédéterminations. Il porte déjà avec lui un incommensurable bagage, ne serait-ce que la possibilité d’user d’un cerveau qui est programmé depuis des millénaires pour fonctionner d’une certaine façon et pas d’une autre.


Nous sommes les rejetons actuels d’une généalogie qui nous concerne tous et que tous nous partageons. De même que la théorie de l’évolution concerne les espèces animales dans leurs multiples transformations et modifications leur permettant une permanente adaptation à un environnement mouvant et évolutif, ne peut-on envisager une théorie similaire de l’évolution de l’esprit et de la conscience, évolution qui impliquerait d’immuables règles desquelles nul ne peut s’affranchir. En d’autres termes nous somme déterminés tant par notre généalogie mentale que par notre langue et bien d’autres facteurs aussi bien personnels que collectifs.

On envisage jusqu’à présent que le fonctionnement dit « normal » de notre cerveau et de notre intelligence, fonctionnement qui nous est inné et qui nous impose ses règles. Cela dit, ce fonctionnement « normal » connaît déjà pourtant lui-même d’infinies variantes depuis l’état que l’on qualifie d’équilibré jusqu’à la folie « absolue » en passant par les psychoses et les névroses.

Arrêtons-nous un peu sur cet état de névrose qui concerne à peu près tous les êtres humains à des degrés divers.

Notre histoire individuelle est toujours la résultante de l’histoire de nos parents qui eux-mêmes ont « hérité » une partie de leurs dérèglements de leurs propres parents qui eux-mêmes depuis presque toujours sont la résultantes des conflits mentaux qui ont agi nos ancêtres, sans limite de temps. Ces dérèglements sont aussi le résultat des conflits intra familiaux (entre enfants, entre enfants et parents, entre membres des mêmes familles) auxquels pas un être humain n’a pu échapper. On n’oubliera pas de mentionner les dérèglements sociaux aux travers des temps et des cultures, dérèglements qui ont aussi façonné ou du moins participé à l’élaboration de l’esprit universel.

On me répondra qu’il n’est pas envisageable qu’une quelconque névrose ayant affligé un individu de l’espèce de Cro Magnon puisse avoir laissé des sédiments en ma personne 30.000 ans plus tard. Ce à quoi il est facile de répondre que si l’on accepte que l’évolution de la pensée dont nous jouissons de nos jours se soit faite, pour infinitésimalement que ce soit, par l’intermédiaire des hommes de Cro Magnon il n’est pas impensable d’admettre que les « déformations » de cette même pensée aient parcouru le même itinéraire.

Bien évidemment le lien n’est pas reconnaissable entre un possible dérèglement mental de mon ancêtre et moi-même d’autant que les dérèglements mentaux de l’époque Cro Magnon/ Neandertal n’ont rien à voir avec ce que l’on connaît maintenant. Et pourtant l’esprit universel s’est formé en parcourant un certain chemin qui l’a amené à pénétrer tous les individus ayant vécu depuis l’homo sapiens.

Des milliards de forces et d’interactions mentales se sont produites et ont contribué à faire aboutir notre esprit tel qu’il est actuellement. De toutes ces composantes des milliards ont disparu quand d’autres milliards apparaissaient par le jeu de la dialectique, l’une plus forte venant à bout d’une autre plus faible et ainsi de suite à l’infini. Il y a un processus dynamique de dépassement permanent à l’œuvre dans la formation de l’esprit universel.

Citons Spinoza pour illustrer ce que j’écris :
« L’entendement par la vertu qui est en lui se façonne des instruments intellectuels, au moyen desquels il acquiert de nouvelles forces pour de nouvelles œuvres intellectuelles, produisant, à l’aide de ces œuvres, de nouveaux instruments, c'est-à-dire se fortifiant pour de nouvelles recherches, et c‘est ainsi qu’il s’avance de progrès en progrès jusqu’à ce qu’il ait atteint le comble de la sagesse »

(Traité de la réforme de l’entendement,VI, 31)


(Pour le comble de la sagesse nous n’y sommes pas encore. Comme quoi l’évolution de l’esprit est toujours en marche.)

Je cite Spinoza parce que j’ai cette citation sous les yeux, il pourrait y en avoir des centaines d’autres bien sûr et qui ne vaudraient qu’à titre d’illustration d’ailleurs, une citation n’étant pas une preuve.
 
L’image n’est certes pas originale mais on peut se représenter l’évolution de l’esprit humain à travers le temps comme les mouvements des tiges de blés dans les champs selon les variations de direction et d’intensité des vents. Autre image, celle des vagues infinies et infiniment renouvelées qui se forment et se dissolvent au gré des courants, des températures et mille autres paramètres dont j’ignore jusqu’à l’existence.

Ces images pour montrer que d’innombrables forces entrent en jeu pour faire, défaire et reconstruire un organisme vivant en constante progression/amélioration : l’Esprit dont chacun de nous est dépositaire d’une infime parcelle, unique et singulière, qui a cette étonnante faculté de nous laisser croire que nous sommes indépendants et libres de penser tel que nous le désirons à tel ou tel moment de telle ou telle façon en oubliant que nous ne sommes que l’aboutissement éphémère d’un processus multi millénaire toujours en évolution sans possibilité d’imaginer qu’un stade ultime soit un jour atteint.

Tout ce long développement (déterministe) pour réfuter ou du moins refuser l’illusion du libre arbitre, cheval de bataille des religions monothéistes pour croire expliquer l’existence du Mal dans un monde créé par un quelconque dieu parfait (c'est la Théodicée de Leibnitz).
Terminons avec une autre citation :
« Dans tout le cours du monde, jamais le vol d’une particule de poussière n’a pu décrire une ligne différente de celle qu’elle a décrite, pas plus qu’un homme ne peut agir différemment qu’il n’a agit ».

Schopenhauer
Suppléments au Monde, Livre II, chap. 25)

A ceux qui tiennent absolument à l'illusion de leur libre arbitre je propose de considérer leur prétendue liberté comme celle de l'oiseau dans sa cage qui est bel et bien libre en effet de sauter d'un barreau vers l'autre et réciproquement jusqu'à ce que mort s'en suive. Belle et enviable liberté en effet.

Pour les autres, une suggestion de lecture.

samedi 15 mai 2010

Juges d'instruction, impartialité, présomption d'innocence, irresponsabilité etc. Paroles, paroles, paroles...


La réforme du code de procédure pénale était une des grands projets de Sarko. Avec, comme mesure essentielle, la suppression des juges d'instruction. Voilà qu'il fait marche arrière, ou plutôt qu'il laisse en suspend. 

Comme il est de coutume, le monde judiciaire est contre mais il n'y a là rien de nouveau... (voir le dernier paragraphe: "Sarkozy n'y pourra rien". Mis en ligne il y a deux ans, comme quoi c'était déjà plié)

Cries d'orfraie: "Mais alors la justice sera laissée au bon vouloir du parquet c'est à dire du pouvoir politique!"

Comme si ce n'était pas déjà le cas depuis... toujours.

Il paraît que les juges d'instruction sont saisis de moins de 5% des affaires criminelles en France. Serait-ce donc que dans 95% des cas ils sont inutiles?

Qui est assez naïf pour croire une seconde que l'existence des juges d'instruction est une garantie pour les libertés individuelles et l'impartialité d'une instruction menée à charge et à décharge?

On pourrait penser que les juges d'instruction ont été mentalement programmés pour mettre d'abord en détention provisoire (au trou donc) qui que ce soit, innocent ou présumé tel  qui leur est présenté puis de laisser passer quelques semaines, voire quelques mois avant de se raviser et de laisser sortir des individus psychologiquement brisés des cellules de la République (des droits de l'homme et du citoyen, mais oui, mais oui madame...). Avec pour corollaire la totale irresponsabilité de ces serviteurs de la justice.

Ce sont plusieurs centaines d'innocents qui chaque année sont victimes de privation temporaire de liberté par ces bons magistrats supposés être les garants de l'impartialité des enquêtes préliminaires à d'éventuels procès.

Ainsi:
 
- 1987, la juge Mireille Maubert qui a délibérément falsifié une reconstitution du crime dans l'affaire Patrick Dils. Celui-ci sera condamné à la réclusion à perpétuité, libéré après 15 ans de taule.
- 2004, Fabrice Burgaud (*) et les 8 innocents de Outreau.
- 2008 l'affaire des ultra gauchistes de Tarnac. Certainement le pouvoir politique (Alliot-Marie) n'était pour rien dans la décision du magistrat instructeur de faire incarcérer Coupat (7 mois) et ses amis.
-  2009 Jérôme Kerviel  un caïd du grand banditisme.

Dans cette pitoyable galerie on n'omettra pas Eva Joly ("la détention provisoire ça permet d'attendrir la viande" dixit la dame à propos de Loïk Le Floc-Prigent). Elle fait dans l'écologie à présent...

Alors que les juges d'instruction soient supprimés de la procédure pénale en France je serais plutôt pour, ne serait-ce que pour lever l'hypocrisie. 
 
Je note au passage que la gauche quand elle était au pouvoir n'a rien fait pour améliorer quoi que ce soit, que ce fût Guigou ou Lebranchu. Je ne parle même pas de l'administration pénitentiaire... 
 
Autres mesures qui étaient prévues : la garde à vue (nous devons être les pires en ce domaine dans toute l'U.E) et les délais de prescription des abus de biens sociaux. Aux dernières nouvelles nous ne verrons rien de ce grand projet du quinquennat.

A l'issue des 7 mois qu'il passa à la tête du Ministère de la justice, Olivier Guichard aurait déclaré que ce qu'il avait appris à l'issue de cette période comme garde des sceaux était qu'il valait mieux ne jamais avoir affaire à la justice.

Et c'est le chef qui le disait...


(*) Bien content d'avoir des avocats à ses côtés quand il en eut besoin, ces mêmes avocats dont il n'avait que faire quand il était en charge du dossier.

mercredi 12 mai 2010

Un homme a disparu


Avez-vous entendu parler de cet homme depuis qu’il a été nommé à la tête du conseil européen ? L’a-t-on vu prendre une quelconque part aux négociations de Bruxelles relatives à la crise, grecque d’abord, puis monétaire ensuite et enfin européenne ?

L’homme a toutes les qualités nous a-t-on assuré lors du choix qui l’a fait « élire » à son poste le 19 novembre 2009, il y a 6 mois donc. Je n’en doute pas mais cependant, savait-il vraiment à quel point la fonction qu’on lui attribuait n’était qu’un énième gadget issu des invraisemblables élucubrations constitutionnelles voulues par Giscard il y a une dizaine d’années ?

Le même Giscard, soit dit en passant, qui voulait absolument intégrer la Grèce dans l’UE au motif que ce pays était historiquement au fondement de l’idée de démocratie.

Mais les marchés s’en contrefichent que les Grecs aient bâti l’Acropole il y a 2.500 ans et que Socrate, Platon et Aristote aient été les fondateurs de la culture européenne, celle-là même qui a orienté le cours de l’histoire mondiale. They want their money back !
 
On reste incrédule quand on observe la débandade généralisée parmi les membres de l'Union Européenne face à la crise grecque. Ne nous avait-on pas vanté (vendu) le traité de Lisbonne comme étant la clef de voûte de L'UE qui allait assurer croissance et stabilité grâce à la solidarité parmi les États membres?  Le traité de Lisbonne dans sa grande sagesse a prévu ce cas : Il a institué la fonction de Président du Conseil européen
Ce poste est une pantalonnade qui, au-delà d’elle-même, ridiculise celui qui en est titulaire.

Le président Américain a appelé Sarko, Merkel et d’autres sans doute. Richard Cohen dans le NYT constate avec une triste ironie la réalité des choses

En considérant l'invraisemblable désagrégation de l'idée européenne qui s'expose en ces jours, on se prend à imaginer les générations futures contemplant a posteriori ce désastre, se demandant comment leurs prédécesseurs ont pu en arriver là d’incompétence et d’aveuglement (on reste courtois).

Quoiqu’il en soit, Herman van Rompuy reste président du conseil européen et il fait même preuve d’abnégation car s’il démissionnait (on a tout de même son amour propre) personne ne s’en apercevrait.

lundi 10 mai 2010

It's a small, small world.


Il existe je crois une "loi" mathématique selon laquelle n'importe quelle personne au monde n'est séparée (virtuellement) d'une autre que par 4 autres personnes.

A savoir que n'importe qui, au moins une fois dans sa vie, entre en contact avec quelqu'un qui connaît quelqu'un qui etc. connaît personnellement, ne serait-ce que de vue, une autre personne.

Oui, bon, c'est bien penserez-vous si ce n'est qu'à la fin de cette courte chaîne se trouve une personne connue du monde entier.

Moi qui vous parle, j'ai personnellement vu, de mes yeux vu, le Général de Gaulle en 1960 lors d'un  de ses déplacements en Bretagne. Je ne sais à quelle occasion (pour lui!), il ne serait cependant pas difficile de le savoir.

J'ai également vu, pratiquement à ma table, F. Mitterrand en 1987 ou 1988. 
(Je ne me vante pas d'avoir côtoyé Sarko à la fac de Nanterre vers 1976)

De même, à un niveau moindre, j'ai vendu un magazine à L.Jospin et madame vers 1987 et bien d'autres personnalités. Il est vrai qu'habitant à Paris les occasions sont plus fréquentes qu'ailleurs.

Enki Bilal et moi avons été dans les mêmes classes de la 6ème à la terminale (cf. le billet)

Peu importe mes expériences personnelles évidemment mais cela signifie qu'entre W. Churchill, Roosevelt, Staline et quelques autres de ce calibre et moi il n'y a qu'une personne. 

Inutile de préciser que cela n'a aucun autre intérêt que d'illustrer cette "loi" mathématique.

De même, chaque individu que je peux rencontrer dans la rue ou à l'autre bout du monde est un des 4 ou 5 intermédiaires nécessaires entre n'importe quelle célébrité (politique, artistique etc.) et ma minuscule personne.

Il en va ainsi pour tout le monde donc vous qui lisez ce billet êtes nécessairement un des liens d'une semblable chaîne. Réfléchissez, souvenez-vous...


Pourquoi cette vidéo pour illustrer ce billet? (N'importe quelle autre aurait fait l'affaire)

Vous aurez reconnu les 20 premières minutes de La règle du jeu de Jean Renoir, film dans lequel jouent, entre autres, Paulette Dubost et Nora Gregor.

Paulette Dubost a joué avec Buster Keaton en 1936 dans "Le roi des Champs Elysées" , le saviez-vous? Nora Gregor, presque parfaite inconnue, a épousé Jacques Rémy, réalisateur du dernier film de l'actrice et père d'Olivier Assayas.  Lui je ne le connais pas (de nom et je ne le situe pas) mais ce qui est bien plus étonnant est de savoir que dans ce film de 1943/45 jouait également un certain Henri Salvador... (bon, je ne mets pas le lien).

Donc entre les milliers d'inconnus qui ont personnellement vu, ne serait-ce que vu, Henri Salvador (ça fait du monde depuis les Antilles jusqu'à l'autre bout du monde) et Paul McCartney (exemple au hasard) il y a 

1°) Nora Gregor,
2°) Paulette Dubost
3°) Buster Keaton,
et 4°) Richard Lester qui a réalisé le dernier film de Keaton et "A hard day's night", le premier film des Beatles.

Comme il est presque certain qu'Henri Salvador a connu Paulette Dubost cela fait une étape de moins.

Il y a certainement d'autres chemins pour arriver au même résultat, ou à bien d'autres résultats d'ailleurs, Keaton ayant connu le gratin d'Hollywood des années 20 à commencer par C. Chaplin.

Saviez-vous que Michèle Morgan a joué avec Humphrey Bogart? Ici.

L'univers cinématographique est biaisé et donc évidemment le plus propice à l'observation de cette loi et les rencontres improbables sont de règle. Il n'empêche, cette loi est  tout de même valable universellement. 

It's a small, small world indeed, et nous sommes tous liés les uns aux autres, que nous le sachions ou pas.

Loi qui se constate essentiellement dans l'espace (et un peu) le temps, ce dernier étant affecté par nos propres limites temporelles. La généalogie, c'est autre chose.


Peut-être n'y a-t-il que 4 personnes entre mon voisin et Ahmadinejad ou B. Obama?


dimanche 9 mai 2010

An American tragedy


Je retrouve un vieil article du WaPo d'il y a 3 ans. 

“The “Desert Louvre,” as the French press has dubbed the deal, is part of a revolutionary initiative by France to expand its global influence through its vast cultural heritage and holdings — the one realm where it remains a dominant world power — in the face of its shrinking diplomatic and economic clout.”

Ca les démange toujours ce besoin d’insister sur la perte d’influence de la France, sa position économique affaiblie.

Si l’Italie était engagée dans un marché de même nature avec Abu Dhabi, Dubaï ou un quelconque autre pays, serait-il nécessaire de relever sa supposée perte d’influence diplomatique ou sa place moyenne dans le peloton des puissances économiques? Évidemment non mais comme il n’est pas possible de passer sous silence la position historiquement dominante de la France en matière d’art et de culture (mais l’Italie vaut bien la France au point de vue des beaux arts), il faut relativiser et amoindrir. Pour ce qui concerne la prétendue perte d’influence diplomatique de la France, on a vu ce qu’il en était avec l’Irak à l'époque.

Alors pourquoi une fois encore un journal américain présente-t-il ce genre d'information sous cet angle? S’il y a tant de clichés américains sur la France, c’est que celle-ci représente tout ce qu’une certaine partie des média et de la mentalité américaine se vante de n’être pas: éduquée, cultivée, high brow, intellectuelle. Cette absence d’histoire et donc de patrimoine culturel qui devrait l’accompagner est comme un rappel permanent d’une insupportable incomplétude dans l’identité même du pays. C’est là peut-être le malheur inavoué de l’Amérique, un destin exceptionnel auquel l’enracinement historique fait défaut. Et pourtant il faut bien vivre…

Alors cette mauvaise conscience (comme disait Susan Sontag de la France par rapport aux US), ce refoulé ne peuvent s’évacuer que par le biais d’une démonisation du contre modèle même, d’un effort permanent de ridiculisation et de mise à distance de ce reproche vivant qu’une certaine Amérique voit en la France et les Français. Il n’est qu’un moyen pour surmonter un lancinant complexe d’infériorité identitaire, c’est de faire corps de façon quasi pathologique aux emblèmes du groupe: l’hymne et le drapeau. Le drapeau on le voit partout, partout, partout… c’est obsessionnel.

Les Français n’en peuvent mais, tel a été le cours de l’Histoire. Et Abu Dhabi ne fait en l’occurrence que reproduire ce que les Américains eux-mêmes ont fait depuis la fin du XIX jusqu’à nos jours: acheter des chefs-d’œuvre de l’art européen pour remplir des musées créés de toute pièce afin de “légitimer” leur existence aux yeux des autres nations par une artificielle reconstitution d’un passé qui leur fera toujours défaut. 

mardi 4 mai 2010

Chauffés à blanc

Les cours d’assises des mineurs se retrouvent parfois devoir juger des affaires plus sordides que d’autres, si c’est possible: ce qu’on appelle les tournantes. Il y a de nombreux facteurs bien sûr qui entrent en jeu pour expliquer ce phénomène social contemporain. Considérons l’un d’entre eux en particulier :

L’époque est à la sexualisation sans retenue à tous les niveaux de la représentation. Quelles que soit d’ailleurs les catégories sociales et intellectuelles, toutes elles sont soumises à la même pression érotisante, qui se veut ludique et légère ici, grasse et vulgaire là.

Les gamins baignent depuis toujours dans une permanente reproduction de chairs et d’expressions du «désir» fût-il le plus salace, le plus sordide.

Que ce soit sur les chaînes de télévision, même dans les émissions dites familiales, sur les affiches de cinéma ou de publicité quelconques dans la rue, le métro, dans les clips «musicaux» que déversent à longueur de journée les chaînes d’abrutissement collectif à l’échelle industrielle, partout ce ne sont qu’expositions de corps dénudés, de visages féminins prétendument perdus dans l’extase amoureuse et sensuelle. 

L’adolescence n’est pas exactement une période facile à vivre, particulièrement dans ce domaine. Alors pour faciliter sans doute le passage à l’âge supposé adultes, les garçons sont chauffés à blanc dans l’exacerbation de leurs pulsions naturelles auxquelles il n’est pas permis de s’épancher.


Voyez maintenant ce qui est vendu aux filles comme modèle et référence: des magazines dont les titres racoleurs sont:

«Avez-vous le corps de ses envies?»
«Êtes-vous un cadeau pour un mec?»
«Comment plaire aux garçons»
«Comment réussir sa première nuit avec un mec»

etc. avec des couvertures où des quasi fillettes de 15 ans rivalisent dans des poses à la Lolita qui se veulent toutes plus aguicheuses les unes que les autres.

Comment les petites frappes qui violent des gamines pourraient-ils ne pas croire qu’au fond «elles» sont d’accord, il suffit de voir les magazines qu’elles lisent?

Une fois encore la société récolte ce qu’elle sème. La presse en tout premier lieu se donne au culte du veau d’or, avec pour seule finalité de faire de l’argent par quel que moyen que ce soit. L’éducation des nouvelles générations ce n’est pas exactement son problème. Avec le résultat que l’on sait.

Rendez-nous Les Petites filles modèles et Les malheurs de Sophie !

vendredi 30 avril 2010

Afghani cockroaches



Au plus fort de la guerre d'Irak, le premier ministre irakien de l'époque s'était plaint que les forces américaines tiraient sur tous les irakiens qui leur paraissaient suspects comme s'ils s'agissait de cafards qu'il fallait éliminer.

Un site tient un compte approximatif des victimes civiles en Irak depuis l'arrivée de la coalition of the willing.
Je ne sais pas quel est le nombre de victimes civiles dû à des frappes anglo/américaines mais il doit y en avoir eu suffisamment (toujours trop évidemment) pour que le PM irakien emploie le terme de "cafards" que représenteraient aux yeux des Américains les Irakiens.

Les attentats continuent en Irak, on n'y prête plus guère attention, et le théâtre des opérations s'est déplacé en Afghanistan.

On apprend (pour ce que l'on peut bien savoir) que régulièrement des civils sont victimes de tirs des forces d'occupation. Rien de neuf sous le soleil. En mars ce sont les Allemands qui ont tué une vingtaine d'Afghans, hier les Français, aujourd'hui 3 autres civils and on and on and on...

Sans compter bien sûr les victimes des drones américains.

Les media parlent d'insurgés là où Radio-Londres il y a 65 ans aurait évoqué des résistants. Insurgés ou Talibans c'est selon. C'est d'ailleurs toujours le cas quand il y a une insurrection contre les envahisseurs : ce sont des terroristes. Mais dans notre cas, de façon significative, les media ne parlent pas de terroristes mais bien d'insurgés. Changement de ton. Comme s'il y avait un malaise à recourir au vocabulaire qui avait cours au temps de la guerre d'Irak...

La légitimité des Afghans Talibans à prendre les armes contre les envahisseurs me paraît ne souffrir aucune contestation, aussi détestables que soient leurs mentalités et leurs pratiques. Problème: ils sont chez eux point barre! Qui plus est ils n'ont que je sache absolument rien fait aux occupants de leur pays. Rien de rien. Ils n'ont jamais été une menace pour quiconque et n'avaient aucune intention de le devenir. Maintenant évidemment...

Mais surtout comment sont conçues ces frappes contre les "insurgés" ou Talibans? Sont-ils en train de préparer un attentat lorsqu'ils sont atteints par un tir de l'OTAN? Se font-ils tirer dessus parce qu'ils portent des armes à feu comme à peu près tous les hommes paraît-il dans le pays? 

Ou tout simplement les forces de l'OTAN déclenchent-elles leurs tirs parce que les cibles sont supposées être des "insurgés" ou des "talibans"?  Auquel cas comment ne pas comprendre que ces gars se font dézinguer pour ce qu'ils sont et pensent et non pour des actes de guerre qu'ils auraient commis ou auraient l'intention de commettre? Par ailleurs, de quels actes de guerre peut-il s'agir puisque ce sont des résistants aux forces d'occupation?

Certains Afghans ne sont-ils pas in fine considérés par les troupes de l'OTAN, quels que soient les tirades humanistes déclamées par les politiques/militaires, comme des cafards qu'il faut éliminer non pour ce qu'ils font, ont fait ou pourraient faire mais bien pour ce qu'ils sont? Pour leur Être et non leur Agir?

Cela ouvre des perspectives genre "sous-hommes" etc. non?

Quand se décidera-t-on à se barrer de là-bas et à leur ficher la paix?

jeudi 29 avril 2010

Hegel et Spinoza à la bourse

Panique renouvelée dans le monde de la finance. La Grèce , le Portugal, l'Espagne, l'Irlande bientôt semblent affronter vent debout les dégâts collatéraux du libéralisme à outrance.

Cela dit puisque tout le monde ou presque se jette Abraracourcix sur les traders, banques, organismes financiers, agences de notation etc. qui seraient les méchants sans morale se nourrissant de la chair fraîche des peuples, qui a laissé se mettre en place pareil système devenu incontrôlable et dévorant tout ce qui trouve sur son passage?

La plus insane des récriminations est bien celle qui reproche leur manque de morale aux banquiers. Celle-là c'est vraiment top notch!

Les banquiers et tous les acteurs du système financier mondial obéissent tous au principe spinoziste fondamental : le conatus. On persévère dans son être qui en l'occurrence est de produire du bénéfice sans création de valeur, comme le politicien persévère dans son être qui est par essence d'avoir recours à tous les expédients possibles et imaginables pour obtenir et conserver le pouvoir, comme chacun d'entre nous poursuit son être et son agir dans tout ce qu'il peut avoir de positif ou négatif tant que rien ne s'y oppose.

En résumé, les acteurs du système financier font ce pour quoi ils existent. S'ils ne rencontrent aucune opposition de nature à entraver l'avancée de leur Juggernaut ce n'est pas eux qu'il faut mettre en cause mais bien les politiques qui sont leurs fondés de pouvoir.

Par ailleurs si la Grèce puis les autres maillons faibles de la zone euro sont under attack c'est là encore qu'il y a une raison, que nul ne conteste j'imagine : Tous les fondamentaux sont en place pour que personne ne leur fasse confiance dans la planète financière.

Faisons là encore un petit rappel d'un certain concept philosophique : "Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel"

Hegel
(Préface aux principes de la philosophie du droit)

Autrement dit, l'irrationalité du réel n'est qu'apparente.


Cela dit en référence aux media qui n'ont de cesse de gloser sur l'irrationalité des bourses. Il y a peut-être un semblant d'irrationalité mais ne s'agit-il pas plutôt d'une énième ruse de l'esprit (à la Hegel)?

A savoir que derrière une apparence de désordre se déploie la marche souveraine de la logique financière (son esprit à elle) qui perpétue et accroît même sa raison d'être et de faire tant que rien de plus fort qu'elle ne vient contrarier sa progression.


samedi 24 avril 2010

Look at me


The need to represent oneself is universal and has been implemented since the stone carvings of the cavemen until the invention of the photography and the cinema. We all know how the movie industry is an essential part of the American cultural history, like we know how prevalent it has been the world over for nearly a century now. 

Like Narcissus contemplating his image in the water of the river, don’t the movies made in the US act like a mirror which permits America to reflect herself on the screen and offers the world the image of how she wants to be seen and perceived? This would then be an “illustration” of the miror stage of Jacques Lacan which enables the child to realize the unity of his/her body.

This urge to represent herself is all the more enhanced with the quasi obsessional need to display the national flag in oh so many movies and TV series, like a transitional object, as if America had an existential need to permanently assert both her identity and her legitimacy.

Now, what is Narcissism but the inner conviction to be at the centre of the world? And is it pushing the barriers too far to suggest the strength of the American movie industry may have another, deeper and unavowed meaning, that of a fundamental insecurity regarding her very being?

Just asking…

The painting is “Narcissus” by Caravagio (1599)

jeudi 22 avril 2010

Inaccessible réel


"Quelle vanité que la peinture qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux" a écrit Pascal. (Fragments des Pensées)


Quand il écrit cela, Pascal nous interroge et nous fait sentir une faiblesse que nous ne savons d'abord identifier. Parce que nous percevons la pertinence de la remarque qui ne peut manquer de s'adresser à chacun. Autrement exprimé, pourquoi nous faut-il donc passer par le biais de la représentation pour -peut-être- être capable de re-connaître le réel?

Il est probable qu'au-delà de la peinture comme figuration permettant d'accéder au réel, Pascal nous reproche d'être incapable de percevoir l'immanence du divin qui nous entoure. Mais, même en laissant de côté cet aspect sans doute essentiel de la préoccupation pascalienne, sa remarque nous révèle une indisputable dialectique: le réel ne nous est accessible le plus souvent que par sa représentation, comme un passage obligé parce que nous sommes incapables de voir, de simplement voir.

Quelle leçon d'humilité de devoir accepter que l'on nous montre ce qu'il y a à voir dans un tableau, qu'on nous le décrive, qu'on nous l'explique car, hormis les connaisseurs, nous ne savons pas lire, nous ne savons pas voir.

il y a là une dynamique constante entre le réel et sa représentation car le tableau est d'autant plus admirable que, devenu lui-même objet réel, il nous est nécessaire de passer par le biais de la représentation de ce qui fut d'abord représentation pour enfin être capable de pleinement l'appréhender en tant qu'objet du réel.

Un œil inexpérimenté saurait-il d'emblée voir la double mèche de suie qui s'éfile au bout de la chandelle de cette Madeleine repentante de G. de la Tour s'il n'y avait été préparé par la contemplation d'une possible reproduction livresque? Verrions-nous la bombure au fond du verre, la mèche qui s'y consume, les livres, la croix, la poignée de chanvre qui figurent à droite du verre?

Sans doute pas car nous sommes incapables de voir le réel. Il nous faut apprendre à voir, toujours, car nous vivons dans un univers d'illusions et de décors. Seule la représentation, car nous l'acceptons "naturellement", nous rend possible l'accession à un autre regard sur nous-mêmes. Encore faut-il que cet exercice de représentation soit maîtrisé. C'est bien connu, c'est un lieu commun, seul l'artiste est capable de nous aider à accéder au réel par sa maîtrise de l'art de la représentation.

Quant à l'immanence du divin...

mardi 20 avril 2010

L'au-delà de la représentation










Un des thèmes particulièrement intéressant de la philosophie est ce qu'on appelle "théorie de la connaissance". Pour ceux qui le peuvent, lisez la version allemande, seul article de qualité sur WIKI sur ce sujet, l'article français étant insignifiant, l'article en anglais (américain) ayant une approche plus anglo-saxonne, ce qui n'est pas un truisme, la philo anglo-saxonne s'étant détachée de la tradition continentale depuis les travaux du Cercle de Vienne.

Vite dit, il s'est agi depuis les Grecs anciens, de comprendre comment les sujets que nous sommes, placés en face des objets, du monde réel, sont parvenus à la raison et donc à la possibilité d'élaborer des concepts.

Quelles étapes avons-nous dû franchir pour passer de l'intuition aux pures sensations animales, de la perception à l'entendement puis à la conscience, et de la conscience de nous-mêmes à la raison qui nous a définitivement amenés à l'humanité qui agit volontairement sur le monde.

C'est surtout à partir du Cogito de Descartes que cette recherche s'est considérablement accélérée. Ont suivi les sensualistes, les matérialistes, les idéalistes etc. Malebranche, Condillac, Hume, Locke, Berkeley, Kant (Critique de la raison pure) évidemment, suivi de Schopenhauer (premier Livre du "Monde etc."), Hegel et la Phénoménologie de l'Esprit (Trois premiers chapitres) -c'est du lourd!- travaux repris par Husserl qui, pour ce que j'en sais, a clôt cette recherche dans l'histoire de la philosophie classique. On  inclut ici ceux qui  se sont placés dans le sillage de Husserl (Merleau Ponty, Lévinas etc).

Au XXè siècle les neuro-sciences ont pris le relais, pourrait-on croire, des siècles de préparation et de découvertes de la philosophie occidentale (les Chinois ne s'étant nullement préoccupés de ce champs de recherche).

Mais au fait, qu'a-t-on appris des neurosciences en la matière? Beaucoup de choses sans doute d'un point de vue du comment et du descriptif, de la chimie à la biologie, mais encore? N'en sommes-nous toujours pas restés au seuil de l'ultime Comment et Pourquoi?

On savait dès le XVIIIè siècle que l'activité cérébrale se résumait, si l'on peut l'écrire, à des flux électriques entre neurones alimentés par les synapses (ça c'est du XXè). 

Les neurones agissant en quelque sorte comme des condensateurs électriques, ne nous trouvons-nous pas dans la même situation qu'il y a 2000 ans: Comment des charges électriques dans notre cerveau nous permettent-elles de nous représenter le monde?

Arrêtons-nous une seconde et reposons-nous la question: Comment des charges électriques, en elles-mêmes vides de contenu, il ne s'agit que de charges positives ou négatives, peuvent-elles nous permettre de nous représenter mentalement nous-mêmes à nous-mêmes et nous dans notre environnement immédiatement accessible aux sens mais aussi aux projections dans le temps et l'espace qui, individuellement, nous sont physiquement inaccessibles?

On laissera de côté l'imagination, la mémoire et la faculté créatrice parce que cela devient vertigineux! On peut consulter Bergson et son Évolution créatrice mais je n'en ai pas un souvenir particulièrement marquant. Bon, mon opinion en la matière... en tout cas elle semble partagée par B. Russell (cf. citation au sein de l'article).

Cette interrogation générale du comment et plus encore du pourquoi  (il s'agit là de métaphysique) n'est pas sans danger (intellectuellement parlant s'entend, notre survie n'en dépendant tout de même pas) à savoir que rien ne semble plus s'opposer au solipsisme.

Pour faire court (le billet commence à s'étirer...) le solipsisme est la conviction que rien d'autre que le sujet n'existe et qu'il n'y a pas de monde extérieur à la conscience. Cette position paraît être intenable et pourtant il semble impossible de s'en débarrasser. Schopenhauer, qui avait repris cette idée de Berkeley comme il l'énonce dès les premières lignes du Monde, avait qualifié le solipsisme de citadelle absolument imprenable mais dont les gardiens étaient eux-mêmes prisonniers, ils n'en pouvaient sortir, citadelle qu'il était extrêmement facile à contourner et qui au fond n'entravait en rien l'avancée du chercheur de vérité.

Mais qu'est-ce donc que la vérité dans notre affaire? 

Ne nous trouvons-nous pas face au choix multi séculaire entre le matérialisme d'un côté et l'idéalisme de l'autre?

Y aura-t-il jamais une réponse à cette question ou cela est-il tout simplement impossible? Nous voyons bien le chemin  parcouru mais plus nous avançons plus se posent de nouvelles interrogations.


(Je n'ai pas mis tous les liens possibles et imaginables (Malebranche, Locke, empirisme, idéalisme etc.) au lecteur curieux et intéressé de se munir de courage et de bonne volonté. Qu'il essaye pour commencer de lire les articles français sur la Phénoménologie de l'Esprit ;-D )


dimanche 18 avril 2010

Ike, the anti-American president par excellence

I've been perusing Republican and conservative American blogs these last days.

O'd glory on every page of these blogs, as many « God bless America » as you want, Jesus is everywhere and He loves you, quotes from both the two Testaments, unconditional support to Israel, the right to carry firearms, Yourpins are commies our great Nation must at all cost be preserved from. A paranoid universe that's real scary.

But mainly, two themes are omnipresent : Freedom and our brave and glorious soldiers who protect said freedom.

As for the purported "freedom", from a country which practiced slavery for nearly half of its existence and deprived part of its citizens of civil rights for another century, I find that a little bit cheeky!

Many Americans pretend to be the champions of liberty but I fail to see how more free they are than Europeans, Japanese or South Americans.

Sure enough, they’re free to be fleeced by the financial system and the insurance companies, they're free to get shot down by any sicko happy-trigger (even inside churches), free not to benefit from a universal health care, or to be ousted from their houses because they can no longer pay the rents.

As for the brave and glorious soldiers who fight and have died to protect our freedom, isn't that what every single nation in the world could say about their respective armies and soldiers? In this insane cult of all things related to the army, the US has reached heights only matched by dictatorships.

And when was exactly the last time this happened???

In Iraq? In Afghanistan, in Somalia or in Nicaragua? Unless they mean the Vietnamese? The Korean war? How many American heroes died during the cold war with the USSR?

Were these countries ever a menace to American freedom? Even the Germans declared war on America due to the diplomatic ties they had with the Japanese who themselves attacked in Pearl Harbour, to protect what they thought was their sphere of influence. In any case, nor the Germans or the Japanese had any intention to invade the US and deprive Americans of their freedom.

The same for 1917-1918. And were the Phillipinos a threat to America in 1899? Or the Mexicans in 1848?

Fact is, Americans have never been threatened by anybody but the US is the country which has been the most bellicose and expansionist nation of the world during the last 200 years. They even managed to wage a civil war not even one century after the foundation of their country.

And they keep on repeating their mantra of freedom and our glorious soldiers every single day of the year.

What's more, it's not only the Rep who are inebriated with these myths, many a Democrat share this persecution delirium.

After 40 years of brainwashing Americans into fear of the enemies waiting for them at every corner of the planet, the military-industrial complex, through the US media and their politicians, have succeeded into making Americans believe the survival of their country was at stake and their beloved freedom with it.

Now, when he delivered his farewell adress, President Eisenhower warned his fellow citizens against the growing influence of the military-industrial complex and the dangers that went along.

Should Ike hold his famous farewell speech today, he will be considered a traitor and the worst possible anti-American by a fair share of Americans for want of delivering the security of America into the hands of its most merciless enemies (which ones?). Ike, the most revered American Prez for decades... (sigh)


Note : A gem I found on one of these blogs : "Only two defining forces have ever offered to die for you, Jesus Christ and the American GI. One died for your soul, the other for your freedom."


mardi 13 avril 2010

Xavier Bertrand, Luc Chatel, Frédéric Mitterrand etc. for ever




ESSAI SUR L’ART DE RAMPER,  l’usage des Courtisans 

(Facétie philosophique tirée des manuscrits de feu M. le baron d’Holbach.)


L’homme de Cour est sans contredit la production la plus curieuse que montre l’espèce humaine. C’est un animal amphibie dans lequel tous les contrastes se trouvent communément rassemblés. Un philosophe danois compare le courtisan à la statue composée de matières très différentes que Nabuchodonosor vit en songe. «La tête du courtisan est, dit-il, de verre, ses cheveux sont d’or, ses mains sont de poix-résine, son corps est de plâtre, son cœur est moitié de fer et moitié de boue, ses pieds sont de paille, et son sang est composé d’eau et de vif-argent.»

Il faut avouer qu’un animal si étrange est difficile à définir; loin d’être connu des autres, il peut à peine se connaître lui-même; cependant il paraît que, tout bien considéré, on peut le ranger dans la classe des hommes, avec cette différence néanmoins que les hommes ordinaires n’ont qu’une âme, au lieu que l’homme de Cour paraît sensiblement en avoir plusieurs. En effet, un courtisan est tantôt insolent et tantôt bas; tantôt l’avarice la plus sordide et de l’avidité la plus insatiable, tantôt de la plus extrême prodigalité, tantôt de l’audace la plus décidée, tantôt de la plus honteuse lâcheté, tantôt de l’arrogance la plus impertinente, et tantôt de la politesse la plus étudiée; en un mot c’est un Protée, un Janus, ou plutôt un Dieu de l’Inde qu’on représente avec sept faces différentes.

Quoi qu’il en soit, c’est pour ces animaux si rares que les Nations paraissent faites; la Providence les destine à leurs menus plaisirs; le Souverain lui-même n’est que leur homme d’affaires; quand il fait son devoir, il n’a d’autre emploi que de songer à contenter leurs besoins, à satisfaire leurs fantaisies; trop heureux de travailler pour ces hommes nécessaires dont l’État ne peut se passer. Ce n’est que pour leur intérêt qu’un Monarque doit lever des impôts, faire la paix ou la guerre, imaginer mille inventions ingénieuses pour tourmenter et soutirer ses peuples. En échange de ces soins les courtisans reconnaissants payent le Monarque en complaisances, en assiduités, en flatteries, en bassesses, et le talent de troquer contre des grâces ces importantes marchandises est celui qui sans doute est le plus utile à la Cour.

Les philosophes qui communément sont gens de mauvaise humeur, regardent à la vérité le métier de courtisan comme bas, comme infâme, comme celui d’un empoisonneur. Les peuples ingrats ne sentent point toute l’étendue des obligations qu’ils ont à ces grands généreux, qui, pour soutenir leur Souverain en belle humeur, se dévouent à l’ennui, se sacrifient à ses caprices, lui immolent continuellement leur honneur, leur probité, leur amour-propre, leur honte et leurs remords; ces imbéciles ne sentent donc point le prix de tous ces sacrifices? Ils ne réfléchissent point à ce qu’il en doit coûter pour être un bon courtisan? Quelque force d’esprit que l’on ait, quelqu’encuirassée que soit la conscience par l’habitude de mépriser la vertu et de fouler aux pieds la probité, les hommes ordinaires ont toujours infiniment de peine à étouffer dans leur cœur le cri de la raison. Il n’y a guère que le courtisan qui parvienne à réduire cette voix importune au silence; lui seul est capable d’un aussi noble effort.

Si nous examinons les choses sous ce point de vue, nous verrons que, de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper. Cet art sublime est peut-être la plus merveilleuse conquête de l’esprit humain. La nature a mis dans le cœur de tous les hommes un amour-propre, un orgueil, une fierté qui sont, de toutes les dispositions, les plus pénibles à vaincre. L’âme se révolte contre tout ce qui tend à la déprimer; elle réagit avec vigueur toutes les fois qu’on la blesse dans cet endroit sensible; et si de bonne heure on ne contracte l’habitude de combattre, de comprimer, d’écraser ce puissant ressort, il devient impossible de le maîtriser. C’est à quoi le courtisan s’exerce dans l’enfance, étude bien utile sans doute que toutes celles qu’on nous vante avec emphase, et qui annonce dans ceux qui ont acquis ainsi la faculté de subjuguer la nature une force dont très peu d’êtres se trouvent doués. C’est par ces efforts héroïques, ces combats, ces victoires qu’un habile courtisan se distingue et parvient à ce point d’insensibilité qui le mène au crédit, aux honneurs, à ces grandeurs qui font l’objet de l’envie de ses pareils et celui de l’admiration publique.

Que l’on exalte encore après cela les sacrifices que la Religion fait faire à ceux qui veulent gagner le ciel! Que l’on nous parle de la force d’âme de ces philosophes altiers qui prétendent mépriser tout ce que les hommes estiment! Les dévots et les sages n’ont pu vaincre l’amour-propre; l’orgueil semble très compatible avec la dévotion et la philosophie. C’est au seul courtisan qu’il est réservé de triompher de lui-même et de remporter une victoire complète sur les sentiments de son cœur. Un parfait courtisan est sans contredit le plus étonnant de tous les hommes. Ne nous parlez plus de l’abnégation des dévots pour la Divinité, l’abnégation véritable est celle d’un courtisan pour son maître; voyez comme il s’anéantit en sa présence! Il devient une pure machine, ou plutôt il n’est plus rien; il attend de lui son être, il cherche à démêler dans ses traits ceux qu’il doit avoir lui-même; il est comme une cire molle prête à recevoir toutes les impressions qu’on voudra lui donner.

Il est quelques mortels qui ont la roideur dans l’esprit, un défaut de souplesse dans l’échine, un manque de flexibilité dans la nuque du cou; cette organisation malheureuse les empêche de se perfectionner dans l’art de ramper et les rend incapables de s’avancer à la Cour. Les serpent et les reptiles parviennent au haut des montagnes et des rochers, tandis que le cheval le plus fougueux ne peut jamais s’y guinder. La Cour n’est point faite pour ces personnages altiers, inflexibles, qui ne savent ni se prêter aux caprices, ni céder aux fantaisies, ni même, quand il en est besoin, approuver ou favoriser les crimes que la grandeur juge nécessaires au bien être de l’État.

Un bon courtisan ne doit jamais avoir d’avis, il ne doit avoir que celui de son maître ou du ministre, et sa sagacité doit toujours le lui faire pressentir; ce qui suppose une expérience consommée et une connaissance profonde du cœur humain. Un bon courtisan ne doit jamais avoir raison, il ne lui est point permis d’avoir plus d’esprit que son maître ou que le distributeur de ses grâces, il doit bien savoir que le Souverain et l’homme en place ne peuvent jamais se tromper.

Le courtisan bien élevé doit avoir l’estomac assez fort pour digérer tous les affronts que son maître veut bien lui faire. Il doit dès la plus tendre enfance apprendre à commander à sa physionomie, de peur qu’elle ne trahisse les mouvements secrets de son cœur ou ne décèle un dépit involontaire qu’une avanie pourrait y faire naître. Il faut pour vivre à la Cour avoir un empire complet sur les muscles de son visage, afin de recevoir sans sourciller les dégoûts les plus sanglants. Un boudeur, un homme qui a de l’humeur ou de la susceptibilité ne saurait réussir.

En effet, tous ceux qui ont le pouvoir en main prennent communément en fort mauvaise part que l’on sente les piqûres qu’ils ont la bonté de faire ou que l’on s’avise de s’en plaindre. Le courtisan devant son maître doit imiter ce jeune Spartiate que l’on fouettait pour avoir volé un renard; quoique durant l’opération l’animal caché sous son manteau lui déchirât le ventre, la douleur ne put lui arracher le moindre cri. Quel art, quel empire sur soi-même ne suppose pas cette dissimulation profonde qui forme le premier caractère du vrai courtisan! Il faut que sans cesse sous les dehors de l’amitié il sache endormir ses rivaux, montrer un visage ouvert, affectueux, à ceux qu’il déteste le plus, embrasser avec tendresse l’ennemi qu’il voudrait étouffer; il faut enfin que les mensonges les plus impudents ne produisent aucune altération sur son visage.

Le grand art du courtisan, l’objet essentiel de son étude, est de se mettre au fait des passions et des vices de son maître, afin d’être à portée de le saisir par son faible: il est pour lors assuré d’avoir la clef de son cœur. Aime-t-il les femmes? il faut lui en procurer. Est-il dévot? il faut le devenir ou se faire hypocrite. Est-il ombrageux? il faut lui donner des soupçons contre tous ceux qui l’entourent. Est-il paresseux? il ne faut jamais lui parler d’affaires; en un mot il faut le servir à sa mode et surtout le flatter continuellement. Si c’est un sot, on ne risque rien à lui prodiguer les flatteries même qu’il est le plus loin de mériter; mais si par hasard il avait de l’esprit ou du bon sens, ce qui est assez rarement à craindre, il y aurait quelques ménagements à prendre.

Le courtisan doit s’étudier à être affable, affectueux et poli pour tous ceux qui peuvent lui aider et lui nuire; il ne doit être haut que pour ceux dont il n’a pas besoin. Il doit savoir par cœur le tarif de tous ceux qu’il rencontre, il doit saluer profondément la femme de chambre d’une Dame en crédit, causer familièrement avec le suisse ou le valet de chambre du ministre, caresser le chien du premier commis; enfin il ne lui est pas permis d’être distrait un instant; la vie du courtisan est une étude continuelle.

Un véritable courtisan est tenu comme Arlequin d’être l’ami de tout le monde, mais sans avoir la faiblesse de s’attacher à personne; obligé même de triompher de l’amitié, de la sincérité, ce n’est jamais qu’à l’homme en place que son attachement doit cesser aussitôt que le pouvoir cesse. Il est indispensable de détester sur-le-champ quiconque a déplu au maître ou au favori en crédit.

Que l’on juge d’après cela si la vie d’un parfait courtisan n’est pas une longue suite de travaux pénibles. Les Nations peuvent-elles payer trop chèrement un corps d’hommes qui se dévoue à ce point pour les services du Prince? Tous les trésors des peuple suffisent à peine pour payer des héros qui se sacrifient entièrement au bonheur public; n’est-il pas juste que des hommes qui se damnent de si bonne grâce pour l’avantage de leurs concitoyens soient au moins bien payés en ce monde?

Quel respect, quelle vénération ne devons-nous pas avoir pour ces êtres privilégiés que leur rang, leur naissance rend naturellement si fiers, en voyant le sacrifice généreux qu’ils font sans cesse de leur fierté, de leur hauteur, de leur amour-propre! Ne poussent-ils pas tous les jours ce sublime abandon d’eux-mêmes jusqu’à remplir auprès du Prince les mêmes fonctions que le dernier des valets remplit auprès de son maître? Ils ne trouvent rien de vil dans tout ce qu’ils font pour lui; que dis-je? Ils se glorifient des emplois les plus bas auprès de sa sacrée personne ; ils briguent nuit et jour le bonheur de lui être utiles, ils le gardent à vue, se rendent les ministres complaisants de ses plaisirs, prennent sur eux ses sottises ou s’empressent de les applaudir; en un mot, un bon courtisan est tellement absorbé dans l’idée de son devoir, qu’il s’enorgueillit souvent de faire des choses auxquelles un honnête laquais ne voudrait jamais se prêter. L’esprit de l’Évangile est l’humilité; le Fils de l’Homme nous a dit que celui qui s’exalte serait humilié; l’inverse n’est pas moins sûr, et les gens de Cour suivent le précepte à la lettre. Ne soyons donc plus surpris si la Providence les récompense sans mesure de leur souplesse, et si leur abjection leur procure les honneurs, la richesse et le respect des Nations bien gouvernées.